Septembre 2022. La France vient de connaître le deuxième été le plus chaud de son histoire – après celui de 2003. Plusieurs médias (Radio France, France Télévisions, TF1…) annoncent alors un «tournant environnemental» : ils s’engagent à renforcer et à améliorer leur couverture de la crise climatique. Au même moment, la fondation Descartes publie une première étude qui analyse la façon dont les Français·es perçoivent le changement climatique et son traitement dans les médias. Résultat : seulement un quart d’entre elles et eux estiment que les journalistes abordent suffisamment les sujets environnementaux.

Plus de trois ans plus tard, ils sont désormais 40,8% à le penser, selon la nouvelle étude publiée ce lundi par la fondation Descartes, en partenariat avec l’association Plus de climat dans les médias. En revanche, les personnes qui ne croient pas au changement climatique ou à son origine humaine sont plus nombreuses aujourd’hui, détaille le rapport.
Combien de Français·es sont climatosceptiques ?
Il existe plusieurs formes de déni climatique. On est climatosceptique si l’on pense qu’il n’y a pas du tout de changement climatique ; qu’il n’est pas causé par les humains, mais par des phénomènes naturels ; si l’on ne sait pas s’il existe ou si l’on pense qu’on ne peut pas savoir.
«Aujourd’hui, moins de la moitié de la population pense que le changement climatique est essentiellement causé par l’activité humaine, et entretient donc une représentation conforme au consensus scientifique», regrette Laurent Cordonier, directeur de la fondation Descartes, docteur en sciences sociales, et auteur de l’étude. En 2022, cela concernait 54,9% des sondé·es, contre 48,8% en 2025. Les sceptiques du climat, ou celles et ceux qui doutent, à l’inverse, sont plus nombreux·ses.

La part de la population qui nie entièrement l’existence du réchauffement climatique reste marginale (2,6%). Les gens qui pensent que «le changement climatique est essentiellement causé par des phénomènes naturels» représentent 8,2%. Et la part de la population qui pense que le changement climatique «est autant causé par l’activité humaine que par des phénomènes naturels» est en augmentation par rapport à 2022 (37,2% contre 34%), bien que cette affirmation soit «en décalage avec ce que disent les scientifiques sur le sujet», rappelle Laurent Cordonier.
Dans son dernier rapport en 2023, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) rappelait encore que les activités humaines sont, «sans équivoque», responsables du réchauffement de la planète. «La couverture médiatique du climat ne remplit donc visiblement pas pleinement sa fonction d’information du public», conclut l’étude. «Justement parce qu’on n’a pas vu de progression nette de la compréhension des Français sur l’origine anthropique du dérèglement climatique», complète le directeur de la fondation Descartes.
Quelle est la meilleure manière de lutter contre le réchauffement, selon les Français·es ?
Pour une large majorité de la population, il faut changer nos modes de vie : 59,2% des gens estiment que «c’est principalement la modification importante de nos modes de vie qui permettra de limiter le changement climatique».

Seulement 17% ont confiance dans le progrès technique pour trouver les solutions. 15,7% estiment qu’«il n’y a plus rien à faire».
Les Français·es veulent-ils que les médias parlent plus du climat ?
Pour 40,8% de la population, les médias parlent suffisamment de climat. Un chiffre en grande augmentation par rapport à 2022 (27,5% à l’époque). Pourtant, selon les chiffres recueillis par l’Observatoire des médias sur l’écologie depuis avril 2023, le temps d’antenne accordé à l’écologie n’a pas augmenté.
Ce sentiment d’être mieux informé sur le sujet ne correspond donc pas à la réalité, note Laurent Cordonier. C’est comme si les Français·es en demandaient moins par rapport à 2022.

En revanche, l’intérêt pour l’information climatique demeure : plus de la moitié de la population (51,5%) se dit encore extrêmement ou très intéressée par l’actualité sur l’écologie. Et la proportion de gens qui disent n’être pas ou peu intéressés reste en dessous des 15%.
Quelles sont les principales critiques adressées aux médias ?
Le principal tort reproché aux médias est de ne pas assez aborder le sujet sous l’angle des solutions à la crise climatique ou de ne pas être suffisamment concret. Ensuite, les sondé·es souhaitent prioritairement plus de pédagogie et de rigueur scientifique.
«Les critiques qui sont souvent les plus craintes par les médias – le sujet est trop anxiogène, catastrophiste, émotionnel… – arrivent bien après le manque d’orientation vers les solutions», observe l’auteur.
L’étude montre que ces remarques, comme le fait que le sujet est «trop politisé, trop militant», sont surtout partagées par celles et ceux proches de la droite et de l’extrême droite.
Comment les médias peuvent-ils faire mieux ?
«Il faut parler non seulement plus du sujet, mais mieux : informer davantage par la connaissance scientifique, orienter davantage vers les solutions. C’est non seulement un attendu de la population, mais c’est aussi un moyen d’éviter une forme de découragement des Français sur le sujet», estime le directeur de la fondation Descartes.
Une bonne idée pour aller dans ce sens serait, selon lui, de reprendre les engagements formulés en 2022. Radio France, par exemple, promettait de faire de la crise climatique «un axe éditorial majeur». «Nous maintiendrons également un volume conséquent d’émissions et de chroniques dédiées», assurait son manifeste. Pourtant, en juin dernier, la direction a décidé de réduire le temps d’antenne du programme phare de France inter sur l’écologie, «La Terre au Carré», et ses émissions d’enquêtes et de reportages. «Un renoncement», pour beaucoup de salarié·es interrogé·es par Vert à l’époque.
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