Décryptage

Municipales 2026 : à Marseille, une campagne dans l’ombre de l’extrême droite, entre sécurité, transports gratuits et pollution maritime

Oh bonne maire ! Bilan, dossiers chauds, candidat·es : en partenariat avec le journal local d’investigation Marsactu, Vert passe en revue les enjeux des élections municipales. À Marseille, alors que l’équipe de l'ex-socialiste Benoît Payan solde son premier bilan d’une ville «plus juste, plus verte et plus démocratique», la droite et l’extrême droite poussent le débat sur les questions de sécurité.
  • Par

Cet article est issu de la série de Vert sur les enjeux des élections municipales, en partenariat avec plusieurs médias locaux indépendants. Marsactu est le journal local d’investigation basé à Marseille. Indépendant, il révèle, documente, contourne la communication et ouvre les débats.
Suivez la campagne des municipales avec leur newsletter gratuite «Ça cause commune».
Label Vert - une collaboration

En 2020, la deuxième ville de France a vu s’achever 25 ans de «Gaudinie», du nom de l’ancien maire Les Républicains de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Un mouvement au nom poétique est arrivé au pouvoir : le Printemps marseillais. Une vaste coalition de gauche qui, à l’exception de La France insoumise, a agrégé le Parti communiste, les socialistes, en passant par des mouvements citoyens, et qui a porté à sa tête l’écologiste Michèle Rubirola. Une majorité plurielle qui compte autant de partis que de fortes personnalités.

Or, en décembre 2020, la maire Les Écologistes Michèle Rubirola a échangé son siège avec son premier adjoint d’alors, le socialiste Benoît Payan. Un drôle de «switch» qui a laissé un goût amer à certain·es électeur·ices. Le maire sortant, désormais étiqueté divers gauche, compte bien rempiler, capitalisant sur la marque Printemps marseillais. Mais une partie des élu·es écolos de son équipe municipale a choisi de rallier le candidat de La France insoumise, Sébastien Delogu.

En 2026, si certains acteurs ont changé, le mode de scrutin a par ailleurs été réformé : les Marseillais·es voteront dans une urne pour le maire «central» et dans l’autre pour le maire de secteur (la réunion de deux arrondissements).

Benoît Payan, maire sortant, annonce le 26 janvier 2026 qu’Amine Kessaci, militant contre le narcotrafic et écologiste, sera sur sa liste. © Coralie Bonnefoy

Pour Benoît Payan, l’adversaire se situe surtout à l’extrême droite, avec la candidature du Rassemblement national, incarnée par Franck Allisio. C’est l’un des axes forts de la campagne du sortant : réduire l’élection à un duel entre ses troupes et celles du RN. Il donne au passage un rôle de troisième couteau à la candidate divers droite Martine Vassal (ex-LR), qui préside le département des Bouches-du-Rhône et la métropole Aix-Marseille Provence (dont les élu·es seront renouvelé·es lors de ce même scrutin municipal).

Le bilan du mandat en cinq chiffres clés

27. C’est le nombre d’écoles construites ou rénovées durant ce mandat. L’équipe municipale a fait de son «plan école» à 1,5 milliard d’euros son cheval de bataille. Cas unique en France, l’État est entré au capital d’une société publique spécialement créée pour l’occasion et dotée d’une subvention de 400 millions d’euros. Avec ce soutien du plan «Marseille en grand», lancé par Emmanuel Macron en 2021, le Printemps marseillais a beaucoup avancé sur ce dossier, sans pour autant valider toutes ses promesses. L’état des écoles était tel que toute avancée sur le sujet est saluée, mais le «chantier du siècle» suscite les critiques de la droite sur son niveau d’avancement.

Pierre-Marie Ganozzi, adjoint au bâti scolaire, présente l’un des multiples chantiers du mandat. © Julien Vinzent

6. Voici, en kilomètres, la longueur de l’extension du tramway, inaugurée en janvier 2026. Un chiffre qui peut sembler faible eu égard au tintamarre qu’ont fait la métropole (dont les transports en commun sont la compétence) et sa présidente-candidate pour célébrer l’événement. Il faut dire que la dernière inauguration, un tronçon d’1,2 km, datait de… 2012. Un chiffre également modeste face au milliard d’euros investi par l’État dans le volet transport de «Marseille en grand». À Marseille, le métro s’arrête toujours à 21h30, quatre jours par semaine, en attendant la fin du chantier d’automatisation des rames.

La présidente de la métropole, Martine Vassal, a inauguré la seule extension du tramway du mandat en janvier 2026. © Marie Lagache

0. Aucun navire de croisière ne coupe son moteur lorsqu’il fait escale à Marseille. Si cela ne relève pas d’une compétence municipale (le Grand port maritime de Marseille est surtout piloté par l’État), le maire sortant avait fait de la pollution des paquebots l’un de ses combats, au point de lancer lui-même une pétition contre «la pollution maritime». Perdu ? Disons que le chantier avance à pas de sénateur. Le président du conseil de surveillance du port, l’ancien ministre Christophe Castaner, a annoncé une bonne nouvelle en ce début d’année : trois navires pourront enfin être raccordés à l’électricité du port au printemps, le tout grâce à un dispositif largement financé par l’État et la Région, présidée par Renaud Muselier (Renaissance).

Avec plus de 500 escales par an, la pollution de l’air par les navires de croisière est un des enjeux écologiques pris en considération par l’ensemble des élu·es. © Emilio Guzman.

30. Au-delà de 30 logements construits, un quota de 30% de logements sociaux est obligatoire. C’est la nouvelle règle que la Ville de Marseille a réussi à obtenir de la métropole, alors que ce seuil était auparavant de 120 logements. Promesse de campagne de 2020 en partie tenue – le chiffre de 20 avait alors été annoncé –, dans une ville où le secteur connaît une crise sans précédent. La construction de logements neufs a connu plusieurs années d’arrêt, avant de repartir timidement. Résultat : la liste d’attente pour obtenir un logement social s’allonge, et les ménages les plus pauvres peinent à sortir des logements indignes des arrondissements centraux et des grandes copropriétés dégradées du secteur nord.

100 000. Placardé un peu partout sur les autres supports de communication de la Ville, ce nombre est un mensonge. Selon les services municipaux, 100 000 arbres auraient été plantés durant le mandat. Selon les informations de Marsactu, seuls 2% (on vous laisse faire le calcul) seraient véritablement des arbres. Les autres ? Des arbustes, pour la plupart (qui ne feront pas plus de quatre à sept mètres de haut à l’âge adulte), mais aussi – nous voilà rassuré·es –, quelques grands arbres… en devenir.

Les forces en présence

Le Printemps marseillais, saison 2. Tandis que le Printemps marseillais version 2020 avait le goût de la nouveauté et faisait, du moins dans sa campagne, la part belle aux citoyen·nes, sa version 2026 se concentre sur la personne de Benoît Payan. Soutenu par le PS, le PCF, les Écologistes, Place publique, Génération.s ou les Radicaux de gauche, le maire sortant nourrit l’ambition d’être élu sur son nom. On ne lui reprochera pas, cette fois, de se tenir en embuscade.

De haut en bas et de gauche à droite : Benoît Payan, Martine Vassal, Franck Allisio et Sébastien Delogu. © Emilio Guzman et Marie Lagache

Chez La France insoumise (LFI), deux Sébastien pour le prix d’un. Après quelques hésitations, c’est le député élu dans les quartiers nord, Sébastien Delogu, qui a été désigné mi-novembre tête de liste LFI à Marseille : ses faux pas et ses prises de positions n’ont pas toujours fait l’unanimité. À ses côtés, Sébastien Barles, actuel adjoint au maire, dissident et écologiste, occupe une place de choix. À couteaux tirés, les deux listes de gauche laissent planer le doute sur leur volonté de s’allier au second tour pour faire barrage au RN.

Risque extrême. Autre député en lice : Franck Allisio, leader départemental du Rassemblement national. Depuis l’été 2025, le parti d’extrême droite multiplie les conférences de presse et autres événements afin d’occuper le terrain. Ralliement de personnalités de droite plus ou moins connues, grand meeting avec Marine Le Pen en guest star… le RN se prend à rêver d’une victoire. Un succès qui pourrait être favorisé par le changement du mode de scrutin : comme à Paris et à Lyon, Marseille n’est plus découpée en secteurs et le décompte des voix se fait désormais sur l’ensemble de la ville.

Marine Le Pen s’est absentée de son procès pour venir soutenir le candidat du RN Franck Allisio. © Emilio Guzman.

Droite borderline. La défaite amère de 2020 n’aura pas éteint son ambition. La présidente divers droite du département et de la métropole, Martine Vassal, retente sa chance. Cette fois-ci, tout est permis. Alors qu’elle opère un virage serré à droite pendant cette campagne, cette ex-Les Républicains est allée jusqu’à envisager, début décembre, une alliance avec le RN au second tour, lâchant un sibyllin «On verra» face aux journalistes. Depuis, elle a fait marche arrière. Mais tout le monde sait, désormais, qu’elle est proche de franchir la ligne.

Les enjeux de cette campagne

Concours de biscotos. Alors qu’on croyait les questions sécuritaires réservées à la droite et à l’extrême droite, à Marseille, elles sont sur toutes les lèvres. Quand Martine Vassal arme de matraques et de bombes lacrymogènes les agent·es de sécurité des transports en commun, Benoît Payan se vante d’avoir créé 420 postes de policier·es municipaux·ales (une des promesses que le maire sortant a tenue à 100%). Il promet de doubler la mise, avec 800 recrutements supplémentaires, s’il est réélu. Sans surprise, du côté de l’extrême droite, on promet encore plus gros : Franck Allisio dit vouloir tripler les effectifs de la police municipale et doubler celui des caméras de vidéosurveillance. Il désire aussi décréter l’état d’urgence – une décision qui se prend pourtant au niveau de l’État – et envisage carrément d’interdire des plages aux «jeunes», ce qui est illégal.

Au fond du BUS. Les Marseillais·es des quartiers sud connaissent bien l’acronyme. Le BUS, pour Boulevard urbain sud, une rocade destinée à relier les quartiers sud aux autoroutes, fait partie des «serpents de mer» marseillais. Dans les cartons depuis des années, ce projet se concrétise par tronçon, au gré des débats entre la Ville et la métropole… et devant les tribunaux. «Aspirateur à voitures» pour l’équipe municipale sortante, «solution indispensable pour désengorger les quartiers sud» pour la métropole, le bras de fer dure depuis 2020. Pour ou contre le BUS ? Au sud de la ville, le sujet risque de peser dans les urnes.

Le boulevard urbain sud, vieux projet routier, doit traverser un parc, des jardins collectifs et une pinède. Mairie et métropole se sont opposées pendant tout le mandat sur ce sujet. © Emilio Guzman

Free ticket. À Marseille, prendra-t-on un jour les transports en commun sans payer ? Plus l’échéance électorale approche, plus le sujet fait débat. En 2025, la métropole annonçait la gratuité des transports… pour les moins de 11 ans et les plus de 65 ans. Une petite frange de la population, finalement. De son côté, la Ville a demandé la gratuité totale des transports lors des pics de pollution de l’air. Dernièrement, Martine Vassal a annoncé envisager d’étendre la gratuité aux moins de 26 ans. Une mesure proposée dès 2020 par ses adversaires de gauche.

L’élection dans l’élection. Certaines problématiques marseillaises (propreté, transports…) ne dépendent pas directement de la mairie, mais sont gérées au niveau métropolitain. Les 15 et 22 mars, ce n’est pas une, ni deux, mais trois élections qui auront lieu. Outre le maire et les maires de secteurs, la gouvernance de la métropole sera elle aussi renouvelée. En 2020, Martine Vassal avait réussi à conserver la présidence malgré sa défaite à Marseille. Un nouvel échec pourrait sonner la perte de son fauteuil. De son côté, la gauche rêve de faire basculer l’hémicycle métropolitain, ou de trouver de nouvelles et nouveaux allié·es dans cette assemblée-là, pour avoir les coudées franches dans la politique qu’elle désire mener à Marseille. Le Rassemblement national, qui se sent pousser des ailes avec des sondages assez favorables, se dit qu’il a peut-être aussi un coup à jouer à la métropole.

Faisons la différence ensemble !

Le Club de Vert ce sont 12 000 personnes qui nous soutiennent avec un don mensuel, et nous permettent de diffuser gratuitement des informations cruciales pour l'avenir de notre planète.

Dans le chaos du monde, chaque nouveau membre du Club compte. Chaque soutien en plus, ce sont davantage de faits bien expliqués, de révélations, de bonnes nouvelles et de solutions inspirantes qui donnent envie d'agir.

Chaque nouveau membre du Club, c'est un pas supplémentaire vers une société plus écologique et solidaire.

N'attendez plus une seconde, rejoignez le Club de Vert 💚​