Décryptage

Municipales 2026 : à Lille, la nature en ville, le logement et la sécurité au centre d’une campagne risquée pour les socialistes

Ça jette un beffroi. Bilan, dossiers chauds, candidat·es : en partenariat avec le journal d’investigation locale Mediacités, Vert passe en revue les enjeux des élections municipales. Deuxième étape à Lille, où les socialistes devront redoubler d’efforts pour conserver – sans Martine Aubry – la ville qu’elles et ils dirigent depuis 1955.
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Cet article est issu de la série de Vert sur les enjeux des élections municipales, en partenariat avec plusieurs médias locaux indépendants. Journal d’investigation locale, Mediacités est implanté à Lyon, Nantes, Toulouse et Lille.
Retrouvez l’ensemble des enquêtes de notre partenaire sur les municipales 2026 dans ces quatre agglomérations sur www.mediacites.fr.
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C’est une élection inédite qui se profile à Lille (Nord) en mars prochain. Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, les électeurs et électrices ne pourront pas glisser de bulletin «Martine Aubry» dans l’urne. Près d’un an avant le scrutin, l’emblématique maire socialiste a démissionné. Elle a été remplacée par son premier adjoint, Arnaud Deslandes, qui aura eu douze petits mois pour se faire connaître en tant que maire de Lille. Il a poursuivi, dans une quasi-totale continuité, l’action de l’ancienne première édile.

Arnaud Deslandes devra relever le défi de garder sa ville dans le giron socialiste. En 2020, la «vague verte» avait manqué de peu d’éclabousser le beffroi. L’écologiste Stéphane Baly était arrivé deuxième, avec seulement 227 voix d’écart. De nouveau candidat en 2026, le conseiller municipal d’opposition affrontera cinq autres prétendant·es, toutes et tous déterminé·es à incarner la rupture.

Le maire socialiste de Lille, Arnaud Deslandes. © Matthieu Slisse/Mediacités

Spécificité locale : les Lillois·es ne sont pas les seul·es à choisir leur maire. En 1977, puis en 2000, la ville s’est associée à deux autres communes limitrophes : Hellemmes et Lomme, où les habitant·es votent deux fois. En 2020, ce sont les électrices et électeurs de Lomme qui avaient fait gagner Martine Aubry. Les votes de ces deux communes associées pourraient de nouveau s’avérer déterminants cette année.

Cinq chiffres clés du mandat socialiste

52. Comme le nombre d’espaces verts créés ou aménagés au cours du mandat. En six ans, le visage de Lille s’est métamorphosé. De nombreuses places ont été verdies, des jardins sont nés, des arbres ont été plantés. Il faut dire que la ville partait de loin en la matière, avec seulement 17 mètres carrés de nature accessibles par habitant·e, quand la moyenne nationale des grandes villes s’établit à 50 mètres carrés. Dans le domaine, reste encore à œuvrer à une meilleure répartition de ces nouveaux espaces sur l’ensemble des quartiers de la ville, toujours très minérale et très dense.

196. Comme le nombre de caméras de vidéosurveillance installées à Lille. Il n’y en avait que 8 en 2020. Longtemps réticente à la vidéosurveillance, Martine Aubry a changé son fusil d’épaule, houspillée sur la sécurité. Au point de déployer un logiciel controversé, BriefCam, qui permet la surveillance algorithmique grâce à l’intelligence artificielle. Le tout sans en informer le comité d’éthique ou la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui a rappelé la Ville à l’ordre.

80. Comme le pourcentage de produits bios et/ou locaux servis dans les cantines des écoles et des crèches municipales. Un chiffre en augmentation : en 2020, la Ville proposait 25% de produits biologiques dans ses écoles primaires (43% en crèches) et 31% de produits locaux. En 2024, ces taux sont passés à 54% pour les produits bios (38% en crèches) et 33% pour les produits locaux (41% en crèches). Ce résultat reste néanmoins en deçà de la promesse originelle de Martine Aubry, qui avançait l’objectif de 100% de produits bios et locaux d’ici à 2026.

17. Comme le nombre de cours d’écoles débitumées depuis le début du mandat. Après avoir végétalisé au moins un tiers des surfaces de ses 79 cours de récréation en 2021, la Ville a souhaité aller plus loin. L’objectif était de remplacer totalement le goudron par des pavés drainants ou des espaces verts. Des travaux coûteux et longs. La majorité n’est pas parvenue à remplir totalement sa promesse qui voulait que toutes les écoles soient concernées. À terme, la collectivité ambitionne de se servir de ces espaces pour accueillir les habitant·es en dehors du temps scolaire, notamment lors de fortes chaleurs.

Les travaux de débitumation de l’école Kergomard, au sud de la ville. © GF/Ville de Lille

10 144. Comme le nombre de mètres carrés piétonnisés temporairement ou définitivement. Après plusieurs années de tests le samedi, la Grand’Place, célèbre cœur battant de Lille, est devenue définitivement piétonne le 12 janvier 2026. Une décision prise dès l’arrivée d’Arnaud Deslandes au beffroi, l’une des rares décrétées contre la volonté de Martine Aubry et assumée comme telle. Depuis le début du mandat, les pistes cyclables et l’espace dévolu aux piétons ont augmenté partout dans la ville. Des «rues scolaires» piétonnes ont également vu le jour.

La course au beffroi plus ouverte que jamais

Une gauche éclatée. Si le socialiste Arnaud Deslandes repart avec le soutien du Parti communiste, il devra affronter sur sa gauche deux listes concurrentes. Naguère allié au PS, le grand perdant de 2020, Stéphane Baly, compte bien rejouer le duel. Il tente une nouvelle fois l’échappée en solo avec son parti Les Écologistes. Du côté de La France insoumise, une nouvelle tête d’affiche se confrontera aux urnes : Lahouaria Addouche, suppléante du député Aurélien Lecoq.

L’écologiste Stéphane Baly, lors d’un débat à Sciences Po Lille, en janvier 2026. © Matthieu Slisse/Mediacités

La droite et le centre à couteaux tirés. Après une cuisante défaite en 2020, la droite, qui ne dispose plus d’élu·e d’opposition à la mairie, a choisi la jeunesse. Les Républicains et l’UDI ont investi Louis Delemer, 32 ans, jamais élu. De son côté, la députée macroniste Violette Spillebout repart en campagne, avec son micro-parti «Faire respirer Lille». Pas d’alliance prévue au premier tour : l’entente n’est pas des plus cordiales entre les deux candidat·es, qui se battent pourtant pour le même électorat, dans une ville qui vote traditionnellement à gauche.

Violette Spillebout aux côtés de Simon Lebrun, tête de liste à Hellemmes, lors de ses vœux en janvier 2026. © Eden Sakhi Momen/Mediacités

À l’extrême droite, un candidat médiatique. Le Rassemblement national, qui ne compte pas d’élu d’opposition au conseil municipal, tentera de faire son retour dans l’enceinte locale avec Matthieu Valet. Eurodéputé, coqueluche des plateaux TV, cet ex-commissaire de police vise aussi la constitution d’un groupe à la métropole européenne de Lille.

Cinq dossiers chauds qui pèseront sur l’élection

Quel avenir pour la friche Saint-Sauveur ? Principal point de discorde entre les candidat·es en 2020, l’avenir de la friche ferroviaire Saint-Sauveur, un espace de 23 hectares au cœur de Lille, qui promet d’être de nouveau au centre des débats. Piscine olympique, logements ou grand poumon vert, les prétendant·es à la mairie se sont déjà affronté·es pour défendre leur vision lors d’un premier débat.

Vue satellite des 23 hectares de la friche Saint-Sauveur. © Google Earth

Armer les policier·es. La Ville de Lille s’est toujours opposée à l’idée d’armer sa police municipale. Un choix qui lui pose parfois des problèmes de recrutement. Du centre à l’extrême droite, les candidat·es à l’élection font de la sécurité leur priorité de campagne et plaident pour armer les policier·es, prenant pour exemple d’autres villes voisines comme Tourcoing.

Garer sa voiture au prix fort. C’est l’un des grands changements inattendus du mandat. La Ville de Lille a progressivement étendu, chaque année, les zones où l’on doit payer pour se garer. Presque toutes les rues sont désormais concernées. Une mesure qui peine à passer chez certain·es automobilistes. L’insoumise Lahouaria Addouche dénonce un impôt injuste qui touche avant tout les plus défavorisé·es. Arnaud Deslandes lui-même a concédé que le dispositif pouvait être amélioré, notamment au niveau de la tarification sociale.

Dégripper la machine du logement. Depuis 2020, l’équipe socialiste n’a construit que 6 560 logements, alors qu’elle projetait d’en inaugurer 8 000. La crise nationale du logement est particulièrement préoccupante à Lille, où le nombre de demandeur·ses HLM est passé de 19 000 en 2020 à 25 000 en 2026. Les ménages lillois font également davantage face à la précarité énergétique. Réhabilitations, constructions ou préemptions : les candidat·es explorent toutes les solutions pour répondre à cette préoccupation majeure de la campagne.

Construction de nouveaux logements dans le quartier de Fives-Cail, dans l’est lillois. © Matthieu Slisse/Mediacités

Quel espace pour la voix des citoyen·nes ? Le manque de concertation citoyenne est décrié de longue date par les élu·es d’opposition. Si la majorité a pérennisé l’existence du budget participatif durant ce mandat, elle a échoué concernant le droit de pétition locale : les conditions sont trop complexes pour qu’il soit réellement effectif. Tous les candidat·es promettent des dispositifs d’écoute plus efficaces.

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