Décryptage

Municipales 2026 : à Lyon, les bouchons, les loyers et les commerces au cœur d’une campagne électorale électrique

Four vert ? Bilan, dossiers chauds, candidat·es : en partenariat avec le journal d’investigation locale Mediacités, Vert passe en revue les enjeux des élections municipales. Première étape à Lyon, dirigée depuis 2020 par Les Écologistes, à la ville comme à la métropole.
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Journal d’investigation locale, Mediacités est implanté à Lyon, Nantes, Toulouse et Lille.
Retrouvez l’ensemble des enquêtes de notre partenaire sur les municipales 2026 dans ces quatre agglomérations sur www.mediacites.fr.
Label Vert - une collaboration

En 2020, la «vague verte» a déferlé à Lyon, comme à Bordeaux, Strasbourg ou Poitiers, portant les écologistes Grégory Doucet et Bruno Bernard respectivement aux manettes de la ville et de la métropole de Lyon. Un mandat plus tard, les deux mêmes tentent de rempiler pour six ans. Vu le contexte, ils peuvent redouter un sérieux ressac.

Au «backlash écologique» et au souvenir des polémiques des débuts (Tour de France, repas sans viande dans les cantines…) qui collent toujours à l’image de l’équipe sortante, s’ajoute la candidature de l’homme d’affaires Jean-Michel Aulas, 76 ans. L’ancien président de l’Olympique lyonnais (OL) – à l’écrasante notoriété – brigue l’hôtel de ville avec le soutien de la droite et des macronistes.

Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, en juillet 2025. © Nicolas Barriquand/Mediacités.

Spécificité locale, liée au statut particulier de la métropole, dans la deuxième agglomération de France, les électrices et électeurs ne voteront pas que pour choisir leur maire. Elles et ils désigneront aussi, en direct, dans un scrutin organisé les mêmes jours, le président du Grand Lyon.

Cinq chiffres clés du mandat écologiste

180. Comme le nombre de kilomètres opérationnels des Voies lyonnaises en mars prochain. Symbole du mandat de Bruno Bernard, ces «super» pistes cyclables, à double sens, ont commencé à mailler le territoire du Grand Lyon et ont contribué à l’essor du vélo. Selon le baromètre de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), la ville-centre est passée, entre 2021 et 2025, de la 6ème à la 4ème place des communes les plus propices aux cyclistes. Pour autant, au début de son mandat, le président écologiste de la métropole s’était engagé sur la livraison de 250 kilomètres de Voies lyonnaises en 2026. De fait, le réseau reste loin d’être achevé.

1,2 hectare. Comme la superficie du «bois de la Part-Dieu», tout juste inauguré en ce mois de janvier. Situé entre le centre commercial et la gare, au cœur du célèbre quartier d’affaires de l’agglomération, cette réalisation témoigne des efforts de végétalisation entrepris par les écologistes. Concrètement : création de vergers municipaux un peu partout dans Lyon, subventions aux copropriétés pour l’achat d’arbres, verdissement des cours d’école… Mais, là encore, le bilan s’avère parfois en deçà des promesses électorales de 2020, qui annonçaient des «forêts urbaines de 3 à 5 hectares».

Vue du «bois de la Part-Dieu». © SPL Lyon Part-Dieu.

4 336. Comme le nombre de logements sociaux financés en 2025 par la métropole de Lyon. Un «record», s’est enorgueilli le vice-président chargé du logement, Renaud Payre, sur LinkedIn. Mais un échec, aussi, car la majorité de Bruno Bernard s’était engagée à faire sortir de terre 6 000 logements sociaux par an à la fin de son mandat. La promesse, cruciale dans une agglomération qui souffre de la crise du logement, a pâti de la pandémie de Covid-19, puis de l’envolée des prix des matières premières après 2022.

3. Comme le nombre de lignes de tramway mises en chantier pendant le mandat : le T6 Nord (prolongement de 5,6 kilomètres d’une ligne existante, entre Bron et Villeurbanne), le T9 (8,8 kilomètres entre Villeurbanne et Vaulx-en-Velin) et le T10 (8 kilomètres entre Vénissieux et le sud de Lyon). En revanche, les écologistes n’ont pas entrepris de nouveaux projets d’extension du réseau de métro – ce que leur reprochent leurs adversaires – et ils ont renoncé à leur idée de développer des lignes de télécabines.

L’écologiste Bruno Bernard, président de la métropole, est aussi à la tête du Sytral, l’autorité organisatrice des transports. © Nicolas Barriquand/Mediacités

150. Comme le nombre d’écoles et de crèches dont les abords ont été piétonnisés ou aménagés pour ralentir la circulation, selon l’adjoint au maire de Lyon, Tristan Debray. Ces «rues aux enfants», comme les désigne la municipalité, sont l’une des traductions de la promesse de Grégory Doucet d’une «ville à hauteur d’enfants».

Le duo Doucet-Bernard face à Jean-Michel Aulas… et les autres

Une droite unie. Abonnée aux guerres intestines depuis près d’un quart de siècle, la droite locale s’est rangée comme un seul homme derrière Jean-Michel Aulas, persuadée que l’aura de l’ancien patron de l’OL la fera gagner. Les macronistes, en mal de leader dans l’ancienne ville de Gérard Collomb, l’un des tout premiers soutiens à Emmanuel Macron, se sont également ralliés à l’homme d’affaires jamais élu jusqu’à présent – mais familier des jeux politiques depuis longtemps. Pour le scrutin métropolitain, «JMA» (qui ne peut pas être maire de Lyon et président de la métropole) a fait alliance avec Véronique Sarselli, maire LR de Sainte-Foy-lès-Lyon, une commune de l’ouest lyonnais.

Jean-Michel Aulas, en meeting en septembre 2025. © Nicolas Barriquand/Mediacités.

Une gauche dispersée. Si Grégory Doucet repart avec le soutien du Parti socialiste et du Parti communiste, il aura à affronter au premier tour deux concurrentes de gauche. Son ancienne adjointe à la culture, Nathalie Perrin-Gilbert, figure du paysage politique lyonnais depuis vingt-cinq ans, d’une part. La députée insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi, d’autre part, qui compte tirer parti des bons scores réalisés par son mouvement à Lyon aux dernières élections européenne et présidentielle.

Une extrême droite en embuscade. Lyon reste une terre de mission pour le Rassemblement national, qui mise cette fois-ci sur l’avocat Alexandre Dupalais, issu du parti d’Éric Ciotti, l’Union des droites pour la République (UDR). Le RN fonde davantage d’espoirs sur le scrutin métropolitain, avec comme cheffe de file la députée Tiffany Joncour. Celle-ci pourrait bénéficier du vote de communes périphériques de l’est lyonnais pour permettre aux partisans de Marine Le Pen de faire leur retour dans l’enceinte du Grand Lyon.

Au centre, un ancien maire. «Intéri-maire» de Gérard Collomb, quand celui-ci avait siégé au gouvernement entre 2017 et 2018, Georges Képénékian retrouverait bien le trône de l’hôtel de ville. Sans parti, cet ancien médecin espère dépasser la barre des 10% le 15 mars pour s’inviter au second tour. Rien n’est moins sûr pour le moment…

Cinq dossiers chauds qui pèseront sur l’élection

Encadrer les loyers, stop ou encore plus ? Mesure phare du mandat de Bruno Bernard, les loyers sont encadrés pour les communes de Lyon et Villeurbanne depuis 2021. Ailleurs en France, d’autres villes comme Lille, Bordeaux ou Paris ont adopté ce dispositif pour lutter contre la hausse du coût du logement. Mais la droite a promis qu’elle le remettrait en cause en cas de victoire à l’élection métropolitaine. À l’inverse, les écologistes souhaitent l’étendre à huit autres villes du Grand Lyon (Caluire-et-Cuire, Oullins-Pierre-Bénite, Vénissieux…).

Faire sauter le bouchon. Aux côtés de Guignol et de la quenelle, les embouteillages du fameux tunnel de Fourvière font partie du folklore local. Plus pour longtemps ? Jean-Michel Aulas et son alliée Véronique Sarselli promettent de régler la question en creusant un autre tunnel autrement plus long (8 kilomètres) et plus profond (il passerait sous la Saône et le Rhône) pour traverser Lyon du nord au sud. Les écologistes dénoncent un projet pharaonique – ses promoteurs l’estiment à deux milliards d’euros. Elles et ils fustigent un chantier d’un autre âge, aussi : la construction d’une nouvelle infrastructure routière peut générer un «trafic induit», c’est-à-dire contribuer à augmenter le trafic total.

Embouteillage à l’entrée du tunnel de Fourvière. © X. Caré

Gratuité des transports : pour qui ? Jusqu’à présent, Bruno Bernard s’est toujours refusé à envisager la gratuité des transports en commun, tout en étoffant, au cours de son mandat, la tarification sociale des abonnements aux Transports en commun lyonnais (TCL), qui gèrent métros, tramways et bus. Depuis plusieurs mois, Jean-Michel Aulas promet la gratuité totale des transports en commun pour les Lyonnais·es qui gagnent moins de 2 500 euros par mois. Le président écologiste de la métropole s’est, lui, engagé à les rendre gratuits pour les enfants des abonné·es TCL jusqu’à leurs 18 ans.

Ligne B du métro lyonnais. © Nicolas Barriquand/Mediacités.

Gratuité (bis) à l’école : pour quoi ? C’est décidément le mot de la campagne lyonnaise… La gratuité est aussi annoncée par certain·es candidat·es du côté des écoles – qui relèvent des compétences municipales – mais pas pour les mêmes dépenses. Grégory Doucet s’engage à rendre gratuites toutes les fournitures scolaires des 32 000 gones qui fréquentent les écoles de la ville. Quand Jean-Michel Aulas propose la gratuité pour toutes et tous des cantines scolaires et de l’accueil périscolaire le soir (la garderie).

Commerces en souffrance. Les écologistes sont-ils en train de tuer les petits commerces ? Les travaux de voirie et les projets de piétonisation – notamment celui de la Presqu’île, cœur marchand de Lyon – ont braqué une partie des commerçant·es, alors que le taux de vacance des boutiques a progressé dans le secteur (6,2% en 2024 contre 4,2% en 2021). Depuis, le sujet, bien plus complexe que cette simple question, est devenu un enjeu électoral. La candidate de gauche Nathalie Perrin-Gilbert promet par exemple un «plan renaissance» pour les commerces, doté d’un fonds de 3 millions d’euros.

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