Chaque année, le bécasseau rousset s’envole des terres arctiques du Canada, d’Alaska et de Sibérie où il se reproduit pour aller hiverner en Amérique du Sud. Un vaste voyage de plus 15 000 kilomètres, vital pour ce petit oiseau des zones humides. Mais ceux qui reviennent sont toujours moins nombreux : l’espèce, soumise à la perte de son habitat et aux effets du changement climatique, est menacée d’extinction depuis 2024.

Le volatile est loin d’être le seul à connaître un tel déclin. Près de la moitié des 1 200 animaux migrateurs protégés par la convention sur la conservation des espèces migratrices (souvent surnommée «convention de Bonn») voient leurs populations baisser, selon un rapport publié jeudi par le secrétariat chargé de l’application de ce traité des Nations unies. Comme le bécasseau rousset, 24% d’entre elles sont désormais menacées d’extinction.
Les oiseaux de rivage en première ligne
Signée en 1979, la convention de Bonn rassemble aujourd’hui plus de 130 États (dont la France) autour de la protection des animaux migrateurs à travers la planète : oiseaux bien sûr, mais aussi mammifères marins comme terrestres, poissons, reptiles ou même insectes… «Les espèces migratrices sont essentielles pour des écosystèmes et une planète en bonne santé, explique Amy Fraenkel, secrétaire exécutive de la convention de Bonn. Parce qu’elles traversent les frontières nationales, elles ont besoin d’une coopération internationale pour leur conservation.»
Lors de la 14ème conférence mondiale (COP14) sur les espèces migratrices, organisée en 2024 à Samarcande (Ouzbékistan), un tout premier rapport global alertait sur l’état de ces animaux (notre article). Actualisé jeudi, cet état des lieux s’est empiré : en deux ans, la part des espèces classées comme menacées de disparition a augmenté, de 22% à 24%.
Depuis 2024, 26 animaux ont vu leur classement se dégrader dans les «listes rouges» mondiales établies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), sur lesquelles se base ce rapport. Tournepierre à collier, pluvier argenté ou encore bécasseau falcinelle : une majorité d’entre eux sont des oiseaux de rivage, dont les menaces s’intensifient (pertes d’habitat, chasse, changements climatiques…).

De la même manière, la part des animaux en déclin (dont les populations diminuent sans pour autant que l’espèce soit pour l’instant considérée comme menacée) est passée de 44% à 49% en deux ans. «Ce changement peut refléter une meilleure information sur les tendances des populations, plutôt qu’une baisse soudaine depuis la COP14, précise l’étude. Mais la situation reste préoccupante.» De fortes mortalités d’oiseaux migrateurs (manchot du Cap, grues du Japon…) liées à la grippe aviaire et une prolifération d’obstacles (clôtures, routes, voies ferrées…) impactant les déplacements d’ongulés sauvages sont par exemple constatées ces dernières années.
«Zones clés pour la biodiversité»
Il existe aussi quelques bonnes nouvelles. Sept espèces migratrices protégées par la convention de Bonn ont vu leur état de conservation s’améliorer depuis le dernier rapport. C’est le cas de l’oryx algazelle, éteint à l’état sauvage avant d’être réintroduit au début des années 2000 au Tchad, ou encore des saïgas, ces rares antilopes d’Asie centrale à l’étrange museau qui ont notamment bénéficié de programmes de lutte contre le braconnage.

«Une note plus positive», salue Kelly Malsch, cheffe du programme Espèces au sein de la branche des Nations unies chargée de l’environnement : «La conservation peut fonctionner lorsque les approches adoptées s’attaquent de front aux pressions sous-jacentes, disposent de ressources suffisantes et s’inscrivent dans un contexte local.»
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Pour sauver les nombreuses autres espèces migratrices en déclin, le secrétariat de la convention de Bonn a identifié plus de 9 300 «zones clés pour la biodiversité» : corridors de migration, espaces cruciaux pour la reproduction, l’hivernage, les haltes migratoires… Mais des efforts restent à faire partout dans le monde, puisqu’à peine plus de la moitié de la surface de ces zones était couverte par des aires protégées en 2025.
Les États du monde entier se retrouveront du 23 au 29 mars à Campo Grande (Brésil) pour une quinzième conférence mondiale (COP15) sur les espèces migratrices. Les participant·es devront s’accorder sur de nouvelles espèces à protéger (harfang des neiges, loutre géante, hyène rayée…) ou encore sur des mesures communes de lutte contre la chasse illégale.
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