C’était l’une des cibles prioritaires du Rassemblement national (RN)… et c’est la première défaite que le parti de Jordan Bardella a essuyée ce dimanche soir. À Toulon (Var), la porte-parole du RN Laure Lavalette a été battue au second tour des élections municipales. Elle s’est inclinée face à la maire sortante (divers droite) Josée Massi (47,4% contre 52,6% des voix). Le parti frontiste espérait reconquérir la ville après un premier mandat entre 1995 et 2001. Symbole de la difficulté du RN à conquérir les grandes villes.

Au premier tour, Laure Lavalette était pourtant arrivée largement en tête avec 42% des suffrages exprimés. Mais le désistement de Michel Bonnus (Les Républicains), arrivé troisième (15,71%), pour faire barrage au RN, a profité à Josée Massi (29,54%). «C’est une déception», a reconnu un autre porte-parole du parti d’extrême droite, Laurent Jacobelli, au micro de France 2. Une défaite qu’il explique par «la droite [qui] a décidé de s’allier avec la gauche contre les forces patriotes».
À Marseille (Bouches-du-Rhône) aussi, le barrage a fonctionné. Dans la cité phocéenne, le maire sortant divers gauche Benoît Payan a été réélu avec 54,6% des suffrages devant le frontiste Franck Allisio (39,1%), selon les premières estimations. L’insoumis Sébastien Delogu (11% au premier tour) s’était désisté pour empêcher le RN de ravir la ville.
Autre défaite, connue dès 20 heures : à Nîmes, quatrième plus grande ville visée par le Rassemblement national, Julien Sanchez (38%) a été battu par le candidat communiste Vincent Bouget (40,6%). À Reims, la liste RN s’est aussi inclinée. Ces défaites s’ajoutent à celles du premier tour à Lens et à Calais, dans le Pas-de-Calais, à Narbonne (Aude), Saint-Dizier (Haute-Marne), Forbach (Moselle) ou Denain (Nord).
Le RN fait tomber Nice et Carcassonne
À l’exception notable de Nice, cinquième ville de France – où Éric Ciotti (47,7%) s’est imposé au second tour face à son rival, le maire sortant Horizons Christian Estrosi (37,4%) – le RN ne parvient pas à s’imposer dans les grandes villes.
Mais ces mauvais résultats cachent une progression de l’extrême droite dans les villes moyennes et dans des territoires où elle était jusqu’ici absente. «Jamais le RN et ses alliés n’ont compté autant d’élus», a réagi Jordan Bardella, le président du parti, ce dimanche. À Carcassonne (Aude), le député-candidat climatosceptique, Christophe Barthès, a été élu. À Vert, qui l’avait rencontré en février, il disait ne pas croire que le climat allait se réchauffer.
Le RN s’est imposé dans plusieurs autres villes de plus de 30 000 habitant·es : à Castres (Tarn), situé sur le tracé de l’A69, à Montauban (Tarn-et-Garonne), à Liévin (Pas-de-Calais), à La Seyne-sur-Mer (Var), à Carpentras et Orange, dans Vaucluse, ou encore à Cagnes-sur-Mer et Menton, dans les Alpes-Maritimes.
Le parti fait aussi basculer des villes plus petites comme Agde (Hérault) ou Vierzon (Cher), à gauche depuis 1945. Enfin, il gagne du terrain dans des territoires où il était historiquement absent. En Alsace, il remporte sa première commune avec Wittelsheim. Dans le Rhône, c’est Thizy-les-Bourgs qui tombe dans l’escarcelle frontiste. Dans l’ouest, les lepénistes s’imposent à La Flèche (Sarthe).
En Gironde, le RN avait gagné ses deux premières communes de son histoire dès le premier tour. Mais, ce dimanche soir, il a échoué à remporter Pauillac, et surtout Saint-André-de-Cubzac, ville de 13 000 habitants en Haute-Gironde. Au premier tour, à la surprise générale, le RN était arrivé en tête dans ce bastion de la gauche. À la veille du second tour, plusieurs citoyen·es s’étaient mobilisé·es pour repousser l’extrême droite (notre article). La preuve que la vague bleue marine, espérée par le RN avant ces élections et en vue de l’élection présidentielle de 2027, n’a pas vraiment déferlé.