Analyse

Municipales 2026 : à Castres, le second tour se jouera entre cinq candidats favorables à l’autoroute A69

À une voie près. Le chantier décrié était au cœur de la campagne électorale dans la cité tarnaise. Au premier tour, seuls les défenseurs du projet se sont qualifiés. «Pas une surprise», selon le candidat macroniste.
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Ce ne sont pas une ni deux, mais bien six listes qui se sont qualifiées pour le second tour des élections municipales à Castres, dans le Tarn. Après la fusion de deux d’entre elles, le scrutin opposera dimanche Xavier Bories (divers droite), Arnaud Bousquet (divers droite), Sahel Beriouni Poiteniveau (Parti socialiste), Guillaume Arcese (divers centre) et Florian Azéma (Rassemblement national). Des candidats favorables à l’autoroute A69.

De gauche à droite : Jean Terlier (Renaissance), Guillaume Arcese (Divers centre) et Ariane Roseneau (LFI). © Capture d’écran France 3 Occitanie

Très contestée, elle vise à relier Castres à Toulouse (Haute-Garonne) via un ruban d’asphalte de 53 kilomètres. Une fois achevée, l’autoroute permettrait, selon ses promoteurs, de «désenclaver» le bassin économique de Castres-Mazamet, en faisant gagner une quinzaine de minutes par rapport à la route nationale déjà existante, la N126.

Dénoncé par les défenseur·es de l’environnement pour les risques qu’il fait peser sur les écosystèmes – pollution des sols, destruction de zones humides… –, le chantier est la cible de nouvelles critiques ces derniers mois. De multiples irrégularités ont été constatées sur place (notre article).

Malgré tout, les résultats du premier tour semblent montrer que le soutien à cette autoroute ne faiblit pas dans cette ville d’environ 43 000 habitant·es, dirigée par la droite depuis un quart de siècle. La seule candidate à s’être ouvertement opposée au projet, l’insoumise Ariane Roseneau, a été éliminée au premier tour.

«Je me réjouis que ce projet puisse aboutir»

Florian Azéma, candidat RN, est arrivé en tête dimanche dernier, avec 19,5% des voix. Deux semaines plus tôt, lors d’un débat télévisé organisé par France 3 Occitanie, il déclarait : «Je me réjouis que ce projet puisse aboutir.» Le frontiste disait regretter les recours judiciaires déposés par les opposant·es, qui ont entraîné un «retard» dans les travaux, ce qui aurait coûté, selon lui, «80 millions d’euros d’argent public au contribuable».

Une manifestation pro-A69, à Castres, le 8 mars 2025. © Pat Batard/Hans Lucas via AFP

Arrivé en deuxième position avec 17,3% des voix, Guillaume Arcese s’est lui aussi positionné en faveur de l’autoroute. «Il va falloir tourner la page des débats qu’il y a eus pendant plusieurs années pour savoir si l’on veut, oui ou non, de cette autoroute, a-t-il professé sur le plateau de France 3 Occitanie. Il faut regarder l’avenir pour notre jeunesse, l’économie, l’attractivité de notre territoire. C’est une chance d’avoir une autoroute sur Castres.»

Le député Renaissance Jean Terlier, arrivé quatrième de l’élection avec 13,8% des voix, a fusionné sa liste avec celle du candidat divers droite Arnaud Bousquet, arrivé troisième (16,2%). Il est l’un des plus ardents défenseurs de l’A69 sur le territoire. Sa campagne pour les dernières élections législatives avait même pris des airs de référendum sur le projet, en 2024.

Le «désenclavement» de Castres

Son argument phare est celui du «désenclavement» que permettrait cette autoroute. «On a une nécessité de désenclaver le sud du Tarn, qui est en déprise démographique», détaille le député auprès de Vert. «Et puis il faut regarder le taux de chômage à Castres, le nombre de médecins par habitant… Notre territoire mérite, comme Albi, qu’on ait ce raccordement à la métropole de Toulouse.»

Cet argument avait été réfuté en février 2025 par la cour administrative de Toulouse (notre article), qui avait estimé que le projet ne répondait pas à une «raison impérative d’intérêt public majeur» qui justifierait l’atteinte à des espèces protégées lors de la construction de l’autoroute. La cour d’appel a finalement revu son jugement et ordonné la reprise des travaux le 30 décembre dernier.

Les opposant·es à Jean Terlier rappellent régulièrement que sa femme est la directrice marketing du laboratoire Pierre Fabre, un groupe pharmaceutique qui s’est impliqué de façon très active dans le projet depuis ses débuts. Dans une interview accordée à France 3 en avril 2023, Jean Terlier qualifiait les opposant·es au projet d’«éléments d’extrême gauche radicalisés», qui se mobiliseraient dans le seul but d’en «découdre avec les forces de l’ordre».

Le candidat divers droite Xavier Bories, arrivé cinquième avec 12,8% des voix, pense que l’autoroute est «essentielle». «Elle sera nécessaire pour développer le territoire économiquement, en amenant de l’emploi», déclarait-il lors du débat télévisé.

Le jeune prétendant socialiste, Sahel Beriouni Poiteniveau, s’est ravisé après avoir un temps critiqué le projet. Son argument, confié à France 3 : «Principe de réalité, pragmatisme aussi, le tracé est là. À l’avenir, il faudra travailler sur deux éléments : une tarification sociale [de l’autoroute, c’est-à-dire le péage, NDLR] à destination des ménages castrais les plus précaires, puis une tarification professionnelle pour celles et ceux qui font le trajet quotidiennement.»

Ariane Roseneau, seule candidate à s’opposer à l’autoroute, éliminée

Auprès de Vert, la candidate soutenue par La France insoumise, le NPA et Génération.s, Ariane Roseneau, confie : «Pendant la campagne, j’ai réaffirmé ma position contre cette autoroute. Est-ce que ça a influencé les résultats ? C’est difficile de le dire… probablement en partie. C’est un sujet très clivant à Castres, vous savez.»

Le député Jean Terlier la rejoint sur ce point : «Le soutien des Castrais à l’autoroute était bien connu. Une grande majorité des habitants y est favorable. Il y a aussi un soutien quasi unanime des élus, des forces vives. Ces résultats ne sont absolument pas une surprise.»

Ariane Roseneau réfute toutefois l’argument principal de ses adversaires : «Ils défendent l’idée que cette autoroute va apporter du développement économique. Nous pensons que Castres n’est pas enclavée. Cet argument pouvait être valable il y a 40 ans, quand on n’avait pas les mêmes moyens de communication. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus le cas.» Quelle que soit l’issue du second tour dimanche prochain, Ariane Roseneau veut rassurer : «La mairie n’a pas autorité pour arrêter ou accélérer le chantier.»

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