Samedi après-midi, les rues de Paris s’empliront de nouveau de bruissements d’oiseaux, d’insectes, de grenouilles et d’autres créatures menacées. Un an après sa première édition (notre reportage), la manifestation «Printemps bruyant» reprend de plus belle, le 4 avril, à partir de 14 heures, au départ de la station de métro Grands Boulevards, dans le centre de la capitale.

«Nous espérons plus de monde que l’an dernier, confie Lise, en charge de l’organisation de l’événement pour Extinction rebellion. Depuis douze mois, il y a eu une telle actualité sur les pesticides, avec la loi Duplomb et la mobilisation autour de la pétition : les pesticides sont beaucoup plus au cœur des préoccupations de la presse et du grand public.» Le nombre d’organisations qui préparent l’événement a plus que doublé par rapport à 2025, intégrant de nouveaux collectifs comme Cancer colère, créé en 2025 pour «politiser» les maladies (notre entretien).
Un appel signé par une centaine d’organisations
«Les printemps se font silencieux. Les oiseaux des champs disparaissent, les abeilles et les insectes pollinisateurs meurent par milliards, les fleurs sauvages se font plus rares, et c’est notre survie qui est en jeu», dresse l’appel à mobilisation. À l’heure actuelle, ce texte est signé par une centaine d’organisations (Scientifiques en rébellion, Greenpeace France, Action justice climat, Confédération paysanne…) et de nombreuses personnalités politiques de gauche (les Écologistes Marine Tondelier, Sandrine Rousseau ou Benoît Biteau, les insoumis·es Clémence Guetté, Mathilde Panot, Sylvain Carrière…).
«Sans pesticides, on peut nourrir la planète tout aussi bien.»
Le nom de «printemps bruyant» fait référence à l’ouvrage Printemps silencieux (1962) de la biologiste étasunienne Rachel Carson – l’une des premières scientifiques à avoir alerté sur les effets nocifs des pesticides sur l’environnement, dans les années 1960. Depuis, le monde de la recherche a clairement documenté l’impact de l’intensification de l’agriculture sur la biodiversité (insectes, oiseaux…) et la santé humaine. En septembre 2025, la justice a condamné l’État français (qui s’est pourvu en cassation) pour sa responsabilité dans la «contamination généralisée, diffuse, chronique et durable des eaux et des sols» par ces substances (notre article).
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Les signataires de la «marche pour un printemps bruyant» réclament notamment «l’abandon des pesticides de synthèse», «justice et réparation pour les victimes de pesticides» ou encore «une conférence citoyenne pour élaborer un projet permettant de nourrir sans détruire».

Affichant «Les pesticides tuent» l’an dernier, la banderole de tête sera cette fois complétée de la mention «Les alternatives existent». Les organisations mobilisées veulent mettre l’accent sur le soutien aux agriculteur·ices pour aller vers de nouvelles pratiques respectueuses de l’environnement. «Le discours sur le “pas d’alternative” est complètement faux, pointe Lisa, d’Extinction rebellion. Sans pesticides, on peut nourrir la planète tout aussi bien.»
Batucadas, discours et concerts
Pendant deux heures, la manifestation va progresser dans les rues de l’ouest parisien, au rythme des fanfares, batucadas et chorales des militant·es de Cancer colère. Le cortège doit arriver vers 16 heures devant le palais de justice de Paris (porte de Clichy). «L’idée, c’est d’amener les firmes de l’agrochimie au tribunal», glisse encore Lisa.
Des prises de parole des différentes organisations sont prévues pendant la marche et sur le parvis du tribunal de Paris. Doivent notamment s’exprimer Médecins du monde, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), le Collectif des ouvriers agricoles et de leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides (Coaadep, créé en réaction au scandale du chlordécone dans les Antilles) ou encore des étudiant·es «en lutte» de l’école d’agronomie Agro Paris tech. En fin d’après-midi, la chanteuse Solor et le rappeur HK doivent jouer un concert pour ponctuer la manifestation.
Lancée en avril 2025, la marche «Printemps bruyant» est amenée à devenir un rendez-vous annuel des opposant·es à l’agriculture intensive, organisé avant chaque journée mondiale de la santé (le 7 avril). L’an dernier, la manifestation avait rassemblé 2 500 personnes, selon les organisateur·ices.
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