Elles devaient ouvrir en fin d’année dernière. Les boutiques du géant de l’ultra-fast fashion Shein accueilleront finalement leurs premier·es client·es mercredi, dans cinq BHV (ex-Galeries Lafayette) à Limoges, Angers, Dijon, Grenoble et Reims.
Ces inaugurations découlent d’un partenariat, dévoilé en octobre 2025 par l’exploitant du BHV –la Société des grands magasins (SGM), cofondée par Frédéric Merlin –, avec le mastodonte de la vente en ligne, régulièrement accusé de concurrence déloyale et de pollution environnementale.

L’installation de son premier magasin pérenne au monde, au BHV Marais à Paris, avait suscité un tollé, il y a quatre mois. Mi-novembre, Frédéric Merlin avait annoncé le report des ouvertures hors Paris, en pleine tempête médiatique après la découverte de poupées sexuelles à l’apparence de fillettes et d’armes de catégorie A sur la section du site de Shein dédiée aux vendeurs tiers. La semaine dernière, l’Union européenne a ouvert une enquête contre la plateforme dans l’affaire des poupées sexuelles, soupçonnant Shein d’avoir commis plusieurs infractions à ses règles.
95% des clients de Shein vivent en dehors de Paris
Si l’expérimentation Shein «ne marche pas dans un an, on arrêtera», a indiqué vendredi au Figaro Frédéric Merlin. À Paris, elle n’a pas encore porté ses fruits, malgré le chiffre satisfaisant de 5 000 visiteurs quotidiens, a reconnu Frédéric Merlin en janvier devant le Sénat.
Les client·es ont notamment eu «l’impression» d’y trouver des prix plus élevés qu’en ligne, à tort, selon le porte-parole de Shein en France Quentin Ruffat, qui n’exclut pas des «opérations commerciales» hors Paris et promet un «choix plus large», avec des grandes tailles ou de la mode pour enfants. Quelque 95% des client·es français·es de la plateforme Shein vivent en dehors de Paris, Lyon et Marseille, insiste-t-il, revendiquant «25 millions d’utilisateurs uniques» dans le pays et un «succès populaire».
Levée de boucliers des commerçants et des politiques
Le partenariat avec la SGM a suscité une levée de boucliers à l’automne parmi les commerçant·es et une partie de la classe politique, dont la maire (Parti socialiste) de Dijon, Nathalie Koenders, et celui de Grenoble, Éric Piolle (Les Écologistes). Opposé à l’arrivée de Shein dans des lieux portant son nom, le groupe Galeries Lafayette a rompu son contrat avec la SGM concernant sept magasins, rebaptisés BHV. Une centaine de marques (Guerlain, Dior, Sandro…) ont quitté le grand magasin parisien, protestant contre le partenariat avec Shein ou des retards de paiements. «On ne retrouvera pas notre clientèle tant qu’il y aura Shein», déplorait récemment l’intersyndicale du BHV à Paris.
Faut-il s’attendre à de nouvelles vagues de contestations à Limoges, Angers ou Dijon, d’autant plus qu’approchent les élections municipales ? «Le but de ce partenariat, c’est de montrer qu’on peut avoir un impact positif sur les autres marques comme sur la revitalisation des centres-villes», répond Quentin Ruffat, assurant vouloir attirer «une clientèle jeune» et «connectée».
Pourtant, l’impact de Shein sur l’environnement est bien connu : elle est la marque de vêtements qui – du point de vue des émissions carbone – pollue le plus aujourd’hui. De nombreuses ONG et politiques dénoncent la mauvaise rémunération de ses salarié·es, soumi·ses à des cadences infernales, et l’opacité de son lobbying en France.
En novembre dernier, 80 député·es de différents partis politiques réclamaient «l’interdiction de Shein» en France pour «protéger les travailleurs, la santé publique et la planète». L’État français a échoué à obtenir une interdiction totale du site et demande aujourd’hui le blocage de la marketplace de Shein, réservée aux vendeurs tiers. La justice doit se prononcer le 19 mars à ce sujet.
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