Il est peut-être le mieux placé pour l’emporter. À Nice (Alpes-Maritimes), le président de l’Union des droites pour la République (UDR), Éric Ciotti, devance le maire (Horizons) sortant Christian Estrosi de plus de 12 points, à l’issue du premier tour des élections municipales. Celui qui est associé au Rassemblement national (RN) depuis 2024 a récolté 43,43% des suffrages exprimés, contre 30,92% pour l’actuel édile.
L’extrême droite est aussi arrivée en tête à Toulon (Var). Laure Lavalette (RN, 42%) a devancé la maire Josée Massi (divers droite, 29,54%) et le candidat Les Républicains (LR) Michel Bonnus (15,71%), qui s’est retiré depuis.
À Marseille (Bouches-du-Rhône), le frontiste Franck Allisio (35%) talonne l’édile sortant, l’ex-membre du Parti socialiste (PS) Benoît Payan (36,70%). Le représentant de La France insoumise (LFI), Sébastien Delogu (12%), s’est désisté pour faire barrage au RN.

Dimanche, ces trois grandes villes du sud-est de l’Hexagone pourraient basculer à l’extrême droite pour les sept prochaines années. Pourtant, aucun·e des potentiel·les gagnant·es ne semble prendre la menace du changement climatique au sérieux, peu mentionnée dans leur programme. Et ce malgré la multiplication des inondations, des incendies et des épisodes de sécheresse dans cette région.
À Marseille, Franck Allisio veut instaurer «un pass anti-racaille»
Dans la deuxième ville de France, la campagne du prétendant lepéniste a été rythmée par «l’ordre», «la propreté» et «la sécurité». Sur ce dernier point, il n’a pas pris en compte les risques climatiques, comme nombre de ses collègues du RN. Marseille subit pourtant de plein fouet les conséquences du réchauffement, avec de longues périodes de restriction d’eau, des inondations et des incendies, en témoigne l’impressionnant feu aux portes de la ville l’été dernier.
«Jusque très récemment, il n’y avait aucune mesure environnementale dans le projet de monsieur Allisio», observe Olivier Daniel, coordinateur régional de Greenpeace. L’antenne locale de l’association a décortiqué le programme du candidat et a assisté à l’ensemble de ses réunions publiques.
Dans un dernier document publié sur son site de campagne, le mot «écologie» apparaît pour la première fois, accompagné de trois mesures. Franck Allisio veut certifier tous les ports de Marseille comme «propres et actifs en biodiversité» ; mettre en place un plan «nature et fraicheur en ville» – il ne donne pas plus de détails ; et lancer un prix Brigitte-Bardot pour sensibiliser les Marseillais·es à la cause animale, en plus d’une unité spécifique pour «lutter contre la maltraitance animale».
Pour Olivier Daniel, ces mesures, qui concernent plutôt le cadre de vie, «n’apportent rien» et révèlent une incompréhension des enjeux climatiques. Le candidat RN porte en outre des propositions «très défavorables» à la transition écologique dans le reste du programme. Greenpeace mentionne «la poursuite du projet routier boulevard urbain sud, qui favoriserait l’essor du trafic automobile et renforcerait les émissions de [gaz à effet de serre], tout en artificialisant l’équivalent de la superficie de l’hippodrome Borély», soit environ 15 hectares. L’antenne locale de l’ONG souligne que les rares propositions programmatiques du RN sur l’écologie n’ont pas été réalisées dans les communes de la région où le parti est au pouvoir : Vitrolles, Marignane, Rognac (Bouches-du-Rhône), Fréjus (Var)…
Dernière proposition, et pas la moins polémique : s’il est élu dimanche, Franck Allisio veut mettre en place un «pass anti-racaille» dans les 100 premiers jours de son mandat. Le but ? Réserver l’accès à certains espaces verts et certaines plages aux «familles accompagnées d’enfants» ou aux personnes âgées. De l’avis des juristes, cette mesure semble illégale. Elle montre aussi une sérieuse limite dans la manière qu’a le RN d’appréhender la transition écologique. «On ne peut pas faire d’écologie sans justice sociale. Pour réussir, il faut amener tout le monde dans cette lutte, rappelle Olivier Daniel. Or le programme du Rassemblement national a pour habitude de réserver les bénéfices de ses politiques à certaines catégories de la population.» C’est ce que Vert montrait dans un récent article.
À Nice, Éric Ciotti porte «un programme de retour en arrière»
À Nice, cinquième ville de France, Éric Ciotti veut «désengorger la circulation». Pour cela, il s’oppose à l’aménagement de voies cyclables partout où cela pourrait gêner les véhicules motorisés. «Christian Estrosi a transposé à Nice les errements parisiens d’Anne Hildago», vociférait-il dans les colonnes de Nice presse, en référence à la politique cyclable menée à Paris. Dans son programme, l’ex-chef des Républicains propose la réouverture aux voitures de certains passages pour les vélos et la création de «plusieurs milliers» de places de stationnement.

«Un programme de retour en arrière», juge l’association Nice à vélo. «On passe d’une situation où les choses avançaient peu à une situation où cela ne va pas avancer du tout», soupire Antonio Barros, membre de l’association. Il rappelle que la première source d’émissions de gaz à effet de serre dans la métropole niçoise vient du secteur des transports et de la voiture individuelle. «Il faudrait réduire la place de la voiture ; malheureusement, les propositions d’Éric Ciotti ne vont pas dans ce sens», observe le militant vélo.
Le député des Alpes-Maritimes prévoit plusieurs mesures «pour l’écologie». Il souhaite végétaliser les cours d’écoles, créer des îlots de fraicheur ou «réduire le béton partout où c’est possible». «C’est la seule méthode pour faire baisser la température de plusieurs degrés, créer une ombre durable et drainer les eaux de pluie», assure-t-il. Pour autant, son programme n’avance aucun objectif concret ou chiffré.
Pour Clara Sannicolo, du Réseau action climat (RAC), ces engagements manquent de précision et donc de crédibilité : «Ses propositions semblent relever plus de l’embellissement du cadre de vie que d’une volonté concrète d’adapter Nice au réchauffement climatique.» Même chose pour l’alimentation. Éric Ciotti promet d’augmenter la part du bio dans les cantines… sans dire comment ni jusqu’à quel point.
À Toulon, Laure Lavalette propose des mesures «de bon sens» qui restent «cosmétiques» et «floues»
À Toulon, ville de rugby, Laure Lavalette veut «transformer l’essai» après son score du week-end dernier. Interrogée par Vert en septembre à Bordeaux (Gironde), la députée assurait que la question environnementale était une de ses préoccupations majeures. «Vous parlez à une Varoise, où le feu est un cauchemar absolument terrible, avançait-elle. Mais il faut prendre des mesures de bon sens.»

La majeure partie de son programme en matière d’écologie consiste à rendre «Toulon plus vert». Elle souhaite planter «une centaine d’arbres» et «transformer la place d’armes en halle couverte, avec un toit végétalisé». «Parler d’un toit végétalisé, cela ne fait pas une politique de transition», persifle Clara Sannicolo, qui juge certaines de ces mesures «cosmétiques» et «floues», alors que la cité varoise sera confrontée à une multiplication des épisodes de chaleur et aux problèmes d’approvisionnement en eau dans les années à venir.
La porte-parole du Rassemblement national veut aussi installer dans les bâtiments municipaux des filtres à eau anti-PFAS – ces polluants persistants dans l’environnement et dangereux pour la santé. Elle envisage également de limiter le plastique à usage unique dans ces espaces. Enfin, elle promet de «reprendre la gestion de la restauration scolaire avec la création d’une entreprise publique locale, engagée pour 50% de bio local».
Une bonne proposition, admet Clara Sannicolo, qui rappelle toutefois que la députée du Var prend régulièrement position contre l’écologie à l’Assemblée nationale. Aux côtés de ses collègues du RN, Laure Lavalette a voté en faveur de la très contestée loi agricole Duplomb, elle a soutenu des coupes budgétaires sur les enjeux environnementaux dans le budget 2026, et s’est dite favorable à l’exploitation d’hydrocarbures dans les outre-mer.
Autre mesure de «bon sens», selon elle : comme ses voisins niçois et marseillais, elle souhaite lancer un plan de climatisation dans les écoles. Une fausse bonne idée, comme l’expliquait Vert cet été.
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