Celui-là arbore des bonnets jaunes, mais celui-ci porte aussi des couleurs paille. Cet autre est le célèbre syndicat majoritaire, mais cet autre moins connu fait tout le temps alliance avec lui. Le premier est réputé proche de l’extrême droite, le deuxième combat les mégabassines avec les écolos, mais ils s’allient parfois contre les deux dominants… Mince alors ! Comment s’y retrouver parmi tout ce beau monde qui s’active depuis les débuts de la crise paysanne en janvier 2024 ?

À rebours du mythe de l’«unité paysanne» construit dans l’après-guerre par le syndicat majoritaire FNSEA, quatre principaux syndicats (et même un cinquième, moins connu) composent aujourd’hui le paysage agricole français. À noter que, comme dans d’autres professions, de nombreux agriculteur·ices ne se reconnaissent dans aucun syndicat : aux élections agricoles de 2025, le taux de participation était d’un peu moins de 50%. Coordination rurale, Confédération paysanne, Jeunes agriculteurs… À l’occasion du salon de l’agriculture qui s’est ouvert samedi à Paris, Vert vous aide à y voir plus clair.
🟢 La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA)
📜 Date de création : 1946, elle s’est imposée sur les cendres de la Confédération générale de l’agriculture (créée après le régime de Vichy, puis rapidement disparue).
🗳️ Résultat aux dernières élections : 46,7% (en alliance avec les Jeunes agriculteurs). C’est le syndicat majoritaire historique en France, et l’interlocuteur privilégié du gouvernement pour élaborer les politiques agricoles.
✊ Qui est à sa tête ? Arnaud Rousseau (depuis 2023), céréalier sur une ferme de 700 hectares en Seine-et-Marne et président du groupe agro-industriel Avril.
👨🌾 Nombre d’adhérent·es : 212 000
🚜 Vision de l’agriculture : développer la productivité et la modernisation de l’agriculture, et sa compétitivité sur les marchés internationaux. Elle dit aussi défendre «des prix rémunérateurs, une équivalence des normes et un fonctionnement plus juste de la chaîne alimentaire».
🌾 Principales positions sur l’écologie :
Normes environnementales : réclame régulièrement des «simplifications» (sur les pesticides, l’arrachage des haies, les tirs de loups…) et refuse toute réduction des pesticides sans alternative. Elle a activement soutenu la loi Duplomb.
Changement climatique : considère le «défi climatique» comme une «opportunité pour l’agriculture». Face aux sécheresses, elle soutient notamment le développement du stockage d’eau (dont les mégabassines).
Accord du Mercosur : opposée à la conclusion de l’accord, elle s’inquiète notamment de la «concurrence déloyale» des importations de viande sud-américaine.
Épidémie de dermatose nodulaire : soutient au niveau national la stratégie sanitaire du gouvernement, mais certaines sections locales (comme en Ariège) ont demandé des alternatives à l’abattage systématique des troupeaux infectés.
🔴 Les Jeunes agriculteurs (JA)
📜 Date de création : 1957, syndicat créé après la disparition de la Confédération générale de l’agriculture et de sa section jeune.
🗳️ Résultat aux dernières élections : 46,7% (avec la FNSEA). Alliés historiques de la FNSEA, les JA représentent les agriculteur·ices de moins de 38 ans et sont très implantés auprès de la jeunesse.
👨🌾 Nombre d’adhérent·es : 50 000
✊ Qui est à sa tête ? Pierrick Horel (depuis 2024), éleveur de bovins et cultivateur de blé sur une exploitation de 480 hectares dans les Alpes-de-Haute-Provence.
🚜 Vision de l’agriculture : alignés sur le productivisme de la FNSEA, ils mettent aussi l’accent sur l’installation des jeunes et le renouvellement des générations.
🌾 Principales positions sur l’écologie :
Normes environnementales : ont soutenu la loi Duplomb et les différentes mesures de «simplifications» obtenues depuis le début de la crise agricole. Ils demandent une «transition agricole juste, basée sur la science, la responsabilité et la réalité du terrain» et reprennent le mantra «pas d’interdiction de pesticides sans solution».
Changement climatique : parlant aussi de «défi climatique», ils appellent à développer le stockage d’eau, mais également les pratiques agroécologiques (haies, agroforesterie…). Ils portent aussi l’idée de «contrats d’avenir» pour aider les jeunes agriculteur·ices à financer leur transition vers de nouveaux modèles.
Accord du Mercosur : s’opposent aussi au traité de libre-échange et aux «concurrences déloyales» contre les productions françaises.
Épidémie de dermatose nodulaire : soutiennent la politique sanitaire du gouvernement, même si nombre d’adhérent·es ont rejoint des actions locales contre les abattages de troupeaux.
🟡 La Coordination rurale (CR)
📜 Date de création : 1994, le syndicat est créé à la suite d’une vaste mobilisation de paysan·nes de tous bords (Confédération paysanne, dissident·es de la FNSEA…) contre une réforme européenne trois ans plus tôt.
🗳️ Résultat aux dernières élections : 29,85%. Historiquement implantée dans le Sud-Ouest, la CR s’est imposée comme le deuxième syndicat agricole français (derrière l’alliance FNSEA-JA) après une percée électorale consécutive aux mobilisations agricoles de janvier 2024.
👨🌾 Nombre d’adhérent·es : 15 000
✊ Qui est à sa tête : Bertrand Venteau (depuis 2025), éleveur de bovins en Haute-Vienne.
🚜 Vision de l’agriculture : protectionniste face à la «concurrence déloyale» des produits étrangers, elle dénonce le trop-plein de règles en France et promeut la liberté de production des agriculteur·ices. «Apolitique» sur le papier, nombre de ses membres sont proches de l’extrême droite.
🌾 Principales positions :
Normes environnementales : opposée à de nombreuses règles de protection de l’environnement, et particulièrement aux contrôles des services de l’État chargés de les faire appliquer. Elle a soutenu la loi Duplomb.
Changement climatique : dénonce un «procès à charge contre l’agriculture» quant à ses causes, et défend notamment le stockage d’eau pour s’adapter. Plusieurs de ses responsables remettent en cause la réalité du changement climatique et son origine humaine.
Accord du Mercosur : s’oppose à ce traité qui renforce selon elle l’«agricide», et appelle plus généralement à exclure l’agriculture française des accords de libre-échange.
Épidémie de dermatose nodulaire : vivement opposée à la gestion sanitaire du gouvernement, elle demande le passage à des abattages ciblés (des seuls animaux présentant des symptômes) et la généralisation de la vaccination.
🟠 La Confédération paysanne («Conf’»)
📜 Date de création : 1987, elle est née de dissidences à la FNSEA et en opposition à son discours productiviste.
🗳️ Résultat aux dernières élections : 20,49%. Principal syndicat d’opposition à la FNSEA depuis les années 1990, elle a progressivement été dépassée par la Coordination rurale depuis les années 2010.
👨🌾 Nombre d’adhérent·es : 10 000
✊ Qui est à sa tête : un secrétariat national, notamment représenté (depuis 2025) par trois porte-paroles : Thomas Gibert (maraîcher en Haute-Vienne), Fanny Métrat (éleveuse d’ovins en Ardèche) et Stéphane Galais (éleveur de bovins en Ille-et-Vilaine).
🚜 Vision de l’agriculture : défend une agriculture à taille humaine, rémunératrice et respectueuse de l’environnement. Proche des mouvements de gauche et écologistes, elle milite régulièrement pour des convergences avec les autres luttes sociales.
🌾 Principales positions sur l’écologie :
Normes environnementales : favorable à un renforcement des règles de protection de l’environnement et à un accompagnement des agriculteur·ices vers la sortie des pesticides. Elle s’est opposée à la loi Duplomb et dénonce les reculs écologiques décidés depuis deux ans.
Changement climatique : estime que l’«agriculture industrielle» est en partie responsable, et lui oppose une «agriculture paysanne» capable de réduire les pollutions et de préserver les ressources. Elle est contre le développement des retenues d’eau et a participé aux manifestations contre les mégabassines à Sainte-Soline.
Accord du Mercosur : s’oppose à ce traité, et porte un discours plus général contre les politiques de libre-échange et leurs conséquences sur les paysan·nes du monde entier.
Épidémie de dermatose nodulaire : vivement opposée à la gestion sanitaire du gouvernement, elle demande la fin des abattages systématiques, l’élargissement de la vaccination sur tout le territoire ou encore le déclassement de la maladie dans la réglementation européenne.
🔵 Le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef)
📜 Date de création : 1959, né d’une dissidence au sein de la FNSEA, il a longtemps été le seul opposant aux syndicats majoritaires.
🗳️ Résultat aux dernières élections : 1,48%. Aujourd’hui moins connu que les quatre autres syndicats, ses scores se sont affaiblis depuis les années 1990. Il est principalement implanté dans le Sud-Ouest.
👨🌾 Nombre d’adhérent·es : 4 000
✊ Qui est à sa tête : Pierre Thomas (depuis 2019), éleveur de bovins dans l’Allier.
🚜 Vision de l’agriculture : d’inspiration communiste, il met en avant la défense des plus petites exploitations «familiales» face à l’intensification de l’agriculture. Il s’allie régulièrement avec la Confédération paysanne.
🌾 Principales positions :
Normes environnementales : promoteur d’une «agriculture familiale et agroécologique», il s’est opposé aux récents reculs écologiques, notamment à la loi Duplomb.
Changement climatique : défend les pratiques agroécologiques et s’oppose aux mégabassines pour l’agriculture intensive. Il appelle aussi à réformer les systèmes d’assurance face aux aléas climatiques.
Accord du Mercosur : opposé à la signature de ce traité ainsi qu’à tous les accords de libre-échange.
Épidémie de dermatose nodulaire : opposé à la stratégie sanitaire du gouvernement, et notamment aux abattages systématiques de troupeaux.
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