«Protéger l’eau, ce n’est pas empêcher l’agriculture» : contre la loi d’urgence agricole, un grand rassemblement à Rennes ce dimanche

Eau dévie.
Une cinquantaine d'organisations écologistes et paysannes appellent à une mobilisation nationale dimanche à Rennes «pour défendre l'eau, la santé et la démocratie». Une réaction aux reculs en cours sur la protection de la ressource, locaux comme nationaux.
Le 10 janvier, une précédente manifestation de défense de la démocratie locale de l’eau avait rassemblé plusieurs milliers de personnes à Rennes. © Léa Thomas/Hans Lucas via AFP

Un an après les mobilisations qui avaient émergé partout en France contre la loi Duplomb et le potentiel retour de pesticides interdits, la colère citoyenne est toujours vive. À l’appel d’une cinquantaine d’organisations écologistes et paysannes (Confédération paysanne, Greenpeace, Générations futures, Cancer colère…), une manifestation nationale est organisée ce dimanche à Rennes (Ille-et-Vilaine) «pour défendre l’eau, la santé et la démocratie».

Dans leur viseur : le projet de loi d’urgence agricole (LUA), voté mardi par les député·es et qui doit être examiné par le Sénat fin juin. Annoncé par le gouvernement après une mobilisation à Paris des syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs), ce texte prévoit une nouvelle salve de «simplifications» sur les constructions de retenues d’eau et de bâtiments d’élevage, l’exploitation des zones humides ou encore les tirs de loups (notre article).

Cet article est en accès libre.

Je fais un don

Le rassemblement du 7 juin se veut «festif et familial», selon Pauline Pennober, chargée de mission Politiques de l’eau auprès de l’association Eau et rivières de Bretagne. «Le but est de montrer que nous sommes tous ensemble pour l’eau, le bien commun le plus précieux dont on dispose, commente-t-elle. La loi d’urgence agricole revient en arrière sur des politiques de l’eau et de démocratie participative qui existent depuis plus de quarante ans, c’est vraiment dangereux et cela peut épuiser les citoyens qui contribuent aux consultations comme les agriculteurs qui essaient de trouver des solutions.»

Tracteurs, fanfares et bineuses

Le territoire breton est au cœur du débat : la commission locale de l’eau (Cle) du bassin de la Vilaine (qui rassemble élu·es, État et usager·es de la ressource sur le territoire) s’est accordée en mars 2025 sur un plan d’interdiction des herbicides sur certaines cultures de maïs pour protéger cinq captages d’eau potable. Mais l’adoption finale de cette mesure pionnière en France a été remise en cause par la forte mobilisation de la FNSEA locale, puis par le moratoire sur l’eau décrété par le premier ministre en janvier (notre article).

Le 10 janvier, une manifestation avait rassemblé plusieurs milliers de personnes à Rennes pour défendre ces travaux de préservation de la ressource. La mobilisation de dimanche se veut cette fois «d’envergure nationale», alors que la mouture de la LUA amendée par les député·es prévoit de nouveaux affaiblissements de la démocratie locale de l’eau (notre article).

«On veut montrer que ces alternatives existent déjà et marchent.»

Le rassemblement démarrera sur les coups de midi sur le mail François-Mitterrand, grande voie de promenade qui traverse le centre-ville. Après un banquet, un débat autour du président de la Cle du bassin de la Vilaine et une série de prises de parole de responsables associatifs et syndicaux (France nature environnement, Alerte des médecins sur les pesticides…), la marche doit s’élancer dans les rues de Rennes avec fanfares et chorales. Plus d’une quarantaine de tracteurs de la Confédération paysanne sont attendus sur place.

«Protéger l’eau, ce n’est pas empêcher l’agriculture ; c’est garantir l’avenir des fermes, la santé des habitants et la démocratie locale», écrivent les signataires de l’appel à mobilisation. Plusieurs agriculteur·ices doivent présenter des outils de désherbage mécanique (bineuse, houe rotative) qui permettent de se passer d’herbicides.

«On veut montrer que ces alternatives existent déjà et marchent, soutient Pauline Pennober. Les agriculteurs les utilisent depuis de nombreuses années à travers toute la France, elles peuvent être généralisées et soutenues rapidement.» Parmi leurs revendications, les manifestant·es demandent notamment un «modèle agricole d’avenir» ainsi que le refus de la loi Duplomb et des «mesures d’urgence qui affaiblissent la protection de l’eau, des zones humides et des captages au nom d’une soi-disant simplification».

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

Alors que les alertes des scientifiques sont à nouveau ignorées, en matière de pollution comme de climat, notre gouvernement protège davantage les intérêts des industriels que notre santé et l’avenir de nos enfants.

Alors que le débat démocratique est pollué comme jamais, nos journalistes ont un rôle inédit à jouer. 

Pour répondre à cette urgence écologique et de santé publique, Vert monte une toute nouvelle équipe d’enquête et solutions spécialisée dans la santé et les pollutions, et va se renforcer sur le climat.

Objectif : + 5 000 membres du Club avant le 14 juin pour créer ensemble un journalisme qui nous protège.

C'est parti