«C’est quoi cette opération escargot ? On grille même les feux rouges !» Olivier Pillet, vigneron et porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault, s’amuse de l’empressement des agriculteur·ices sur la route départementale. La trentaine de voitures et de tracteurs floqués de drapeaux jaunes aux couleurs du syndicat agricole, qui milite pour l’agroécologie, est censée perturber la circulation. Ils ne mettront pourtant qu’une heure (au lieu de 30 minutes) pour rejoindre l’hôtel du département de l’Hérault, à Montpellier.

«Le président du département nous a promis de nous recevoir, et on est assez pressés d’entendre ce qu’il a à nous dire», s’amuse-t-il. À l’appel des fédérations de la Confédération paysanne de l’Hérault, du Gard, des Bouches-du-Rhône et du Var, une centaine de membres et sympathisant·es du syndicat étaient garé·es à midi devant l’hôtel de département, selon notre décompte.
Contester la gestion de l’État
La Confédération paysanne, comme la Coordination rurale, syndicat agricole dont certains dirigeants sont proches de l’extrême droite, s’oppose à la stratégie de gestion de l’État vis-à-vis de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Une maladie extrêmement contagieuse, dont le virus frappe les vaches françaises depuis juin 2025. Le gouvernement, sur conseil de l’Ordre national des vétérinaires, a choisi de la contenir par l’abattage systématique des troupeaux contaminés et par une vaccination localisée, provoquant de nombreuses réticences et mobilisations des agriculteur·ices.
«Nous trouvons cette gestion inhumaine et inefficace», résume Morgane Bara, éleveuse et autre porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault, qui plaide pour un élargissement de la vaccination à tout le territoire. «Le gouvernement refuse de le faire, par peur de moins exporter de bêtes à l’étranger», estime-t-elle. Une vaccination totale entrainerait la perte du statut «indemne» et le blocage des exportations vers l’Union européenne et les pays tiers. «Mais, dès le printemps et l’été, quand le chaud reviendra, les mouches qui véhiculent le virus prolifèreront et, sans vaccination totale, cela ne suffira pas», appuie la syndicaliste.
Un rapport de force victorieux
Devant ces arguments (et peut-être face à la vision des tracteurs massés devant la grille), le président du conseil départemental de l’Hérault, Kléber Mesquida (divers gauche), est sorti du silence. Après avoir reçu les manifestant·es dans son bureau, il s’est déclaré solidaire et a désigné l’abattage total comme «une aberration». Il a affirmé avoir envoyé une lettre au premier ministre le 19 décembre, lui demandant «d’examiner les alternatives, de débloquer les vaccins et de faire évoluer le cadre réglementaire». Une seconde lettre du même acabit serait, selon lui, en cours de rédaction. Kléber Mesquida a aussi exprimé son opposition au traité de libre-échange entre l’UE et les pays sud-américains du Mercosur, autre point d’inquiétude des paysan·nes.

«Nous sommes satisfaits, même si nous ne sommes pas dupes. Les politiques disent ce qu’on a envie d’entendre. Mais qu’un élu avec une écharpe tricolore porte ces arguments, c’est déjà une grande victoire. Allez voir vos élus, ça marche», reconnaît Morgane Bara. L’assemblée reste décontenancée de ce succès presque trop facile.
L’Hérault, département vacciné sans être contaminé
La Confédération paysanne de l’Hérault n’en est pas à sa première victoire. Du 14 au 19 décembre, des tracteurs du syndicat (et de la Coordination rurale) ont occupé le rond-point de Vendargues, avec les mêmes revendications. La chambre d’agriculture du département, mise sous pression par des foyers de maladie dans le département voisin de l’Aude, a lancé le 19 décembre une campagne de vaccination des bovins de l’Hérault, alors même qu’il n’y a eu aucun cas de la maladie localement. En deux semaines, ce sont 60% des têtes qui ont été vaccinées.

Une exception à la règle très remarquée dans les départements voisins. «Nous rêvons d’un tel dispositif dans les Bouches-du-Rhône», confie Roger Roux, porte-parole de la branche locale de la Confédération paysanne. Il confie : «Surtout pour les éleveurs de taureaux camarguais. C’est une espèce où le nombre de spécimens est très limité, et il suffit de quelques troupeaux contaminés et abattus pour mettre fin à des dizaines d’années de travail pour trouver les bons gènes. Toute la filière serait en danger.»
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