Analyse

Résultats des élections municipales 2026 : les listes citoyennes font mieux qu’en 2020 et remportent près de 160 communes

Liste détente. Quimper, Rezé, Saint-André-lez-Lille… Près de 160 listes citoyennes ont remporté des mairies aux élections municipales de 2026, soit plus du double par rapport au dernier scrutin. Le mouvement perd en revanche Poitiers, et ne réalise pas d'exploit dans les plus grandes villes où il s'était qualifié.
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C’est un chiffre marquant de ces élections municipales 2026, qui ne fera pourtant pas la une des médias : 159 listes citoyennes ont remporté des mairies. C’est plus du double par rapport aux 66 communes qui avaient basculé lors du dernier scrutin de 2020, selon le recensement provisoire de la coopérative Fréquence commune.

Au total, un peu plus de 700 équipes revendiquant une nouvelle manière de faire démocratie se sont présentées en amont du premier tour des municipales, dans plusieurs grandes villes comme dans de nombreuses petites communes. Nées à partir de 2014 en réponse au désaveu des partis politiques, ces initiatives mettent en avant plusieurs enjeux : participation directe des habitant·es, co-construction du programme, justice sociale et écologie… Pour le réseau Action communes, une liste citoyenne peut avoir une minorité de membres encarté·es et recevoir un soutien extérieur de partis politiques, tant que ces derniers n’influent pas sur sa gouvernance et sur la désignation des têtes de liste.

Beaucoup de communes entre 1 000 et 20 000 habitants

Un cinquième de ces listes citoyennes s’étaient imposées dès le premier tour, le 15 mars dernier (notre article). Parmi elles, plusieurs déjà victorieuses en 2020 – Le Bourget-du-Lac (Savoie, 5 200 habitant·es), La Montagne (Loire-Atlantique, 6 500 habitant·es), Vaour (Tarn, 400 habitant·es), Plessé (Loire-Atlantique, 5 300 habitant·es)… – et de nouvelles conquêtes, comme Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique, 2 400 habitant·es) ou Crest (Drôme, 8 700 habitant·es). À Putanges-le-Lac (Orne, 2 000 habitant·es), le maire sortant ne s’attendait pas à la victoire de l’équipe citoyenne et avait même déjà commencé à choisir ses adjoint·es, raconte le média local Grand format.

«La dynamique entamée depuis 2014 s’inscrit dans la durée et confirme une trajectoire ascendante», a réagi Fréquence commune ce dimanche soir. Les communes gagnées comptent pour la plupart entre 1 000 et 20 000 habitant·es, ce qui n’est pas une surprise pour Elisabeth Dau, co-fondatrice de la coopérative : «Il y a eu un effet de silence médiatique et de forte nationalisation de ces élections, qui a renforcé le poids des partis politiques et qui a rendu plus difficile l’existence de propositions citoyennes pour renouveler le fonctionnement politique.»

Ce dimanche, 33 nouvelles communes sont venues s’ajouter à la liste à l’issue du second tour. La plus grande ville remportée est celle de Quimper (Finistère, 64 000 habitant·es), menée par la maire sortante Isabelle Assih. Cette dernière est affiliée au Parti socialiste, mais son équipe – largement renouvelée par rapport à la précédente mandature – fait la part belle à la société civile. Non recensée en 2020, la municipalité bretonne a été découverte par Fréquence commune au cours du mandat : «Elle a beaucoup œuvré pour la démocratisation par le bas et en interne de son administration, nous allons suivre ce qu’elle va amener en 2026», salue Elisabeth Dau.

À Quimper, la liste menée par la maire sortante Isabelle Assih (au centre, en rouge) fait la part belle à la société civile. © Isabelle Assih Quimper 2026/Facebook

De nouvelles communes ont été emportées par la vague citoyenne, pour la plupart inférieures à 50 000 habitant·es : Saint-André-lez-Lille (Nord, 13 000 habitant·es), Rezé (Loire-Atlantique, 44 000 habitant·es), Prades-le-Lez (Hérault, 6 200 habitant·es), Plateau-des-Petites-Roches (Isère, 2 400 habitant·es)… À Penne (Tarn, 600 habitant·es), la liste Partageons demain s’est imposée de 4 voix, après une égalité parfaite au premier tour. À Mulhouse (Haut-Rhin, 105 000 habitant·es), une liste citoyenne – mais non recensée comme telle par Fréquence commune – a également renversé la maire sortante.

Quelques autres villes ont été remportées à l’issue de fusions avec des listes classées à gauche. C’est le cas à Blois (Loir-et-Cher, 47 000 habitant·es), où le maire sortant, Marc Gricourt (Parti socialiste), est largement réélu face à la droite et à l’extrême droite. Pour le second tour, il avait choisi de s’allier avec la liste citoyenne Blois en commun autour d’un même programme : lancement de pétitions citoyennes, développement des pistes cyclables, protection des zones de captage d’eau potable…

Pas d’exploits à Briançon, Valenciennes, Gap…

La grosse déception du second round reste le basculement de Poitiers (Vienne, 90 000 habitant·es), plus grosse ville remportée par une liste citoyenne en 2020. L’écologiste Léonore Moncond’huy est battue par le centriste Anthony Brottier – et ce malgré une alliance douloureuse avec une autre liste emmenée par La France insoumise, le Parti communiste français et une association citoyenne, comme l’a raconté Reporterre. «Poitiers a mené un mandat inspirant et pionnier en France, ils ont placé haut l’ambition de démocratie plus directe, plus délibérative, l’exigence d’égalité politique», salue Elisabeth Dau, pour qui cet exemple a inspiré de nombreuses listes citoyennes en 2026.

La lise Rezé citoyenne, une gauche unie et solidaire l’a emporté dans cette ville de près de 50 000 habitant·es. © Rezé citoyenne, une gauche unie et solidaire/Facebook

Valenciennes (Nord, 43 000 habitant·es), Gap (Hautes-Alpes, 41 000 habitant·es), Albi (Tarn, 51 000 habitant·es), Rodez (Aveyron, 24 000 habitant·es)… Dans d’autres villes majeures – préfectures ou sous-préfectures –, les listes citoyennes ne réalisent pas de miracle. À Concarneau (Finistère, 21 000 habitant·es), l’équipe qui avait créé la surprise en arrivant en tête avant de s’allier aux socialistes a finalement perdu de moins de 300 voix. À Biarritz (Pyrénées-Atlantiques, 26 000 habitant·es), malgré leur fusion, les deux listes citoyennes n’ont pas réussi à transformer l’essai face à l’ancienne gloire du rugby français Serge Blanco, qui s’impose largement.

Dans les Hautes-Alpes, la liste Briançon territoire vivant – qui souhaitait notamment organiser une consultation citoyenne concernant l’organisation des très critiqués Jeux olympiques d’hiver 2030 (notre article) – termine deuxième, derrière le maire sortant Arnaud Murgia (divers droite). Même désillusion au Verdon-sur-Mer (Gironde, 1 400 habitant·es), où la liste Ensemble, inventons l’avenir – qui s’est notamment distinguée par son opposition au projet de ferme à saumons – échoue à 34 petites voix du maire sortant.

À Melle (Deux-Sèvres, 5 800 habitant·es), l’équipe du maire Sylvain Griffault est largement battue par la droite locale. Sa liste citoyenne avait subi les foudres de la Coordination rurale – syndicat agricole proche de l’extrême droite – en raison de son soutien aux opposant·es aux mégabassines.

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