Un vent nouveau souffle sur Concarneau, paisible cité bretonne de 20 000 âmes. Thomas Le Bon, professeur de philosophie de 41 ans, et son équipe Concarneau citoyenne et participative sont arrivés en tête du premier tour des élections municipales, avec 32% des voix, selon les résultats officialisés dimanche soir. Une véritable surprise pour ce collectif d’habitant·es, créé fin 2019 hors de tout parti politique pour défendre une démocratie partagée et un programme de justice sociale et écologique.
Il devance largement le candidat de la majorité sortante (divers droite, 22%), ainsi que les deux anciens maires André Fidelin (Les Républicains, 19%) et Gilbert Le Bris (Parti socialiste, 18%). En 2020, la liste citoyenne était arrivée en deuxième position et avait obtenu six sièges au conseil municipal. Comme pour de nombreuses listes citoyennes partout en France, elle peut désormais espérer l’emporter. D’après le recensement de la coopérative Fréquence commune, 138 listes citoyennes ont été élues dès le premier tour, et 187 sont qualifiées pour le second.
À Plessé, une victoire à une voix près
Dans un contexte de désaveu des partis politiques et d’aspiration à une démocratie plus horizontale, un peu plus de 700 listes citoyennes se sont présentées cette année aux élections municipales. C’est près du double par rapport au dernier scrutin de 2020, selon le suivi opéré par Fréquence commune. «Nous avons effectué un travail d’analyse et de documentation autour des communes gagnées en 2020, ce qui a donné envie à d’autres, éclaire Thomas Simon, membre du collectif. La montée de l’extrême droite donne aussi envie aux gens de se mobiliser pour proposer des alternatives.»
«Les listes citoyennes sont des collectifs d’habitants qui décident de se lancer dans l’aventure des élections, dans leur village ou leur ville, en cherchant à transformer radicalement la manière de faire de la politique et en prenant le pouvoir pour le partager», synthétise-t-il. Dans le détail, le réseau Action communes propose une «boussole» avec plusieurs critères : organiser une gouvernance partagée de la campagne municipale, avec une participation directe des habitant·es ; co-construire le programme ; défendre la justice sociale et l’écologie… Une liste peut avoir une minorité de membres encarté·es et recevoir un soutien extérieur de partis politiques, tant que ces derniers n’influent pas sur sa gouvernance et sur la désignation des têtes de liste.
En 2020, 66 localités avaient été remportées par cette vague citoyenne, toujours selon le recensement de Fréquence commune. La plus grande était celle de Poitiers et ses 90 000 habitant·es : l’Écologiste Léonore Moncond’huy avait battu le maire sortant Alain Cleyes (Parti socialiste) au second tour, devenant la première femme à la tête de la cité poitevine. Ce dimanche, sa liste est arrivée en tête avec 26% des voix, selon les résultats définitifs. Elle est talonnée par un candidat de centre-gauche, alors que quatre autres listes sont également qualifiées.

Dans les communes emblématiques remportées par des listes citoyennes en 2020, d’autres rempilent dès le premier tour. C’est le cas au Bourget-du-Lac (Savoie, 5 200 habitant·es), où le maire sortant, Nicolas Mercat, l’emporte sur l’autre liste (divers droite) de la commune. Même succès pour les listes citoyennes de La Montagne (Loire-Atlantique, 6 500 habitant·es), Vaour (Tarn, 400 habitant·es), Droue-sur-Drouette (Eure-et-Loir, 1 200 habitant·es) ou encore Plessé (Loire-Atlantique, 5 300 habitant·es), où la candidate s’impose… d’une seule voix !
Percée écologiste à Briançon, déception pour la liste anti-bassines de Melle
De nouvelles communes sont remportées par des listes citoyennes en 2026, comme à Putanges-le-Lac (Orne, 2 000 habitant·es) ou Crest (Drôme, 8 600 habitant·es). À Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique, 2 300 habitant·es), commune restée célèbre pour la lutte écologiste victorieuse contre un projet d’aéroport, la liste Citoyens Landais engagés renverse le maire sortant, Patrick Maillard, d’une vingtaine de voix.
Ailleurs en France, des équipes ont réalisé des scores inattendus : à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques, 54 000 habitant·es), la liste Bayonne en mouvement est deuxième avec 22% et se qualifie pour le second tour. De nombreuses autres listes citoyennes pourront participer au scrutin décisif de dimanche prochain, à Valenciennes (Nord, 43 000 habitant·es), Cahors (Lot, 20 000 habitant·es), Quimper (Finistère, 64 000 habitant·es), Rodez (Aveyron, 24 000 habitant·es) ou encore Albi (Tarn, 51 000 habitant·es).
Autre percée à Briançon (Hautes-Alpes, 11 000 habitant·es), où la liste citoyenne Briançon territoire vivant atteint 35%, à huit points du maire sortant Arnaud Murgia (divers droite). Soutenue par quatre partis de gauche – La France insoumise, le Parti communiste, Les Écologistes, le Parti socialiste –, elle s’inquiète de l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises (notre article) et propose d’organiser une consultation des habitant·es sur le sujet.
D’autres listes citoyennes ont en revanche réalisé des scores en deçà de leurs performances d’il y a six ans. À Melle (Deux-Sèvres, 5 800 habitant·es), le maire sortant Sylvain Griffault, connu pour sa ferme opposition aux projets de mégabassines, est largement devancé – mais pas encore battu – par le candidat centriste Ryan Lequien. Vainqueures en 2020, les listes d’Urrugne (Pyrénées-Atlantiques, 11 000 habitant·es) ou encore de Castanet-Tolosan (Haute-Garonne, 15 000 habitant·es) sont en ballotage défavorable. Tout reste encore à faire au second tour des élections municipales, qui se déroulera dimanche prochain.
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