Semaine après semaine, les révélations s’enchaînent autour du projet d’A69, cette autoroute en construction qui doit relier Toulouse (Haute-Garonne) à Castres (Tarn). Mardi, après les révélations du média d’investigation Mediacités, le ministère des transports a confirmé que l’État avait bel et bien dédommagé Atosca, le concessionnaire du futur ruban d’asphalte, à hauteur de 79 millions d’euros – Mediacités avançait le chiffre de 100 millions d’euros. Cette somme a été versée après l’interruption du chantier par la justice, pendant trois mois, en 2025.

Précisément, les travaux avaient été interrompus le 27 février 2025 par un jugement du tribunal administratif de Toulouse – qui avait annulé l’autorisation environnementale du projet après avoir été saisi par des opposant·es (notre article). Puis, le chantier a été autorisé à reprendre fin mai, à la suite d’une décision de la cour administrative d’appel de Toulouse, qui suspendait provisoirement la décision de février dans l’attente du jugement en appel. Ce procès décisif a finalement eu lieu en décembre dernier, et n’a rien changé à la situation : la cour administrative d’appel a validé la poursuite du chantier – les opposant·es misent désormais sur le Conseil d’État, saisi du dossier.
Cette interruption d’une centaine de jours, intervenue entre février et mai, a «bouleversé l’équilibre économique du contrat» passé entre l’État et le concessionnaire Atosca, a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) une source ministérielle. Cela a entraîné une négociation, au terme de laquelle un dédommagement a été arrêté, autour de 79 millions d’euros, selon la même source. Un montant «quasiment divisé par deux par rapport aux demandes initiales» d’Atosca, a-t-elle précisé.
Dans quel cadre ces négociations ont-elles eu lieu ? Auprès de l’AFP, le concessionnaire a simplement indiqué qu’«une médiation [avait] été menée par deux tiers indépendants entre l’État et Atosca afin de définir les conditions d’une reprise des travaux». Cette indemnisation a permis «de prendre en charge les surcoûts qui s’imposent à l’entreprise, au concessionnaire, et n’étaient pas prévus dans le contrat initial, à cause de l’arrêt du chantier», a encore détaillé la source ministérielle.
«Cela nous paraît totalement extravagant»
Le ministère des transports, qui «déplore» cette situation, estime qu’elle «est le résultat des recours judiciaires qu’il y a eu contre ce chantier qui était déjà très engagé» et d’une «quasi-obstruction judiciaire par les opposants». Ces 79 millions de «surcoût» viennent «renchérir» le budget total, qui était estimé entre 400 et 500 millions d’euros, a ajouté le ministère.
«Cela nous paraît tellement fantasque qu’on a eu du mal à y croire», commente Geoffrey Tarroux, membre de La Voie est libre, le principal collectif d’opposant·es à l’A69. Il affirme qu’Atosca avait chiffré à 180 000 euros par jour le coût de l’arrêt du chantier, ce qui, compte tenu de la centaine de jours d’interruption, représenterait plutôt… 18 millions d’euros. «Nous pensons que cet argent servira surtout à payer les astreintes d’Atosca, liées aux multiples infractions constatées sur le chantier», ajoute-t-il.
Rappelons que le chantier n’est pas au bout de ses démêlés judiciaires : un volet pénal s’est ouvert mi-décembre concernant des dépassements non autorisés du périmètre du chantier sur 46 sites et au moins 42 hectares. La semaine dernière, Vert a révélé que des engins de travaux avaient été aperçus sur l’une de ces parcelles censées avoir été évacuées après une décision judiciaire provisoire de janvier. Une situation qui expose Atosca à de lourdes amendes.
Geoffrey Tarroux estime en outre que les coûts liés à l’arrêt des travaux «n’ont pas vocation à être supportés par les finances publiques, les risques relevant du concessionnaire», poursuit-il. La Voie est libre dénonce un «État larbin, servile, qui se couche devant Atosca et les promoteurs de l’A69», fustigeant un «système organisé pour offrir à un groupe privé son autoroute sur fonds publics».
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