C’est quoi le problème ?
Entre l’imperméable de pluie, le pantalon rose fuchsia et la combinaison anti-UV pour la mer, la garde-robe des tout-petits est loin d’être sans danger. Comme pour les adultes, les industriels du textile recourent à de nombreuses substances chimiques à toutes les étapes de fabrication d’un vêtement. Dans un t-shirt, on peut retrouver des centaines de produits différents. Le problème, c’est qu’ils ne sont mentionnés nulle part. «À titre de comparaison, les cosmétiques répondent à une réglementation européenne précise qui oblige les fabricants à dévoiler la composition. Hélas, les textiles font partie des articles les moins réglementés», se désole Anne Lafourcade, chimiste en santé-environnement à la tête de l’agence Alicse, qui accompagne des structures de la petite enfance dans la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens.
Les textiles répondent à la réglementation européenne Reach (enregistrement, évaluation, restriction et autorisation des substances chimiques), au même titre que tous les produits de grande consommation. Si elle encadre une partie des substances chimiques, la liste reste incomplète au regard du nombre de produits problématiques dont on connaît les effets néfastes sur la santé.

Dans les vêtements, on peut retrouver des PFAS, ces «polluants éternels» efficaces pour résister à l’eau mais très nocifs pour la santé (risque de cancer, maladies thyroïdienne, cholestérol, baisse de la fertilité, modification du système hormonal…). Depuis le 1er janvier 2026, la mise sur le marché de textiles qui en contiennent est interdite en France mais, dans les rayons, il reste difficile de savoir si ces molécules toxiques ont réellement disparu car ces interdictions ne concernent pas les produits contenant seulement des traces de PFAS.
Parmi les autres substances problématiques, on peut citer les phtalates, souvent présents dans les imprimés. Treize sont déjà interdits ou restreints au niveau européen mais une quarantaine d’autres sont encore autorisés malgré leur classement comme toxique pour la reproduction et perturbateurs endocriniens par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Dans les vêtements synthétiques, on peut retrouver du formaldéhyde, un composé organique volatil (COV) qui permet aux tissus d’être infroissables et hydrofuges. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé le formaldéhyde comme cancérogène avéré dès 2004. Des métaux lourds (cadmium, mercure, chrome), des composés chlorés (pour blanchir le textile) ou des colorants se cachent aussi dans les tissus et peuvent être allergènes, cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
Impact sur la santé des tout-petits : que disent les experts ?
En plus d’être néfastes pour l’environnement, ces substances ont un impact réel sur la santé des tout-petits, dont l’organisme est plus fragile. «La peau des bébés et des enfants est plus perméable, les polluants entrent plus facilement dans leur corps», prévient Anne Lafourcade. Si la concentration de chaque produit est faible, leur multiplicité et leur accumulation posent problème : c’est ce que l’on appelle l’effet cocktail. «Il y a un risque par voie cutanée, comme pour les adultes, mais aussi par voie alimentaire, car les enfants ont tendance à mâchouiller leurs vêtements», complète Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association santé environnement France. «Les enfants ne vont pas mourir en portant un vêtement contenant des produits chimiques, c’est plutôt une menace fantôme qui agit sur le long terme», rappelle la chimiste Anne Lafourcade.
Une fois dans le corps, les polluants s’installent et forment l’exposome. Ce concept désigne le cumul des expositions environnementales auxquelles les individus sont soumis durant toute leur vie. L’exposome est propre à chacun et peut varier selon l’alimentation, le lieu d’habitation, les comportements ou l’environnement. Pour Anne Lafourcade, «il est urgent de baisser la charge chimique des enfants ! Les expositions précoces ont une incidence différente, les 1 000 premiers jours conditionnent la santé de toute une vie.»
L’ONG Women engage for a common future (WECF) rappelle qu’un «grand nombre de pathologies touchant les enfants ou trouvant leur origine dans l’enfance sont en augmentation depuis cinquante ans». Elle cite des maladies telles que le cancer, l’asthme, les troubles du système immunitaire, du développement, de la reproduction. «De nombreux produits chimiques qui s’accumulent dans nos organismes sont mis en cause dans ces pathologies», alerte l’organisation dans un rapport de 2013.
Deux labels pour habiller bébé
«Aujourd’hui, quand on achète un produit, il est impossible de savoir s’il contient des polluants éternels», regrette Anne Lafourcade. Alors, que faire ? Vert vous propose cinq solutions faciles et peu coûteuses.
Proscrire les plateformes de vente en ligne. Amazon, AliExpress, Shein ou Temu sont à éviter car elles ne font l’objet d’aucun contrôle spécifique, là où de grandes enseignes (comme Kiabi, Zara, H&M, etc.) peuvent être concernées par des procédures de vérifications de la conformité de leurs produits. C’est au cours d’un contrôle de ce type que des articles de la marque Kiabi dépassant le seuil de PFAS autorisé ont été rappelés en mars dernier.
Privilégier les labels. À défaut d’avoir une réglementation spécifique aux textiles, les labels restent la seule assurance qu’il n’y a pas de produits chimiques invisibles. «Sur le marché de l’habillement, il existe plusieurs certifications, toutes sont des initiatives privées qui définissent leur propre cahier des charges et leur niveau d’exigence», précise Alban Jillet, responsable de certification textile chez Ecocert, l’un des organismes français de certification.
Dans la mode enfant, on retrouve le plus souvent deux labels : GOTS (Global organic textile standard) et Oeko-Tex. Le premier garantit que plus de 70% des fibres utilisées sont naturelles et d’origine biologique. Le label Oeko-Tex standard 100 certifie que le produit et ses composants ne contiennent aucune des 100 substances les plus nocives. Des marques comme Bout’chou (Monoprix), Petit Bateau ou encore Tape à l’œil commercialisent des vêtements portant l’un de ces labels. Toutefois, toutes les collections vendues en magasin ne sont pas certifiées. Les client·es doivent donc être vigilant·es aux mentions sur les étiquettes.
Choisir des fibres naturelles, éviter les motifs ou les anti-UV…
Penser naturel plutôt que synthétique. «Comme dans l’alimentaire, plus la liste des ingrédients est courte, mieux c’est», résume Thomas Ebélé, coauteur du livre La face cachée des étiquettes (éditions Eyrolles, 2023). Préférez les fibres naturelles comme le coton, le lin, la laine ou le chanvre aux fibres synthétiques. «Il faut bannir le polyamide, le polyester, le nylon, mais aussi les fibres artificielles comme la viscose et le lyocell.» De son côté, Anne Lafoucarde conseille la simplicité. Du coton blanc pour éviter les coups de soleil vaut mieux qu’un t-shirt coloré anti-UV : «Dès qu’il y a écrit “anti”, il faut se méfier. Pour rendre un vêtement antibactérien, on utilise un biocide. Tous les traitements appliqués à un textile rajoutent un produit chimique à sa composition.»
Gare au flocage ! Même si le visage de la Reine des neiges imprimé sur un pull fait plaisir à votre enfant, mieux vaut ne pas céder. «Les impressions par sérigraphie ou les motifs plastifiés peuvent contenir du PVC, un matériau synthétique rendu souple par des phtalates qui sont eux-mêmes des perturbateurs endocriniens, indique l’ONG WECF, qui préconise de choisir des vêtements aux motifs brodés et de se méfier des couleurs trop vives. Les colorants synthétiques présents dans les textiles restent le premier élément allergène provoquant des réactions sur la peau.»
Deux lavages valent mieux qu’un. Cette recommandation peut paraître anecdotique, mais le passage à la machine est chaudement conseillé avant d’enfiler un nouveau pantalon à votre bambin. «À chaque cycle en machine, la charge toxique d’un vêtement est divisée au moins par deux», chiffre Thomas Ebélé. Portés et nettoyés plusieurs fois, les vêtements de seconde main sont une bonne alternative à bas coût. Bonne nouvelle, la saison des vide-greniers est ouverte !
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