De l’anorak qui nous protège de la pluie à la nappe qui n’absorbe pas les tâches, les textiles de notre quotidien sont couverts de PFAS. Ces molécules ultrapersistantes, nocives pour la santé et l’environnement, sont les plus efficaces pour assurer leur résistance à l’eau et aux graisses.
Mais, depuis le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation et la mise sur le marché de textiles contenant ces substances sont interdites en France. La loi qui régule leur utilisation prévoit un délai d’un an pour écouler les stocks existants. Résultats : des vêtements qui en ont dans leur composition sont encore en circulation.
Au début du mois de mars, des articles de la marque française Kiabi ont même été rappelés parce qu’ils contenaient un taux de PFAS qui dépassait les seuils autorisés. Cette trop grande quantité de polluants représentait «un risque chimique» pour les consommateur·ices, selon le site gouvernemental Rappel conso.

Même lorsque le seuil réglementaire est respecté, le contact avec des habits couverts de PFAS représente un risque pour notre santé. «La contamination par voie cutanée reste marginale», note Pierre Souvet, président de l’Association santé environnement France. Le problème vient surtout de l’effet d’accumulation : un faible taux de PFAS dans nos habits, qui s’additionne à celui de notre moquette, de nos poêles ou encore de nos cosmétiques, crée une exposition généralisée.
Sans compter qu’«il y a un grand effet indirect de cette pollution lors du lavage des vêtements», souligne l’expert. «À ce moment-là, les PFAS se répandent dans les eaux, ils se retrouvent dans les stations d’épuration qui sont incapables de les éliminer, finissent dans des boues épandues dans les champs, et terminent dans notre eau et notre assiette», explique-t-il.
Alors pourquoi continuer d’utiliser ces molécules ? «Elles sont intéressantes pour les vêtements car elles sont très résistantes ; c’est difficile de trouver des substances capables de les remplacer», remarque Nolwenn Touboulic, ingénieure textiles à l’Agence de la transition écologique (Ademe).
Vous ne trouverez pas d’indication PFAS sur les étiquettes de vos habits. Les molécules sont ajoutées aux tissus après leur confection : «lors de l’étape d’ennoblissement», précise l’experte. Un mot élégant pour désigner l’imprégnation des étoffes ou des fils dans une solution chimique qui leur donne leur couleur et diverses fonctions (imperméabilité, résistance aux graisses, infroissabilité…).
Patagonia, Décathlon, Gore-Tex…
Heureusement, plusieurs grandes entreprises n’ont pas attendu la loi en vigueur depuis le 1er janvier pour réduire la quantité de PFAS dans leurs gammes. Média spécialisé sur la mode durable, The Good Goods a listé les marques de sport de plein air qui se sont engagées à supprimer les PFAS de leurs produits, telles que Deuter, Vaude ou Icebreaker.
Patagonia, spécialiste des vêtements outdoor, est une des plus connues en la matière. Dans un rapport fin 2025, elle assure que 100% de ses articles sont désormais sans PFAS, après 20 ans de travail pour trouver des alternatives au même niveau d’efficacité. Côté français, Décathlon affirme que «l’ensemble de [ses] produits textiles est conçu sans utilisation intentionnelle de PFAS».
Pour identifier les bons élèves dans les rayons, l’Ademe conseille de se fier à certains labels comme Bluesign ou Oeko-Tex, qui garantissent l’absence de produits toxiques. Le plus répandu, Oeko-Tex, contrôle les articles selon un cahier des charges plus strict que les normes européennes. Depuis 2023, «il a émis une interdiction générale d’utilisation des substances alkylées perfluorées et polyfluorées [les PFAS, NDLR] dans les textiles, le cuir et les chaussures», précise l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH).
Silicone, polyéthylène et substances biosourcées
Alors par quoi sont remplacés ces «polluants éternels» ? Patagonia utilise notamment du polyéthylène expansé, un matériau à base de polymère plastique, conçu dans le cadre d’un partenariat avec Gore-Tex. Ce dernier, fabriquant historique de membranes antitranspirantes et imperméables, s’engage depuis dix ans à trouver des alternatives aux PFAS dans ses nouvelles gammes. Mais, avant cela, il utilisait ces molécules dans ses usines du Maryland, aux États-Unis, et nombre de riverain·es ont développé des cancers, dont les scientifiques ont montré les liens avec une exposition aux PFAS. En 2024, l’État du Maryland a déposé une plainte contre l’industriel.
Toutes les entreprises ne communiquent pas sur les produits qui remplacent les PFAS dans leurs articles. «ll ne faudrait pas remplacer un polluant persistant par un autre», relève Pierre Souvet, président de l’association Santé environnement France. L’enjeu est d’éviter ce que l’industrie nomme «les substitutions regrettables», c’est-à-dire des molécules considérées comme des solutions parce que leurs effets sur la santé ne sont pas encore connus.
L’IFTH développe actuellement des projets de recherche pour aider les entreprises à remplacer ces molécules le plus rapidement possible. Laurence Petit, directrice du pôle Expertises de l’institut, détaille celles qui existent déjà, comme «les revêtements hydrophobes à base de silicone ou de nanomatériaux, des cires et des huiles naturelles, ainsi que des polymères biodégradables».
«Il ne faut pas oublier la laine», fibre naturelle de plus en plus intégrée à certains vêtements, ajoute Nolwenn Touboulic. «Elle est thermorégulatrice et antibactérienne, et peut apporter une certaine protection contre la pluie», indique-t-elle.
La quête d’alternatives plus propres est loin d’être achevée. La start-up H&B Materials travaille par exemple avec des ennoblisseurs pour trouver des solutions d’origine végétale à la place du silicone. En partenariat avec des marques de luxe et des entreprises de revêtements de matelas, elle tente de faire valider sa formule.
Veste, sac, parka… des incertitudes sur les produits importés
Un expert de la question – qui a tenu à rester anonyme – souligne la vulnérabilité de l’interdiction des PFAS dans les produits importés. «Comment les entreprises ou l’État vont-ils s’assurer qu’il n’y a pas de PFAS dans les articles importés ? Cela me semble être des contrôles très difficiles à mener, car il n’y a pas de technique d’identification facile», souligne-t-il.
C’est la répression des fraudes (DGCCRF) qui «réalise des contrôles, principalement ciblés sur les produits textiles dont les caractéristiques laissent supposer la présence de PFAS, comme les textiles imperméables», explique cette administration.
«Les produits prélevés sont analysés dans nos laboratoires, détaille encore la DGCCRF. En cas de dépassement des seuils définis par la réglementation, les produits non conformes et dangereux sont retirés du marché.» À la suite de l’un de ces contrôles à la fin de l’année 2025, des articles de la marque Okaïdi ont par exemple été rappelés.
Des dérogations pour les vêtements professionnels et habits recyclés
Les vêtements militaires, des pompier·es et les équipements des forces de l’ordre font exception dans la loi qui interdit les PFAS, ainsi que tous «ceux contribuant à l’exercice de la souveraineté nationale et pour lesquels il n’existe pas de solution de substitution et des textiles techniques à usage industriel».
Autre secteur qui a obtenu une dérogation : celui du recyclage textile. «La réglementation a exclu du champ d’application les textiles d’habillement qui incorporent au moins 20% de matière recyclée, pour ne pas pénaliser l’émergence de la filière de recyclage textile, explique Nolwenn Touboulic. En refaisant des fibres à partir d’usagées, on ne peut pas toujours s’assurer qu’elles sont sans PFAS.»
Pour le monde de l’ameublement, pas de dérogation mais un délai supplémentaire : la filière a jusqu’à 2030 pour se débarrasser des PFAS.
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