Analyse

Résultats des élections municipales 2026 : percée de LFI, RN menaçant et Écologistes en sursis, «les jeux restent ouverts» pour le second tour

Le flou du spectacle. Le premier tour du scrutin municipal laisse entrevoir des résultats contrastés, entre percée de LFI et succès des maires RN sortant·es. Entre les lignes, l’élection présidentielle est loin d’être jouée, explique à Vert l'analyste Guillaume Caline.
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Souvent présentées comme un test avant la course à la présidentielle, les élections municipales n’ont pas livré tous leurs enseignements à l’issue du premier tour, ce dimanche. «C’est un scrutin qui a eu du mal à susciter de l’intérêt», constate Guillaume Caline, directeur adjoint du cabinet d’analyse Verian, en référence à la profonde érosion de la participation, passée de 63,55% en 2014 à 58,5%.

«Plus on s’approchait du premier tour, moins il y avait d’intérêt», résume-t-il. Alors que la plupart des partis (à l’exception du camp présidentiel) ont tenté de nationaliser le vote municipal dans la perspective de 2027, «ils ont eu beaucoup de mal à donner du sens à la campagne, dans un contexte compliqué par l’actualité international», estime Guillaume Caline.

Bally Bagayoko (LFI), Grégory Doucet (Les Écologistes) et Laure Lavalette (RN). © Julien de Rosa/Matthieu Delaty/Esteban Grépinet/Hans Lucas/AFP/Montage Vert

Aucune formation n’est d’ailleurs réellement en mesure de revendiquer une vague de victoires à sa couleur. «Le comportement des électeurs n’a pas dessiné une seule tendance. Les jeux restent ouverts à treize mois de la présidentielle, confirme le directeur adjoint de Vérian. Ce qui est intéressant dans l’optique de 2027, c’est d’observer les éventuelles alliances et les consignes de vote.» Les tractations s’annoncent ardues d’ici au dépôt des listes pour le second tour, mardi soir.

Le RN s’installe, sans renverser la table

Scruté de près, le Rassemblement national (RN) peut se targuer d’avoir été confortablement réélu dès le premier tour dans plusieurs de ses bastions : Beaucaire (Gard), Perpignan (Pyrénées-Orientales), Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Fréjus (Var) ou Hayange (Moselle). Le parti d’extrême droite est en tête à Toulon mais la candidate, Laure Lavalette, a peu de réserves de voix. Idem à Marseille où Franck Allisio talonne le maire de gauche (hors LFI), Benoît Payan. Enfin, à Nice Éric Ciotti (UDR) est en tête face à Christian Estrosi (Horizons).

Au total, le RN et ses alliés de l’UDR arrivent en tête dans plus de 60 communes, contre onze seulement au premier tour de 2020. Pour autant, il n’est pas en position de remporter de nouvelle ville. «On voit que le RN progresse un peu partout, mais ce n’est pas non plus si probant», tempère Guillaume Caline. Il mentionne également plusieurs villes que le parti à la flamme espérait conquérir, sans succès : Lens (Pas-de-Calais), Saint-Dizier (Haute-Marne), Forbach (Moselle) ou Denain (Nord).

Le président de la formation lepéniste, Jordan Bardella, a annoncé que les candidat·es RN qualifié·es se maintiendront, et a «tendu la main aux listes de droite sincères» pour l’emporter. La cheffe de file des député·es Rassemblement national, Marine Le Pen, prédit «de réelles chances de victoire» au second tour le 22 mars.

Les Écologistes s’en tirent mieux que prévu

Le scrutin s’annonçait délicat pour Les Ecologistes, et le premier tour des élections le confirme dans plusieurs villes. Les maires sortants sont en difficulté à Strasbourg (Bas-Rhin), Besançon (Doubs) ou Bordeaux (Gironde). Mais, alors qu’un reflux de la vague verte s’annonçait, «le bon score de Grégory Doucet à Lyon casse ce récit», constate Guillaume Caline.

Le maire écologiste sortant, donné perdant, est finalement au coude-à-coude avec le candidat de droite Jean-Michel Aulas, à 37,5% chacun. La question d’une alliance avec la candidate de La France insoumise, Anaïs Belouassa-Chérifi, arrivée troisième, sera cruciale.

Percées de LFI

Le scrutin est également marqué par les bons scores de LFI dans plusieurs villes. À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko l’emporte dès le premier tour, devant le maire socialiste sortant Matthieu Hanotin. À Roubaix (Nord), le député local David Guiraud a pris une sérieuse option sur la mairie, avec 45% des voix.

À Toulouse (Haute-Garonne), le député LFI François Piquemal (28%) est passé devant son rival socialiste François Briançon (25%). Les deux candidats ont annoncé leur alliance pour affronter le maire sortant de droite, Jean-Luc Moudenc (37%). Sophia Chikirou, qui récolte 11% des suffrages exprimés à Paris, confirme elle aussi la percée du mouvement mélenchoniste. Enfin, à Lille (Nord), Lahouaria Addouche (24%) fait jeu quasi égal avec le maire socialiste sortant, Arnaud Deslandes (26,4%). Les Écologistes, troisièmes, feront sans doute office d’arbitre.

Cruciales alliances

Le Parti socialiste se maintient dans de nombreuses grandes villes et arrive notamment en tête à Paris, Marseille (Bouche-du-Rhône), Nantes (Loire-Atlantique), Rennes (Ille-et-Vilaine), Strasbourg (Alsace) ou Montpellier (Hérault). Mais les bons scores de LFI l’embarrasse alors que le PS souhaite rompre définitivement avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. A Marseille, Paris, Nantes ou Lille, la victoire de la gauche n’est pas assurée sans alliance.

Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a «tendu la main» aux autres listes de gauche «partout où la droite et l’extrême droite menacent». Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a répété qu’il n’y aurait «pas d’accord national entre le PS et LFI au second tour». Plus ouverte à des alliances, l’Écologiste Marine Tondelier a appelé à «éliminer la droite et l’extrême droite». D’ailleurs, la maire écologiste sortante de Besançon, Anne Vignot, distancée par le candidat LR Ludovic Fagaut, a annoncé ce lundi s’allier à LFI pour «battre la droite».

Le patron des Républicains a appelé dimanche à «un grand rassemblement de la droite» pour faire gagner ses candidat·es au second tour des municipales. «La seule consigne que je donne ce soir, c’est aucune voix pour LFI», a lancé Bruno Retailleau. Le parti assure être arrivé en tête dans près de la moitié des villes de plus de 9 000 habitant·es. En revanche, ses espoirs dans les grandes villes telles que Paris, Lyon ou Marseille ont été largement déçus.

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