La marée bleu marine n’est pas montée. Au lendemain du premier tour des élections municipales, le Rassemblement national (RN) affiche un bilan en demi-teinte. «Il y a une progression, mais ce n’est pas la vague que certains avaient prédite, jauge Sarah Fayolle, chargée de campagne pour Greenpeace. On voit beaucoup de territoires où les forces progressistes qui portent des mesures ambitieuses sur la justice sociale ou la transition écologique résistent.»
Au total, le RN et ses alliés sont qualifiés au second tour dans 20 villes de plus de 100 000 habitant·es. C’est mieux qu’en 2020, mais moins bien qu’en 2014, son scrutin municipal de référence. Si le parti d’extrême droite a recueilli de nombreuses voix dans les métropoles du sud, ses espoirs ont été douchés dans certaines villes moyennes comme Lens (Pas-de-Calais).
Dans ses bastions, le RN se renforce. Louis Aliot, le maire RN sortant de Perpignan (Pyrénées-Orientales), a été l’un des premiers à être réélu dès le premier tour des élections municipales, dimanche, avec 50,61% des suffrages. Il s’impose loin devant ses concurrent·es, de la gauche à la droite, qui plafonnent autour des 15%.

Le parti à la flamme conserve donc sa plus grosse ville gagnée en 2020, la seule de plus de 100 000 habitant·es. D’autres maires lepénistes ont été réélu·es dès ce dimanche, comme Steeve Briois (77,71%) à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), David Rachline à Fréjus (51,33%), dans le Var, Fabien Engelmann (72,96%) à Hayange (Moselle) ou Nelson Chaudon (60,37%) à Beaucaire (Gard).
«Les Français ont une aspiration profonde au changement. Dans de nombreuses communes, les candidats du RN arrivent en tête ou sont en bonne position pour l’emporter dimanche prochain», a estimé le président du parti, Jordan Bardella. Selon lui, la réélection précoce des maires RN est le signe de «la reconnaissance d’un travail sérieux, d’une gestion honnête et d’une politique de bon sens». Pourtant, les édiles Rassemblement national ignorent voire aggravent la menace climatique sur leur territoire, comme le montrait un rapport de l’ONG Oxfam, relayé par Vert à la mi-février. «En tant qu’association, on sait que quand l’extrême droite prend le pouvoir, c’est une menace» pour la transition écologique ou le milieu associatif, confirme Sarah Fayolle, de Greenpeace.
Le RN et ses alliés en tête à Nice et Toulon, au coude-à-coude à Marseille
Le RN est aussi largement en tête à Toulon (Var), où il espère reconquérir la mairie après un premier mandat de 1995 à 2001. Sa candidate, Laure Lavalette, obtient près de 42% des voix devant ses adversaires de droite Josée Massi (maire sortant divers droite, 29,54%) et Michel Bonnus (Les Républicains et alliés, 15,71%). Mais le scrutin reste très ouvert : Michel Bonnus a annoncé se retirer pour «faire front contre le Rassemblement national».
À Nice aussi, Éric Ciotti (Union des droites pour la République, parti allié du RN) est en tête avec 43,43% des suffrages. Il devance de 12 points son rival, le maire sortant Christian Estrosi (Horizons). «Tout Niçois qui réfléchit sait que c’est Ciotti ou Estrosi qui va gagner», avait pronostiqué Jean-Marc Governatori, ancien candidat à la primaire des Écologistes en 2022, qui se justifiait auprès de Vert, le 23 février, de rejoindre l’extrême droite et la liste ciottiste.

Dans la deuxième ville de France, Marseille, où le RN nourrit aussi des espoirs de victoire, son candidat Franck Allisio (35%) est arrivé juste derrière le maire sortant Benoit Payan (divers gauche, 36,70%). Les clés du second tour sont à chercher du côté d’une alliance potentielle entre le maire sortant et l’insoumis Sébastien Delogu (12%) et du report des voix de Martine Vassal (Les Républicains et alliés, 12,41%), tous deux qualifié·es au second tour.
Malgré ces résultats, plusieurs espoirs de conquête frontiste dans les villes moyennes se sont envolés dès le premier tour. C’est le cas notamment à Lens et à Calais, dans le Pas-de-Calais, à Narbonne (Aude), Saint-Dizier (Haute-Marne), Forbach (Moselle) ou Denain (Nord). Le RN échoue aussi à s’implanter dans les grandes villes, où il espérait entrer dans les conseils municipaux. À Bordeaux, sa candidate Julie Rechagneux, qui proposait de désengorger la circulation routière avec un contournement routier et de mettre sur pause la piétonnisation du centre-ville, a été éliminée (7%). À Paris, Strasbourg, Toulouse, Nantes et Montpellier, le parti ne dépasse pas la barre des 8%.
Pour Safia Dahani, docteure en science politique et co-directrice de l’ouvrage Sociologie politique du Rassemblement national (Presses universitaires du Septentrion, 2023), il n’y a pas eu de renouvellement de l’ancrage territorial lepéniste. «Ils ont été forts dans les espaces où ils sont déjà forts aux élections nationales», c’est-à-dire dans leurs bassins électoraux du nord et du sud-est. Mais «il faut attendre le second tour, tempère-t-elle. C’est là qu’on pourra objectiver les capacités du RN à s’implanter territorialement.»
Quels résultats pour les climatosceptiques du RN ?
À Carcassonne, autre ville qui peut basculer à l’extrême droite, le député-candidat du RN, Christophe Barthès, arrive en tête avec 34,52% des suffrages exprimés. À Vert, qui l’avait rencontré en février, il disait ne pas croire que le climat allait se réchauffer. Il devance le candidat Horizons François Mourad (25,36%), celui soutenu par le Parti socialiste, Alix Soler-Alcaraz (23,27%), et le maire sortant divers droite Gérard Larrat (12,27%).
Des 16 autres candidats climatosceptiques recensés par Vert mercredi, seulement six ont été élus ou étaient en tête dimanche soir. Thibaut de La Tocnaye, qui pense que le réchauffement climatique est dû à «l’activité magnétique du soleil», a été élu dès le premier tour dans le village de Préaux (Indre). Même chose pour Éric Le Dissès, le maire sortant de Marignane (Var), réélu à 77%. La liste soutenue par le député du Loiret Thomas Ménagé est en tête à Amilly (Loiret). À Pauillac, en Gironde, la liste RN où figure en deuxième position l’ancien député Grégoire de Fournas est aussi devant.
Comme évoqué plus haut, les lepénistes sont arrivé·es premiers à Toulon, où Amaury Navarranne – qui pense que l’augmentation des températures «n’est pas de notre faute : c’est la planète !» – est colistier de Laure Lavalette. Enfin, à Nîmes, quatrième grande ville visée par le RN, Julien Sanchez, candidat et directeur de la campagne municipale du parti à l’échelle nationale, est en tête pour seulement 163 voix.
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