Auréolé·es de superlatifs après «l’historique» et «inédite» «vague verte» de 2020, au cours de laquelle Les Écologistes avaient «déferlé» sur une centaine de villes, elles et ils abordent le prochain scrutin municipal bien moins serein·es. De challengers il y a six ans, les voilà attendu·es au tournant, «très exposés» et avec «beaucoup plus à perdre qu’à gagner», explique Guillaume Caline, directeur adjoint du cabinet de sondages et de conseil Verian.
Selon lui, «quelques défaites dans de grandes villes seront vite interprétées comme un reflux de la vague verte». Un récent sondage, commandé par le groupe de presse Ebra, les montre justement en difficulté dans plusieurs villes à l’est du pays. Leur bilan y est en outre sévèrement jugé par les sondé·es.

Mais le bilan ne fait pas tout. L’air du temps y est pour beaucoup. «Forcément, il y a un effet de cadrage politique et médiatique, estime Guillaume Caline. En 2020, dans la foulée de l’Accord de Paris, des marches pour le climat et du Covid, l’agenda était en leur faveur.» Six ans plus tard, l’importance donnée à ces enjeux «a fortement faibli, à la faveur du retour des préoccupations économiques et sécuritaires», observe-t-il.
«La droite a toujours intérêt à ce qu’on parle d’insécurité»
Dans son édition de septembre 2025, l’Observatoire des élections municipales de Verian révélait ainsi que la protection de l’environnement était reléguée au cinquième rang des priorités des sondé·es, tandis que la sécurité est première.
De la même manière que Les Écologistes ont tiré profit de la priorité accordée aux sujets environnementaux dans le débat médiatico-politique, la droite et l’extrême droite «sont avantagées par la priorité donnée aux sujets qui vont dans leur sens», reconnaît Guillaume Caline. «La droite a toujours intérêt à ce qu’on parle d’insécurité», illustre Erwan Lecoeur, sociologue spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie politique.
Alors que Les Écologistes étaient – de loin – le parti préféré des Français·es en 2020, leur image s’est dégradée à mesure que le backlash (ou «retour de bâton») s’est installé sur les questions environnementales. Le parti est passé de 63% d’opinion positive en juin 2019 à 25% six ans plus tard, selon les baromètres politiques de Verian pour Le Figaro. C’est désormais le Rassemblement national qui occupe la place tant convoitée, avec 39% d’opinion favorable.
«J’aime l’environnement, mais je ne suis pas écolo»
Alors que les municipales s’annoncent délicates pour Les Écologistes, Guillaume Caline y voit un risque : celui «d’assimiler leur score au niveau de préoccupation des Français [pour l’écologie], ce qui serait très réducteur et pas en cohérence avec ce que l’on constate par ailleurs», souligne-t-il. «Relativement à d’autres, la question écologique a rétrogradé. Mais si on pose la question, elle reste malgré tout importante», confirme sa collègue chargée d’études, Chloé Alexandre.
On ne compte plus les sondages attestant de l’intérêt des sondé·es pour la question : 87% feront de la transition énergétique un critère déterminant de leur vote, selon Ipsos ; 77% jugent que leur maire n’en fait pas assez pour lutter contre le dérèglement climatique, selon Odoxa ; et 63% seraient gêné·es de voter pour un·e candidat·e qui remet en cause les mesures de transition écologique déjà engagées dans leur commune, d’après l’Ifop.

Pour Théodore Tallent, doctorant en science politique à Sciences Po Paris, ces déclarations d’intention, superposées à la fragilisation électorale des Écologistes, illustrent «la différence entre ce qu’on pense d’un enjeu quand on nous le demande et la place qu’on lui accorde dans nos priorités, notamment au moment de choisir un candidat». Mais, si d’autres sujets s’annoncent plus déterminants dans ce scrutin, il souligne que, contrairement à l’idée d’un backlash écologique à l’œuvre chez les électeur·ices, «il y a au contraire de l’adhésion sur ces sujets».
Il conteste le fait que l’écologie soit absente des débats des municipales, en tout cas au niveau local : «Dans les plus petites communes, les enjeux environnementaux sont très présents mais sans être labellisés comme tels. On parle de qualité de vie, de pollution, d’espaces verts, de la forêt d’à côté ou de l’agriculteur du coin.» Le mot «écologie» apparaît peu, voire est carrément mis à distance : «Beaucoup de gens me disent : “J’aime l’environnement, mais je ne suis pas écolo”», explique le chercheur, selon qui ce mot est devenu connoté politiquement, contrairement aux expressions autour de la nature et de l’environnement, «qui dépolitisent».
«Les citoyens nous demandent d’agir»
Alors qu’il se prépare pour un quatrième mandat, le maire (Union des démocrates et indépendants-UDI) de Bures-sur-Yvette (Essonne), Jean-François Vigier, confirme : «Au fur et à mesure de mes mandats, j’ai vu les préoccupations environnementales monter, les associations se créer… Aujourd’hui, je suis convaincu que la question de l’écologie, aussi bien dans sa connotation “qualité de vie” que dans les réponses aux aléas climatiques, deviendra de plus en plus prégnante.»
Dans sa commune, inondée en 2016, puis en 2024, il se souvient que «la première fois tout le monde était consterné. Mais la deuxième fois, les gens nous ont demandé : “Qu’avez-vous fait ?”» L’édile, qui a fait végétaliser deux cours d’écoles sur trois durant son dernier mandat, s’attaque désormais à la rénovation des bâtiments scolaires : «Je ne l’avais pas mis dans mon programme, et pourtant ça s’est imposé. Quand il fait 35 degrés dans les classes au mois de juin, les parents vous demandent d’agir.» Le plan clim’ proposé par le Rassemblement national ? «Ça ferait exploser nos factures», balaye-t-il. Alors que le prochain mandat s’étendra jusqu’en 2032, il parie que l’écologie s’imposera à ses collègues bien avant cela : «Un maire qui est à l’écoute, quelle que soit son étiquette politique, prendra l’écologie à bras le corps. Même un maire RN sera obligé d’en faire.»
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