À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, de nombreux sondages démontrent l’intérêt des électeur·ices pour les thématiques environnementales (notre article). En réponse, la plupart des candidat·es ont étoffé leur programme de propositions qu’elles et ils jugent «vertes». Mais comment être sûr que cela n’est pas du greenwashing ? Autrement dit, des mesures en carton, qui manquent d’ambition. «Cela ne suffit pas de planter quelques arbres», illustre Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau action climat (RAC).
Sur son site, le RAC propose un crash test pour permettre aux citoyen·nes de passer au crible les propositions des candidat·es dans leur commune. Programme en main, les internautes peuvent répondre à 23 questions thématiques permettant d’évaluer les engagements selon un code couleur. Rouge si le sujet est absent du programme ; orange s’il est évoqué, mais flou ; et vert s’il y a des propositions claires. Plus globalement, il faut se poser quatre grandes questions pour évaluer «l’ambition climatique des programmes».
Le programme contient-il des propositions concrètes ?
La première chose à faire est de regarder s’il y a des propositions concrètes pour protéger l’environnement. «On ne peut pas s’appuyer uniquement sur les occurrences des termes “écologie”, “environnement” ou “climat” dans un programme, explique Clara Sannicolo, responsable climat et territoire au RAC. Il faut chercher des objectifs chiffrés avec des mesures pour les atteindre.»

Attention aux mesures cosmétiques et «aux termes flous». À Paris, la candidate d’extrême droite Sarah Knafo veut «sublimer les parcs et jardins». Une proposition trop imprécise pour être engageante.
Le programme est-il cohérent dans son ensemble ?
Deuxième piège : les candidat·es qui développent des mesures en faveur de l’environnement… mais qui en défendent d’autres à rebours de la transition écologique. Il peut s’agir du développement de centres commerciaux ou d’un projet de contournement routier. C’est ce que propose la candidate du Rassemblement national à Bordeaux (Gironde), Julie Rechagneux.
«Le chapitre dédié à la transition écologique ne suffit pas, il faut une cohérence avec le reste du programme, ou avec le bilan pour les maires sortants», précise Clara Sannicolo. À Toulouse (Haute-Garonne), le maire Jean-Luc Moudenc (sans étiquette, ex-Les Républicains) évoque dans son programme des sujets liés à l’écologie, mais il prône aussi des dérogations à l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) des sols d’ici à 2050, posé par la loi Climat et résilience de 2021. En plus, sa liste se revendique comme «la seule pro-aéronautique, pro-entreprise et pro-industrialisation».
Le programme prend-il en compte la vulnérabilité des habitants au changement climatique ?
Clara Sannicolo le rappelle : «Nous ne sommes pas tous égaux face au changement climatique.» Les futur·es maires doivent donc accompagner les plus précaires. À Lyon (Rhône), aucun des programmes ne considère les impacts de la pollution et du changement climatique sur les populations les plus vulnérables, selon le RAC. Pourtant le sud de la ville a été massivement contaminé par les polluants éternels (PFAS) relâchés par les industriels, des substances nocives pour l’environnement et la santé humaine.
Le Réseau action climat classe positivement les programmes qui mettent l’accent sur l’articulation entre transition écologique et création d’emplois. À Toulouse toujours, le candidat de La France insoumise, François Piquemal, promet d’utiliser «la commande publique comme levier de l’emploi local». Il souhaite créer des emplois grâce à «un grand plan de rénovation énergétique des bâtiments publics» ou à «l’alimentation bio et locale pour les cantines».
Le programme prévoit-il des retours en arrière sur des mesures écologiques déjà existantes ?
C’est l’un des jeux de l’alternance politique. Quand l’opposition renverse un ou une maire sortant·e, la nouvelle majorité détricote souvent une partie des décisions prises lors de la dernière mandature. C’est sur ce dernier critère que le RAC invite à être vigilant·es : «On ne peut pas faire du “stop and go” sur l’écologie et détricoter des mesures qui sont déjà engagées.»
À Lyon encore, comme dans la plupart des villes dans lesquelles il présente des listes, le Rassemblement national n’a toujours pas communiqué de programme. Toutefois, parmi le peu de propositions avancées sur son site, le candidat d’extrême droite Alexandre Dupalais indique vouloir mettre fin à la zone de trafic limité (ZTL) instaurée par Les Écologistes sur la presqu’île lyonnaise en juin 2025. Pour résumer : quand on commence par vouloir reculer sur l’environnement, difficile d’espérer des avancées par la suite.
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