Alors que la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, rendra son écharpe fin mars, pas moins de neuf personnalités se sont portées candidates pour lui succéder. Cinq ont même des chances de se qualifier au second tour, selon un sondage commandé par Politico. À gauche, le représentant de la majorité sortante, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), réunit l’ensemble de la gauche, à l’exception de La France insoumise, représentée par Sophia Chikirou.
À droite, la candidate des Républicains (LR), Rachida Dati, fait figure de principale opposante, tandis que Pierre-Yves Bournazel (Horizons) a le soutien du camp présidentiel. Côté extrême droite, Sarah Knafo (Reconquête) fait une campagne très médiatique. Vert a épluché leurs programmes, voici ce qu’ils contiennent en matière d’écologie.
Transports : qui roule pour quoi ?
Vélos
💡 La pratique du vélo s’est envolée à Paris, où le biclou représentait 11% des déplacements en 2024, contre 3% en 2010.
Emmanuel Grégoire veut poursuivre le plan «Paris 100% cyclable», engagé par la mairie en 2021 et réalisé à 43%, selon l’association Paris en selle. Il veut notamment s’attaquer aux 200 carrefours dangereux identifiés par cette même association ; aménager les grandes avenues encore dépourvues de pistes cyclables ; et mettre fin aux pistes sur les trottoirs – sources de stress et de conflits avec les piétons – pour les déplacer sur la chaussée.

Sophia Chikirou envisage également de mettre fin aux bandes cyclables sur les trottoirs. Elle souhaite municipaliser le service Vélib’ (location de vélos en libre-service), augmenter les aides à l’achat de vélos, soutenir les ateliers de réparation de proximité et les bourses aux vélos.
Pierre-Yves Bournazel souhaite lui aussi sécuriser les 200 carrefours les plus dangereux de la capitale et promet d’améliorer «massivement» le stationnement vélo. Il veut mettre fin au service Vélib’ dans sa forme actuelle, en «recentrant l’offre municipale sur les vélos cargos et des vélos équipés de sièges enfants». Dans le même temps, les opérateurs privés proposeraient leurs propres services de vélo en location.
Rachida Dati promet de préserver la place du vélo à Paris en renforçant et sécurisant les pistes cyclables sur les axes sous-dotés. Elle compte également développer, en coopération avec la Région, le réseau de pistes cyclables qui connectent Paris au reste de l’Île-de-France.
Sarah Knafo propose d’«améliorer» le service Vélib’ en réautorisant la publicité sur les vélos.
Piétons
Emmanuel Grégoire propose de piétoniser 1 000 rues supplémentaires et de poursuivre la création des «rues aux écoles» – végétalisées et interdites aux voitures – devant les établissements scolaires. Il compte «accélérer» la piétonnisation des berges de la Seine (déjà réservées aux marcheur·ses des Tuileries au port de l’Arsenal) pour créer une promenade continue de 25 kilomètres.
Pierre-Yves Bournazel veut déployer 1 000 rues «apaisées» et généraliser les «rues aux écoles, avec de la végétalisation, de nouveaux bitumes anti-bruit et anti-îlot de chaleur».

Rachida Dati affirme que «la protection des piétons sera [sa] priorité». Elle promet pour cela de créer de «grandes traversées urbaines réservées aux piétons», par la rénovation et l’élargissement des trottoirs.
Sophia Chikirou veut expérimenter cinq quartiers «piétons d’abord» dès 2027, où les feux piétons seront rallongés et/ou verts par défaut (et connectés à des capteurs de véhicules pour passer ponctuellement au rouge).
Voiture
💡 La voiture occupe 50% de l’espace public parisien pour seulement 8% des déplacements. Deux tiers des Parisien·nes ne possèdent pas de voiture.
Emmanuel Grégoire veut réduire la place de la voiture à Paris. Pour cela, il souhaite transformer le périphérique parisien en boulevard urbain qui laissera «plus de place aux transports en commun, au covoiturage et, à terme, aux vélos». Pour libérer de l’espace en surface, il veut faciliter le stationnement résidentiel dans les parkings souterrains détenus par les bailleurs sociaux et sous-utilisés.
Sarah Knafo veut un trafic plus fluide, car «une voiture qui est sur un trafic fluide pollue trois fois moins que dans les embouteillages». C’est dans ce but qu’elle compte rouvrir les voies sur berges à la circulation, repasser la vitesse maximale autorisée sur le périphérique de 50 à 80 km/h et piloter les feux tricolores par intelligence artificielle. Elle compte aussi réduire drastiquement le coût du stationnement, à 5 euros de l’heure pour tous, contre jusqu’à 37 euros de l’heure pour les SUV aujourd’hui.
Sophia Chikirou veut «réduire fortement» l’emprise du stationnement en surface en le réservant prioritairement aux personnes à mobilité réduite et aux usages professionnels indispensables. Parallèlement, elle veut développer une politique «ambitieuse» de stationnement souterrain public, avec reprise progressive du parc privé en régie municipale.
Pierre-Yves Bournazel envisage de déployer 30 000 nouvelles places de parking-relais autour de Paris (+30%) pour désengorger la circulation dans la capitale. Il souhaite également interdire les cars de tourisme non électriques dans Paris.
Rachida Dati veut, elle aussi, développer les parkings relais dans des terrains délaissés aux portes de Paris. Pour stimuler l’acquisition de véhicules électriques par les Parisien·nes, elle promet des aides à l’achat, des places de stationnement réservées et un plan d’installation de bornes de recharge dans chaque quartier.
Transports en commun
💡 La gestion des transports en commun est une compétence de la Région, qu’elle exerce via son établissement Île-de-France Mobilités, même si la mairie de Paris y siège.
Emmanuel Grégoire souhaite que les métros parisiens fonctionnent en continu et veut la création de 15 lignes de bus express à travers la ville, dont la fréquence en heure de pointe serait d’un bus toutes les cinq minutes. «Tendre vers l’électrique est souhaitable», estime Emmanuel Grégoire, qui n’a pas la main sur ce sujet.

Pierre-Yves Bournazel propose l’ouverture du métro 24h/24 les vendredis et samedis soir, au moins sur les lignes de métro automatisées. Il veut également créer trois nouvelles lignes de bus express (nord-sud, est-ouest et intergares). Ces bus seront prioritaires aux principaux carrefours, «grâce à un système de feux intelligents». Il compte par ailleurs déplacer la gare routière de Bercy hors de Paris, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Sophia Chikirou veut «engager le rapport de force» avec Île-de-France Mobilités pour augmenter la fréquence des bus et prévoit d’étudier les possibilités de mise en place de corridors de bus continus sur certains axes majeurs de la ville (feux prioritaires, carrefours réorganisés, etc.).
Bâtiment : ravalement ou de façade ?
💡 54% des logements parisiens sont des «passoires thermiques» classées E, F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE). La loi prévoit que ces logements soient progressivement interdits à la location (entre 2025 et 2034).
Pierre-Yves Bournazel veut lancer un «plan Marshall de rénovation des logements parisiens». Il promet notamment de rénover l’intégralité du parc social en dix ans, en le finançant par la vente des logements sociaux détenus par les bailleurs parisiens en dehors de Paris. Il propose d’exonérer de taxe foncière les propriétaires de passoires énergétiques s’ils les rénovent pour les remettre sur le marché.
Rachida Dati ambitionne de faire de la rénovation thermique du bâti le «chantier du siècle parisien» en visant la rénovation 10 000 logements sociaux par an. Elle promet un assouplissement de l’encadrement des loyers aux propriétaires-bailleurs de passoires thermiques, en échange de travaux permettant un gain de deux échelons au DPE.
Sophia Chikirou veut accélérer le plan de rénovation énergétique de tous les bâtiments publics parisiens, avec l’objectif d’atteindre le niveau «bâtiment basse consommation» (étiquette A du DPE) d’ici 2035, contre 2050 comme prévu aujourd’hui.
Emmanuel Grégoire mise sur la continuité avec l’équipe municipale sortante en poursuivant le rythme de 5 000 logements sociaux rénovés par an et l’accompagnement des copropriétés privées par l’Agence parisienne du climat (un tiers sont aujourd’hui accompagnées). Avec l’équipe municipale sortante, il a participé à l’élaboration du premier plan local d’urbanisme (PLU) bioclimatique en France. Ce document fixe les règles d’aménagement et de construction sur le territoire parisien et intègre de nombreuses réglementations environnementales telles que l’obligation de conserver ou de créer des espaces végétalisés dans les projets, ou la priorité à la réhabilitation des bâtiments existants plutôt qu’à la démolition/reconstruction.
Sarah Knafo veut abroger le PLU bioclimatique.
Pollutions : quelles solutions ?
Emmanuel Grégoire promet d’engager une vaste opération de détection et de réduction des PFAS (aussi appelés «polluants éternels») et des perturbateurs endocriniens dans la ville, et en particulier dans les écoles et les crèches.
Pierre-Yves Bournazel veut s’attaquer au bruit, deuxième cause de morbidité environnementale après la pollution atmosphérique. Il veut par exemple doter le périphérique de cinq kilomètres d’enrobés acoustiques supplémentaires, en plus des 6,5 kilomètres actuels (sur 35 kilomètres au total). Il souhaite également installer 50 radars anti-bruit dans Paris, contre les excès sonores des deux-roues motorisés.
Rachida Dati compte réduire les nuisances sonores «de moitié» d’ici 2032. Le bruit du trafic automobile sera notamment réduit via la pose de revêtements phoniques pour les artères les plus fréquentées (dont le périphérique) et le déploiement de radars «anti-bruit».
Sarah Knafo compte essentiellement sur la fluidification du trafic routier pour améliorer la qualité de l’air (voir plus haut).
Sophia Chikirou estime que la gestion des déchets franciliens, opérée par le Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères (Syctom), reste dominée par le «tout incinération». Un choix qui a des conséquences environnementales et sanitaires liées aux pollutions émises par les incinérateurs. «Paris, premier contributeur du Syctom, a le poids politique pour impulser une trajectoire de sortie progressive et planifiée de l’incinération», promet-elle.
Alimentation : qu’y a-t-il au menu ?
Sophia Chikirou veut créer une régie agricole publique parisienne ou intercommunale, chargée de développer la production maraîchère. Elle ambitionne notamment de lancer une filière publique de production de champignons, «en s’appuyant sur le potentiel parisien».
Emmanuel Grégoire veut maintenir le gel du tarif des cantines scolaires tout en poursuivant l’objectif d’atteindre le «100% bio, local et durable» dans les crèches et les écoles (contre 42% de bio et 56% de local en 2023). Il promet de déployer un réseau d’épiceries et de supermarchés solidaires pour que chaque Parisien·ne soit à moins de dix minutes d’un magasin bio, durable et abordable. Il propose la distribution de paniers bios aux femmes enceintes dans le besoin dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI).
Sarah Knafo propose de servir uniquement des produits issus de l’agriculture française dans les cantines scolaires.
Rachida Dati promet des repas équilibrés dans les cantines, «en circuits courts, saisonniers et issus de la production régionale».
Énergie : les consos qu’on cesse
Sarah Knafo n’aborde pas ce sujet dans son programme, mais ses promesses de renforcer l’éclairage nocturne, de permettre de nouveau aux commerces d’éclairer leurs vitrines la nuit et de réautoriser les terrasses chauffées devraient faire grimper la facture énergétique de la ville.
Sophia Chikirou souhaite créer une société publique de production d’électricité, Énergie de Paris, sur le modèle d’Eau de Paris, pour déployer des panneaux photovoltaïques sur toutes les toitures parisiennes qui s’y prêtent.
Emmanuel Grégoire veut poursuivre le déploiement des réseaux publics de chaleur et de froid engagé par l’équipe sortante. Aujourd’hui, ces réseaux de chauffage et de climatisation collectifs sont approvisionnés à plus de 50% par des énergies renouvelables, et l’objectif est d’augmenter cette part à 75% d’ici 2030. Il veut également mettre en place un dispositif d’achat groupé d’énergie (grâce à des appels d’offres négociés par la Ville), qui permettrait aux habitant·es de bénéficier de prix compétitifs.
Rachida Dati mise sur la modernisation de l’éclairage public et l’éclairage «intelligent» pour alléger la facture d’électricité de la ville. Elle compte doubler la couverture en panneaux solaires des équipements publics, pour atteindre 164 000 mètres carrés de toitures couvertes.
Végétalisation : less béton
💡 Paris ne compte que 3,2 mètres carrés d’espaces verts par habitant·e (10,4 m2 avec les bois de Boulogne et de Vincennes), quand l’Organisation mondiale de la santé préconise 12m2.
Emmanuel Grégoire veut poursuivre la végétalisation de Paris en ouvrant 300 hectares d’espaces verts supplémentaires et en rendant «plus vertes» la plupart des grandes places parisiennes (Concorde, Trocadéro, Italie, Stalingrad, Gambetta et République). Engagée depuis 2014, l’ouverture progressive au public de la Petite Ceinture (une ancienne voie de chemin de fer qui ceinture Paris en 32,5 km) serait poursuivie avec la création de dix kilomètres d’espaces verts supplémentaires. Enfin, le PLU bioclimatique (voir plus haut) comprend des incitations à la désimperméabilisation des sols.
Rachida Dati promet de n’abattre aucun des 200 000 arbres dans Paris et 300 000 des bois, «sauf exception motivée», et d’interdire les projets urbains qui créent des îlots de chaleur en bétonnant ou densifiant. Elle veut rafraîchir les rues en «facilitant» la végétalisation grimpante, en désartificialisant les cours d’écoles et en multipliant les solutions perméables : pavés enherbés, revêtements infiltrants, etc. Elle projette également de renforcer les obligations de végétalisation et d’adaptation climatique des quartiers prioritaires de la ville (QPV), «qui souffrent d’être surminéralisés». Enfin, elle veut transformer les voies sur berge en «grand parc urbain patrimonial».
Sophia Chikirou souhaite désimperméabiliser et végétaliser 40% du territoire parisien à horizon 2032 en engageant une «renaturation massive» et en mettant en place une «règle verte municipale», selon laquelle plus aucun mètre carré de pleine terre ne pourra être artificialisé. Elle veut ouvrir au public des espaces verts aujourd’hui fermés et vise l’objectif de 100% d’établissements scolaires dotés de «cours oasis» à horizon 2040.
Sarah Knafo veut «sublimer les parcs et jardins», notamment en remettant des fleurs.
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