À l’approche des élections municipales de mars 2026, il est une voix qui peine à se faire entendre dans le débat public : celle de la jeunesse populaire. Les problématiques écologiques et sociales qu’elle rencontre partout sur le territoire sont pourtant nombreuses : accès restreint à une alimentation de qualité, logements mal isolés, transports quasi inexistants…
Une enquête publiée début février par l’association Makesense fait émerger des demandes claires à destination des futur·es édiles. Elle a été réalisée auprès de 457 jeunes à travers la France : de Brest (Finistère) à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en passant par Belfort ou Corbeil-Essonnes (Essonne). Parmi les répondant·es, la plupart sont des urbain·es et environ 20% d’entre elles et eux habitent à la campagne.

Pour son étude, Maksense a bénéficié de l’appui d’une trentaine de structures d’éducation populaire implantées dans l’Hexagone. La publication du sondage a donné lieu à une soirée à la Gaîté lyrique, à Paris, organisée le 3 février avec le média Streetpress.
🥶 Mettre fin aux passoires thermiques
Sur le logement, les besoins de cette jeunesse sont plus qu’urgents : la moitié d’entre elles et eux disent sous-chauffer leur logement en hiver par crainte de factures trop élevées ; et 47% peinent à le rafraîchir en été. Rien d’étonnant à cela : en 2024, la France comptait quelque 5,8 millions de passoires énergétiques. Ce sont ces appartements ou maisons dotés d’une piètre isolation thermique, généralement classés F ou G dans le diagnostic de performance énergétique, le fameux DPE. Ces habitations se concentrent souvent dans les quartiers populaires, particulièrement exposés lors d’épisodes climatiques extrêmes.
Au-delà du froid, les jeunes sont inquiet·es pour leur santé. Près d’un tiers des répondant·es (31%) jugent leur logement mal ventilé et trop humide, à tel point que des moisissures apparaissent sur les murs. Plus d’un quart des jeunes sondé·es (27%) estiment être déjà tombé·es malades à cause de problèmes d’humidité, de froid, de chaleur ou de pollution chez elles et eux. Face à cette situation, 44% réclament davantage d’aides à la rénovation énergétique.
En 2019, le gouvernement a bel et bien mis en place un tel dispositif : Ma prime rénov. Toutefois, son champ d’application est restreint depuis la fin de l’année dernière, limitant l’accès à seulement certains logements et travaux (notre article).
🍎 Un accès à une alimentation de qualité
«Nous, ce que l’on cherche, ce sont des produits biologiques bons pour la santé et l’environnement», expose Chainaze Hamla, animatrice de l’Entente sportive de Vitry (Val-de-Marne), au cours de cette soirée à Paris. Un souhait largement partagé : 53% des participant·es à l’enquête pointent le manque d’accès à des commerces qui proposent des produits bios ou issus de circuits courts. «Dans les quartiers, les chaînes de fast-food sont partout. Il faut donner à tout le monde la possibilité de manger correctement et localement», insiste Ayoub Kacemi, fondateur de Des terres minées, originaire de Pierrefitte-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Faute d’alternatives, 81% des jeunes déclarent faire leurs courses principalement en supermarché, où le critère du prix l’emporte souvent sur celui de la qualité nutritionnelle. «Lorsque Carrefour, qui met en avant des produits ultratransformés, est la seule option, on s’y dirige forcément», observe Amandine Buanda, volontaire en service civique chez Unis-Cité, et originaire de Drancy (Seine-Saint-Denis).
Les conséquences sanitaires sont tangibles : 31% des répondant·es indiquent qu’au moins un membre de leur famille souffre de maladies liées à l’alimentation comme le diabète, l’obésité ou des problèmes cardiaques. Dans cette perspective, 35% demandent la création de commerces proposant une alimentation saine, durable et abordable à proximité de leur domicile.
🚃 Une offre de transport plus large et moins chère
La question de la mobilité est aussi centrale pour les jeunes interrogé·es. 58% d’entre elles et eux se disent confronté·es à des pannes ou à des retards récurrents dans les transports en commun, en particulier les urbain·es (60%). «Lorsqu’un RER est annulé, on doit attendre le suivant, parfois pendant 40 minutes», dénonce Amaury Geneve Grisolia, président de l’Entente sportive de Vitry.
Encore faut-il qu’il y ait des trains : au-delà des retards ou des suppressions de RER, le manque de transports en commun est un problème que partagent 47% des jeunes interrogé·es. Si bien que la moitié d’entre elles et eux (53%) disent dépendre de la voiture. «En milieu rural, si tu loupes ton bus, c’est fini pour toi. Tes seules solutions, c’est de prendre un vélo ou une trottinette, soulève Yasmina Aksat, secrétaire générale de l’association Cité des chances, originaire de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine). Mais, pédaler sur 20 kilomètres, ce n’est pas à la portée de toutes et tous…»
Le prix est également un gros frein à la mobilité. 42% des jeunes trouvent que les transports en commun ne sont pas accessibles. «Aujourd’hui, il existe des ensembles urbains exclus de tout, plaide encore Yasmina Aksat. Enfants, personnes âgées… eux aussi veulent avoir accès à la vie !»

La voix de cette jeunesse sera-t-elle entendue ? À l’approche des élections municipales, Sarah Bennani, fondatrice de l’ONG la Jeunesse populaire, doute franchement. «Nous, le maire, on ne le voit qu’en période électorale», confie-t-elle. La militante, originaire de l’Essonne, n’abandonnera pas pour autant son combat, celui de réconcilier la jeunesse populaire et l’écologie : «Je dis souvent aux jeunes : “De toute façon, la politique mettra le nez dans ta vie. Donc autant t’en saisir avant qu’on prenne des décisions sans te concerter.”»
Feris Barkat, cofondateur de l’association Banlieues climat, appelle les partis de gauche à céder leur place à des listes ancrées localement. «Maintenant, on veut des représentants qui nous représentent vraiment», plaide-t-il. Et de conclure : «On a passé l’époque où on voulait seulement plus de Noirs et d’Arabes en politique. Ça donne Rachida Dati, on a compris.»
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