Ce qu’il faut retenir :
🗺️ En grande partie financés par l’État, les atlas de la biodiversité communale (ABC) permettent aux maires d’identifier les enjeux écologiques sur leur territoire.
🏡 À partir de ces données, le plan local d’urbanisme (PLU) permet de protéger certains milieux de l’urbanisation en les classant en zone «naturelle» ou «agricole».
🐝 D’autres outils existent : bail à clause environnementale pour des pratiques agricoles plus vertueuses, obligations réelles environnementales pour protéger un milieu naturel sur 99 ans…
🌳 À l’intérieur des communes, les maires peuvent végétaliser l’espace public et favoriser des trames vertes : voirie, parcs, écoles publiques, terrains de sport… ou encore cimetières.
🏫 Toutes ces actions doivent passer par l’implication et la sensibilisation du grand public. Les écoles primaires sont des lieux clés pour initier les plus jeunes au contact avec la nature.
De la mer à la montagne, des petits villages aux plus grandes métropoles, la biodiversité est partout. Sur son territoire, chaque maire a de nombreux outils en main pour protéger les milieux naturels et les espèces qui les peuplent. Dans le cadre des élections municipales, qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, Vert a interrogé des associations et des communes pour identifier plusieurs mesures concrètes dont peuvent s’emparer les candidat·es.
La base : faire son atlas de la biodiversité communale
Vous êtes maire, conseiller·e municipal·e ou même simple habitant·e, et vous ne savez pas par où commencer pour agir pour la biodiversité locale ? Il existe un premier pas très accessible : l’atlas de la biodiversité communale (ou «ABC»). Depuis 2010, ce dispositif financé jusqu’à 80% par l’Office français de la biodiversité (OFB) permet aux communes d’identifier les enjeux écologiques sur leur territoire : inventaires d’espèces, cartographies des milieux sensibles, liste d’actions pour les préserver… «C’est un pré-diagnostic de l’état écologique d’un territoire qui va aider les élus à faire des choix dans leurs politiques publiques de tous les jours», résume Maxime Paquin, chef de projet Nature à France nature environnement (FNE), qui salue un «outil efficace et structurant».
«Ce n’est pas juste un catalogue d’espèces, complète Thibault Faraüs, en charge du projet au sein de l’OFB. La finalité est d’arriver à un plan d’actions pour dresser les enjeux de biodiversité et associer élus, habitants, agriculteurs, associations…» Pour candidater, une collectivité doit déposer un dossier, qui sera sélectionné par les services de l’État selon leur budget et la pertinence du projet. «Dès le départ, il faut identifier les grands enjeux auxquels le projet d’atlas va répondre, et se projeter dans une logique d’action», conseille Thibault Faraüs.

À ce jour, plus de 5 000 communes se sont lancées dans un «ABC» en France, des grandes métropoles (Marseille, Strasbourg, Nancy…) aux plus petites communes rurales, en passant par les territoires ultramarins. En 2024, l’ABC de la commune de Rémire-Montjoly (Guyane) a été récompensé par l’OFB «pour la robustesse exemplaire de son plan d’action». Réalisés entre 2021 et 2023 avec le Groupe d’étude et de protection des oiseaux en Guyane (Gepog), les inventaires ont mobilisé près d’un millier de participant·es. La feuille de route cible des enjeux écologiques spécifiques à cette ville de banlieue : les réservoirs de biodiversité, comme les monts boisés et les zones humides, ou la préservation des corridors écologiques où circulent les animaux.
Haies, pelouses sèches, zones humides… préserver les écosystèmes de la commune
Une fois les enjeux écologiques du territoire identifiés, la mairie dispose d’un large panel d’outils pour protéger ses milieux naturels. Le principal : le plan local d’urbanisme (PLU), cette cartographie actualisée tous les dix ans qui organise l’aménagement du territoire de la commune. «C’est un moyen de faire de la protection en évitant les constructions, explique Maxime Paquin. Les élus peuvent placer un secteur en zone “naturelle” ou “agricole”, où les possibilités d’urbanisme sont très limitées.» Toujours en concertation avec les propriétaires des terrains, des haies ou des parcelles de forêt peuvent aussi être placées en espaces boisés classés (EBC), empêchant ainsi les coupes d’arbres.
«Mais le PLU ne protège que de l’urbanisation, précise Maxime Paquin. Par exemple, vous pouvez classer des prairies en zone N [pour «naturelle», NDLR], mais pas imposer à l’agriculteur des modes de gestion.» Côté agricole, les maires peuvent en revanche favoriser les produits issus de l’agriculture biologique (notre article) ou nouer des baux à clauses environnementales avec les exploitant·es de terres appartenant à la commune. La mairie peut aussi être à l’initiative de travaux de protection ou de restauration des écosystèmes identifiés sur son territoire (zones humides, falaises, dunes…), en collaboration avec les autres collectivités et les agences de l’État.
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Autre outil, récent mais très puissant : l’obligation réelle environnementale (ORE). Ce contrat signé entre un propriétaire de terrain et une collectivité permet de protéger le milieu naturel en question sur 99 ans, en se fixant des «obligations». Le village de L’Hospitalet-du-Larzac (Aveyron, 350 habitant·es) a approuvé en 2024 une ORE visant à maintenir le bon état écologique d’une vingtaine d’hectares de pelouses sèches, menacées par des projets de golf et de parc photovoltaïque. Accompagné par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) locale, cet engagement doit permettre de protéger des espèces rares d’orchidées ou de rapaces, tout en favorisant le pastoralisme.
Nature en ville : et si vous commenciez par… les cimetières
Même au cœur des plus grandes villes, il est possible d’agir pour la biodiversité. La végétalisation de l’espace public est une solution développée un peu partout en France, qui permet de favoriser la biodiversité (végétale comme animale) et d’adapter les quartiers au changement climatique (notre reportage). Il n’est pas seulement question de planter des arbres et de l’herbe, rappelle Maxime Paquin : «On cherche à retrouver d’autres espaces que le gazon type golf, qui a peu d’intérêt pour la biodiversité. Il s’agit de retravailler les espaces verts, former les équipes municipales à la gestion différenciée, travailler avec des essences sauvages locales…»

Rues, parcs, écoles, terrains de sport… Les communes peuvent agir sur de nombreux lieux publics. Plus original – mais non moins pertinent en matière de biodiversité –, elles peuvent aussi végétaliser leurs cimetières. «Ce sont des endroits de quiétude pour les animaux, qui viennent s’y réfugier, explique Julie Courtemanche, responsable du service Relations entreprises et territoires de la LPO. L’idée est d’instaurer des trames, d’avoir une continuité écologique qui puisse s’instaurer à travers différents espaces sur la commune.»
À Lyon (Rhône), la renaturation des cimetières était l’un des volets du plan de végétalisation porté par la municipalité écologiste. Celui de la Guillotière – le plus grand de la ville – est en cours de travaux : plantations d’arbres, désimperméabilisation des allées, percée dans les murs d’enceinte, création d’une mare… Situé en face du parc Blandan, le cimetière «crée une continuité et un écosystème de biodiversité très intéressants», souligne Gautier Chapuis, adjoint à la végétalisation. «Ces aménagements contribuent aussi à des espaces agréables où se poser, qui facilitent le recueillement», précise-t-il. Des «carrés naturels», sans pierre tombale ni traitement des corps et des cercueils, vont aussi être expérimentés – «une demande des habitants», ajoute l’élu.
La rénovation des bâtiments, ce grand oublié
De nombreuses espèces vivent dans nos bâtiments : des oiseaux (hirondelle rustique, moineau domestique, choucas des tours…), des reptiles (comme les lézards), des chauves-souris, des insectes… «Ces espèces sont souvent protégées par la loi, les individus comme leurs sites de reproduction», avertit Maëva Felten, responsable d’équipe au programme Nature en ville à la LPO. Les travaux de rénovation thermique – cruciaux dans la lutte contre le changement climatique – font souvent disparaître les cavités, fissures, combles et autres corniches où vivent ces animaux.
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Les communes peuvent mener des inventaires ciblés sur la faune des bâtis, par exemple dans le cadre d’un atlas de biodiversité communale : «À partir de là, elles peuvent croiser ces données avec les demandes d’autorisation de travaux et les permis de construire», conseille Maëva Felten. Par leur pouvoir d’urbanisme, les maires peuvent ainsi inciter les entreprises à intégrer la protection des espèces dans leurs travaux : en recréant des éléments architecturaux ou en intégrant des nichoirs dans les façades.

En la matière, Toulon (Var) fait figure de ville pionnière. Des campagnes de prospection des colonies de martinets – ces oiseaux migrateurs qui nichent souvent sous les toitures – ont été menées dès 2015 avec la LPO. La municipalité de droite a ensuite intégré des mesures de protection dans son règlement de ravalement de façades, et mené un travail d’information (réunions, plaquettes pédagogiques…) avec les acteurs du bâtiment. En six ans, près de 300 nichoirs ont été installés, par exemple lors de la rénovation du quartier Chalucet : «Sur un bâtiment où ont été installés 20 nichoirs, douze étaient occupés par l’espèce en 2025», salue Maëva Felten.
Sensibiliser les plus jeunes
Des «ABC» aux programmes de végétalisation ou de restauration d’écosystèmes, il existe un maître mot : l’implication du grand public. «Derrière toutes ces actions, on peut faire de la sensibilisation, par exemple avec des parcours pédagogiques en forêt pour expliquer pourquoi on laisse du bois mort, ou avec des animations pour expliquer le travail des agriculteurs», propose Maxime Paquin, de FNE. Avec des associations, les équipes municipales peuvent proposer des sorties nature auprès de différents publics : écoles, maisons de retraite, entreprises…
Dans son «manifeste pour les municipales 2026», le WWF appelle à «faire de l’éducation au contact de la nature une priorité locale». Parmi ses 21 mesures : instaurer un service municipal dédié, créer des potagers pédagogiques, généraliser la classe dehors une fois par semaine… L’OFB porte aussi avec les communes des projets d’«aires éducatives» : une petite zone naturelle (marine ou terrestre) gérée par les élèves d’une école, sous la forme d’un «conseil des enfants».
À Quimper (Finistère), la mairie socialiste a lancé un plan de végétalisation des cours d’écoles publiques avec les enfants. Depuis 2020, six cours (sur 19) ont été désimperméabilisées et réorganisées avec des plantations de végétaux, des copeaux, des troncs d’arbres, des cabanes en osier… «Ce n’est pas juste enlever le bitume, prévient Valérie Huet Morinière, adjointe à la végétalisation. C’est aussi une réflexion sur les usages genrés dans la cour, on interroge les enfants sur l’usage du ballon pour que chacun trouve sa place.» Ateliers de concertation, plantations, animations… Les élèves sont associé·es tout au long du projet, explique-t-elle : «On embarque les enfants, les enseignants, mais aussi les agents de la ville, on a un bel enthousiasme !»
Pour découvrir d’autres initiatives à mener dans votre commune, vous pouvez consulter ce livret de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) sur ses actions menées avec les collectivités ou encore les fiches thématiques de France nature environnement.
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