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Il était en train de disparaître à Paris : après un déclin brutal, le moineau domestique retrouve un peu d’air

Chaussée aux moineaux. La population parisienne de ce petit passereau a chuté de 80% en vingt ans, d'après une étude publiée lundi par la Ligue pour la protection des oiseaux. Mais, depuis 2014, le nombre de moineaux domestiques observés dans Paris se stabilise. La végétalisation des rues et l'abandon des pesticides n'y seraient pas étrangers.
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Que vous habitiez en ville ou à la campagne, vous avez forcément déjà vu ces nuées de petits oiseaux bruns voleter en piaillant d’un buisson à l’autre. Surnommé le «piaf» ou le «pierrot», le moineau domestique fait partie des espèces d’oiseaux sauvages les plus communes de nos contrées.

Le moineau domestique a vu sa population parisienne fondre en l’espace de vingt ans, probablement à cause des pesticides et de la rénovation thermique des bâtiments. © Flickr

Pourtant, malgré son omniprésence en France hexagonale, ce petit passereau est en déclin. Sa disparition est particulièrement alarmante à Paris, où la population s’est effondrée de 80% entre 2003 et 2023, selon un bilan publié lundi 12 janvier par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) d’Île-de-France dans la revue ornithologique «Passer».

Disparition des cavités et raréfaction de la nourriture

«Au début, on n’avait rien vu venir, raconte à Vert Frédéric Malher, délégué scientifique à la LPO Île-de-France et co-auteur de l’étude. C’est très difficile de se rendre compte d’une baisse de population, surtout pour une espèce aussi commune.» Alerté par le déclin inquiétant de l’espèce dans plusieurs grandes villes européennes, il lance en 2003 avec d’autres ornithologues un programme de suivi du moineau domestique dans la capitale française.

Depuis, chaque printemps, des dizaines de passionné·es comptent avec un protocole précis le nombre de moineaux domestiques observés ou entendus sur presque 200 points fixes dans la ville. Ces données ont permis de mettre en évidence un grave déclin de Passer domesticus (son nom latin) sur ces deux dernières décennies, semblable à celui constaté dans d’autres capitales européennes (Londres, Bruxelles, Prague…).

«On observe une corrélation négative très nette entre le prix du mètre carré et le nombre de moineaux.»

Deux causes principales sont suspectées : la disparition des cavités où niche l’oiseau, associée à la rénovation thermique des bâtiments, et celle de ses ressources alimentaires (graines, mais aussi insectes pour les jeunes). Liée à la raréfaction des friches et à l’utilisation de pesticides nocifs pour la biodiversité, cette dernière semble être «le facteur qui a eu l’impact le plus négatif sur les moineaux», estime l’étude.

Anecdote surprenante, la population parisienne de Passer domesticus – aujourd’hui estimée à environ 3 500 couples – est plus fournie dans les quartiers populaires de la capitale (comme le 12ème, le 19ème ou le 20ème arrondissement), où les bâtiments sont plus anciens et où subsistent encore quelques friches ferroviaires. «On observe une corrélation négative très nette entre le prix du mètre carré et le nombre de moineaux», a calculé Frédéric Malher. Ces dernières années, une seule colonie subsistait par exemple dans le très huppé 16ème arrondissement… elle nichait dans des logements sociaux.

Stabilisation depuis 2014

«Le déclin s’est aggravé lorsqu’il a touché les quartiers populaires, où il y avait le plus de moineaux, complète l’ornithologue. Cela a eu un impact important sur la moyenne parisienne.» Dans le détail, la population connaît un très fort déclin de 2003 à 2013, puis s’équilibre : «Depuis 2014, on peut considérer que les effectifs se sont stabilisés», conclut l’étude. Oiseau très sociable, le moineau domestique a l’habitude de vivre en groupe : si le nombre de points d’écoute avec plus de six individus observés est en hausse depuis une décennie, de plus petites colonies continuent toujours de disparaître.

Plus coloré, le mâle de moineau domestique se reconnaît à son ventre et à sa calotte grise. © Flickr

Selon les trois auteurs de l’étude, qui tiennent à rester prudents, la stabilisation constatée depuis 2014 pourrait être corrélée à la stratégie de réduction de l’usage des pesticides (dite «zéro-phyto») et de gestion différenciée des espaces verts (avec des fauches et des tontes moins fréquentes), mise en place par la ville de Paris depuis 2007. «En augmentant le nombre d’insectes, cela facilite le nourrissage des jeunes, ce qui peut permettre à certaines colonies de mieux se porter, éclaire Frédéric Malher. C’est un phénomène qu’on a déjà identifié chez les espèces des parcs et jardins : mésanges, pinsons, rouges-gorges, fauvettes…»

«La végétalisation des espaces publics (pieds d’arbres, rues…) et la création de nouveaux espaces verts intégrant des zones de friches peuvent aussi avoir aidé au redressement», propose également l’étude. «En revanche, pour les colonies qui continuent de disparaître, on peut penser que c’est le résultat des rénovations de bâtiments, complète Frédéric Malher. C’est l’enjeu de l’avenir du moineau : les chantiers d’isolation doivent se faire, mais en tenant compte des cavités à remplacer.»

Dans ses conclusions, l’étude invite à «poursuivre cette politique d’enherbement et de fleurissement (avec des espèces autochtones) de Paris, tout en accroissant les efforts pour permettre une rénovation des bâtiments qui ne fasse pas disparaître les sites de nidification du moineau domestique».

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