Bien que le froid tue encore beaucoup plus que la chaleur en Europe, la montée des températures expose les Européen·nes à des risques nouveaux et trop peu médiatisés, pointe ce mercredi l’édition européenne 2026 du Lancet Countdown, un projet international qui suit, année après année, les liens entre changement climatique et santé humaine.
Alors que l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde, les 65 auteur·ices de l’étude ont calculé que la fréquence des vagues de chaleur avait augmenté de 129% sur la décennie 2015-2024, en comparaison avec 1991-2000. Et que l’été 2024, le plus chaud de l’Histoire en Europe, avait provoqué à lui seul la mort de 62 000 personnes.

Au-delà de ce chiffre coup de poing, les auteur·ices rappellent que la chaleur augmente considérablement les risques de faire une crise cardiaque ou un AVC, aggrave des maladies chroniques, provoque des troubles du sommeil et accentue «les issues défavorables d’accouchement» (fausses couches). Ces derniers mois, plusieurs études ont également documenté la façon dont les températures élevées agissent sur l’état psychologique, augmentant notamment les risques de suicide et de violence, notamment envers les femmes.
Paludisme, dengue ou Zika : vers des épidémies infectieuses
Dans leur rapport, les auteur·ices s’arrêtent sur les effets indirects de l’augmentation des températures. Par exemple, le changement climatique modifie la saison de floraison des plantes, qui libèrent du pollen allergène. Entre 2015 et 2024, un début de saison plus précoce d’une à deux semaines a été observé pour tous les arbres allergènes par rapport à la période 1991-2000. Cela se traduit par une aggravation des affections telles que la rhinite allergique, l’asthme bronchique et la rhinoconjonctivite.
Plus inquiétant encore, la hausse des températures favorise le risque d’épidémies infectieuses, avec la probabilité de voir s’étendre en Europe des maladies telles que le paludisme ou la dengue. Les auteur·ices du rapport estiment que la «compatibilité climatique» pour le parasite Plasmodium falciparum, qui transmet le paludisme, a augmenté entre 16 et 47% selon les régions d’Europe. Elles et ils soulignent que si l’immense majorité des cas de paludisme déclarés en Europe sont importés (attrapés lors de voyages), 13 cas de paludisme se sont déjà développés exclusivement sur le continent en 2022.
De la même façon, les auteur·ices estiment que les températures sont de plus en plus favorables à la transmission par les moustiques des virus Zika, chikungunya ou de la dengue. Selon elles et eux, le risque de voir éclater une épidémie de dengue en Europe a même augmenté de près de 300% lors de la décennie 2015-2024, comparé à 1981-2000. Idem pour les virus chikungunya et Zika.
Hausse de l’insécurité alimentaire
Plus inattendu, les scientifiques ont documenté l’augmentation de l’insécurité alimentaire en Europe, en lien avec la hausse des températures : «Les chocs climatiques et météorologiques font grimper les prix des fruits et légumes, rendant plus difficile pour les ménages à faibles revenus de se procurer une alimentation saine et nutritive.» Selon les auteur·ices, environ un million de personnes supplémentaires ont subi de l’insécurité alimentaire en lien avec les vagues de chaleur et les sécheresses en 2023, comparé à la période 1981-2010.
Sans détailler précisément les impacts économiques de ces menaces sanitaires, elles et ils estiment que les températures ont déjà obéré la croissance du PIB par habitant d’au moins 0,99% en Europe du Sud. Surtout, les chercheur·ses s’inquiètent de voir que les liens entre changement climatique et santé sont très rarement établis par les médias et par les politiques. De ce point de vue, la pandémie de Covid-19 a créé une rare fenêtre d’opportunité, qui s’est refermée depuis. Or décorréler les deux sujets conduit à prendre des mesures inefficaces comme l’abandon du plan vélo ou la réduction des aides à la rénovation des logements en France, qui ont pourtant des effets bénéfiques aussi bien sur le climat que sur la santé.
À lire aussi
-
Cadmium, PFAS, pesticides : «La santé environnementale n’est la priorité d’aucun ministère», déplore cette députée
PFAS sombre. Alors que les preuves scientifiques s’accumulent sur les effets des pollutions sur la santé, l’action publique peine à suivre. Dans un rapport, la députée Les Écologistes Catherine Hervieu en apporte la preuve. Vert l’a rencontrée. -
Les risques d’apnée du sommeil vont augmenter avec le réchauffement climatique
Apnée pas peur. Une nouvelle étude révèle que le réchauffement climatique pourrait augmenter de 45% les risques de faire de l’apnée du sommeil. Ce trouble concerne déjà un milliard de personnes dans le monde.