Si rien n’est fait pour rendre les systèmes de santé plus robustes et les villes plus résilientes au réchauffement climatique, ce dernier pourrait entraîner 123 millions de cas supplémentaires de paludisme en Afrique d’ici 2050. Voilà le terrible constat de l’équipe du Kids research institute, un institut de recherche australien, qui publie ce mercredi ses travaux dans la prestigieuse revue scientifique Nature.
Plus grave encore, cette augmentation du nombre de malades pourrait entraîner 532 000 décès supplémentaires (les estimations varient entre 195 000 et 912 000 décès en plus) d’ici la moitié du siècle, en tenant compte des niveaux de lutte actuels contre cette maladie. Elle est transmise aux hommes par les moustiques anophèles (une sous-espèce) femelles, contaminées au parasite Plasmodium.

Pour obtenir ces résultats, les chercheur·ses ont d’abord identifié les effets dits «écologiques» du réchauffement climatique sur la propagation du paludisme. Ils concernent directement le cycle de vie des moustiques : plus la température augmente, plus certaines régions deviennent propices à la ponte et à leur développement.
Les projections montrent que, si le réchauffement climatique suit les prévisions intermédiaires du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), soit 2,7°C d’ici 2100, le risque de paludisme augmentera dans des régions «où des températures plus basses limitent actuellement sa transmission» : l’Angola, la Zambie, le sud de la République démocratique du Congo (RDC), ainsi que les hauts plateaux d’Éthiopie, du Kenya, du Rwanda, du Burundi et de l’est de la RDC.
Inondations plus fréquentes et cyclones plus intenses
Les catastrophes naturelles aggraveront encore ce risque. «En Afrique, le changement climatique devrait provoquer des inondations plus fréquentes et plus graves, ainsi que des cyclones plus intenses dans le sud de l’océan Indien», expliquent les expert·es. Le paludisme, transmis par les moustiques, se propage plus facilement lors des saisons humides. Ces événements climatiques extrêmes augmenteront localement l’humidité, favorisant le développement des populations de moustiques et la propagation de la maladie, alertent les chercheur·ses.
Au-delà des températures et de l’humidité, ce sont les perturbations de la réponse sanitaire qui risquent d’avoir le plus gros impact à long terme. «Les événements météorologiques extrêmes endommagent les habitations et les infrastructures, perturbant l’accès aux soins de santé, aux logements protecteurs et aux mesures de lutte contre le paludisme», soulignent les scientifiques.
Dans le détail, l’équipe s’est entretenue avec une trentaine d’expert·es sur place – représentant·es d’agences humanitaires, de programmes nationaux de lutte contre le paludisme, etc. – pour comprendre ce qui freine la lutte contre la maladie lorsque des catastrophes telles que des cyclones ou des inondations surviennent.

Trois facteurs apparaissent comme les plus importants : l’accès réduit aux traitements antipaludiques (responsable de 37,8 % de l’augmentation des cas dans les projections), l’endommagement des logements (23,4 %) et l’interruption des mesures de protection contre les moustiques (14,9 %). Ces mesures incluent la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticides dans les habitations. Selon l’OMS, celles-ci ont été de loin le principal moteur de la forte baisse du paludisme depuis le début du siècle, en protégeant efficacement les familles et en limitant la propagation des moustiques.
«Éradiquer le paludisme dans la première moitié de ce siècle constituerait l’une des plus grandes réussites de l’histoire humaine.»
Température, humidité, affaiblissement de la réponse sanitaire… Mis bout à bout, tous ces impacts pourraient, sous l’hypothèse d’un réchauffement de 2,7°C, et «en l’absence de mesures d’atténuation», augmenter la transmission du paludisme sur 24% de l’Afrique, «principalement le long des grands fleuves et des côtes du sud-est exposées aux cyclones», insiste l’étude.
En supposant que les taux actuels de létalité des cas non traités restent constants (249 millions de mort·es en 2022, selon l’OMS), cela correspondrait donc à 532 000 décès supplémentaires dus au paludisme sur la période 2024-2050, soit une augmentation des taux annuels de mortalité de 0,9 à 5,4% par rapport à un scénario sans réchauffement climatique.
«Éradiquer le paludisme dans la première moitié de ce siècle constituerait l’une des plus grandes réalisations de l’histoire humaine», insistent les chercheur·ses. Toutefois, «l’accélération du changement climatique fait peser de nombreuses menaces sur cette ambition». Dans ce contexte, elles et ils appellent à une «une vigilance continue», «une planification proactive» et une meilleure «implication des communautés» pour lutter contre le paludisme dans les années à venir. Ainsi qu’à un «financement durable», le tout «inscrit dans le cadre plus large de systèmes de santé robustes et de sociétés résilientes au climat».
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