Ce qu’il faut retenir :
→ Lundi, Vert a révélé que la ministre de l’écologie détenait des actions dans 27 entreprises au lourd impact environnemental, parmi lesquelles BNP Paribas, Zara ou encore Airbus, après la publication des déclarations de patrimoine et d’intérêts du gouvernement Lecornu II.
→ Son cabinet a alors assuré à Vert que ce plan d’épargne en actions était géré par son banquier et que la ministre avait découvert le détail de ces actions lors de sa déclaration.
→ Une version antérieure de la déclaration, que Vert s’est procurée, révèle qu’elle détenait également des actions TotalEnergies (hydrocarbures) et Saint-Gobain (construction), qui ont disparu d’une version à l’autre.
→ Que sont devenus ces titres ? Pourquoi a-t-elle conservé ses parts dans les autres entreprises polluantes ? Malgré de nombreuses relances, la ministre a refusé de répondre.
→ Vert révèle également que la ministre n’a déclaré que la moitié de la valeur de ses actions dans sa première déclaration.
Et si le portefeuille d’actions de Monique Barbut n’avait pas encore livré tous ses secrets ?
Comme Vert l’a révélé mardi à partir de sa déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), le plan d’épargne en actions (PEA) de la ministre de l’écologie est doté de plus de 150 000 euros d’actions réparties dans 27 grandes entreprises. Et pas n’importe lesquelles : Airbus, LVMH, BNP ou encore Inditex (Zara) – autant de groupes pointés du doigt pour leur lourd bilan écologique.
Mais l’affaire ne s’arrête visiblement pas là.
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Vert a mis la main sur une déclaration d’intérêts plus ancienne, datée du 13 novembre 2025, dans laquelle apparaissent trois «participations financières» absentes de la version la plus récente – et potentiellement encore plus sensibles au regard des fonctions de la ministre, ex-patronne de l’ONG écologiste WWF France.
Dates clés
→ 14 octobre 2025 : Monique Barbut est nommée ministre de la transition écologique.
→ 13 novembre 2025 : la ministre dépose une première version de sa déclaration d’intérêts et de patrimoine auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
→ 22 mars 2026 : Monique Barbut dépose une nouvelle version «modificative» de sa déclaration.
→ 20 avril 2026 : la HATVP publie les déclarations des ministres, dont celle de Monique Barbut.
Sur cette première version, on trouve une ligne… TotalEnergies, le géant français des hydrocarbures, dont la ministre a détenu 40 actions pour un montant de 2 134 euros. Autre surprise, on découvre le nom de Saint-Gobain, le groupe français de matériaux de construction (3 551 euros), qui figure aussi parmi les plus importants émetteurs de gaz à effet de serre en France. On trouve enfin une ligne de 2 378 euros dans l’entreprise italienne Leonardo, spécialisée dans les systèmes de défense aérospatiale.
«Je ne crois pas avoir vu Total dans la liste»
Ironie de l’histoire : contacté par Vert, le ministère s’était précisément targué du fait que TotalEnergies n’apparaisse pas dans sa déclaration (publiée lundi) : «Quand bien même Monique Barbut aurait eu connaissance de ces actions, je ne crois pas avoir vu Total dans la liste. Il n’y a pas non plus de “gros méchants”.»
Il semblerait que si.

Une question se pose alors : pourquoi ces actions ont-elles disparu entre la déclaration faite en novembre 2025 et celle de mars 2026, publiée lundi ? Vert a interrogé à plusieurs reprises le cabinet de Monique Barbut, qui a systématiquement botté en touche sur ce point. Ce vendredi, nous nous sommes même rendu·es à une conférence de presse au sujet du G7 environnement pour tenter d’obtenir une réponse de la ministre, qui a sèchement répliqué : «Je n’ai rien à déclarer, posez la question à la HATVP.»
Silence radio de la HATVP sur les actions TotalEnergies
La HATVP n’a pas donné plus d’explications sur la disparition des actions TotalEnergies, Saint-Gobain et Leonardo entre les deux déclarations. Elle a simplement redit que les actions de la ministre étaient désormais bien placées sous un mandat de gestion «sans droit de regard». Un mécanisme applicable à tous les ministres, introduit par la loi de 2013 sur la transparence de la vie publique, afin de prévenir les conflits d’intérêts. Celui-ci lui interdit de vendre ou d’acheter des actions pendant qu’elle exerce son mandat.
À ce stade, ni le ministère ni la HATVP ne nous ont indiqué si Monique Barbut avait revendu ses actions TotalEnergies, ni si elle l’avait fait avant ou après l’interdiction qui s’applique aux ministres.
Dès lors, si la ministre s’est bien séparée de ses parts dans TotalEnergies, Saint-Gobain et Leonardo (ce qu’elle refuse de confirmer ou d’infirmer), a-t-elle alors décidé sciemment de conserver ses participations potentiellement problématiques dans les autres entreprises citées (Sanofi, BNP Paribas, Airbus, etc.) ?
Faut-il aussi en conclure que la ministre a estimé que ces participations ne posaient pas de difficulté particulière et ne présentaient pas de risque de conflit d’intérêts ? Comme nous l’avons écrit, elle ne compte pas se déporter de décisions politiques qui pourraient interférer avec les entreprises dont elle est actionnaire, arguant que la HATVP a validé sa déclaration de patrimoine et d’intérêts.
Des actions déclarées à moitié
Autre surprise : en comparant les deux versions de sa déclaration, Vert s’est aperçu que la moitié des actions déclarées en mars ne figuraient pas dans le document initial de novembre.
Dans cette première version, la ministre ne déclarait «que» 76 883 euros de «participations financières directes» (d’actions), contre 153 362 euros quatre mois plus tard, soit une différence de près de 76 500 euros. Le patrimoine en actions de Monique Barbut aurait-il doublé de valeur ?
Sur ce point, son cabinet indique que «la situation de la ministre n’a en rien changé entre la déclaration initiale et la déclaration modificative» ; «Il s’agit juste d’éléments qui manquaient dans la déclaration initiale et qui ont été complétés.»

Aux yeux de la loi, les membres du gouvernement ont un devoir d’exhaustivité au moment de remplir leur déclaration. «Si Monique Barbut n’a pas été exhaustive dans sa première déclaration, cela peut être considéré comme une infraction pénale. C’est grave», estime Inès Bernard, déléguée générale de l’association anticorruption Anticor. La loi d’octobre 2013 prévoit une peine de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour un tel délit.
La HATVP a confirmé à Vert qu’un contrôle avait «mis en évidence des erreurs dans la déclaration initiale». Interrogée sur les suites données à ces erreurs, la Haute autorité n’a pas donné plus d’explications, car elle est «tenue au secret légal applicable et ne peut apporter de commentaires».
Des conseils glanés auprès de… Rachida Dati
«Il est regrettable qu’il n’y ait pas de déontologue du gouvernement, alors qu’il y a l’obligation d’en avoir un pour les élus locaux et les parlementaires, pointe Kévin Gernier, chargé de plaidoyer à Transparency International France. Cela permettrait aux ministres de le saisir pour avis lorsqu’ils remplissent leur déclaration, et de prendre des mesures de déport d’eux-mêmes.»
Faute de déontologue au gouvernement, Monique Barbut s’est adressée à une autre spécialiste. Selon Le Canard enchaîné du 3 décembre 2025, la ministre aurait sollicité les conseils de Rachida Dati, ex-ministre de la Culture, pour remplir sa déclaration. «Rachida, est-ce qu’il faut que je déclare tout à la HATVP ? Car mon mari a vendu son entreprise 2 millions d’euros l’an dernier, on a un bel appartement à Paris et une villa sur la Côte d’Azur», lui aurait-elle demandé.
Rachida Dati fait elle-même l’objet d’une enquête après des signalements portant sur des bijoux d’une valeur estimée à 420 000 euros, qu’elle avait omis de déclarer à la HATVP.
En l’absence de réponse précise de la ministre ou de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, le patrimoine de Monique Barbut n’a pas encore livré tous ses secrets.