
Chose promise, chose due – ou presque. En juin 2025, l’ancien ministre de la santé, Yannick Neuder, avait fait la promesse du remboursement, dès l’automne de la même année, du dépistage de la contamination au cadmium pour les Français·es. Ce métal lourd contamine la population via l’alimentation et fait courir des risques graves pour les reins, les os, la reproduction, augmentant même la probabilité, sur le long terme, de développer certains cancers.
Près d’un an après l’annonce du ministre, le dispositif arrive enfin. Mardi, l’Union nationale des caisses d’assurance maladie a publié au Journal officiel sa décision d’ajouter à la liste des actes et prestations pris en charge le dépistage du cadmium, ouvrant la voie à un remboursement à partir du 16 juin.
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Début avril, les syndicats de laboratoires d’analyses avaient confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) qu’un accord tarifaire avait été trouvé avec l’Assurance maladie et que le test – dont le prix a été fixé à 27,50 euros – serait prochainement pris en charge à 60% par la sécurité sociale, et à 40% par les complémentaires santé.
«Ce n’est pas parce que vous habitez dans le Jura que vous consommez des produits du Jura»
Un remboursement du dépistage, très bien, mais pour qui ? Seules les «personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence» seront éligibles à ce remboursement, détaille la décision, confirmant des informations de Vert en avril. Sont visées les zones «dont le sol a été préalablement reconnu par les autorités compétentes comme étant pollué[es] par le cadmium». Pour les autres, il faudra débourser 27,50 euros – un montant plus faible qu’actuellement (le test coûte environ 45 euros), mais qui reste toutefois peu accessible sans remboursement.
C’est une «ineptie», réagissait il y a quelques jours le cardiologue Pierre Souvet, auprès de Vert. «Ce n’est pas parce que vous habitez dans le Jura que vous consommez des produits du Jura. Ça ne tient pas debout ! À moins que ces tests ne s’adressent qu’aux personnes qui mangent des légumes de leur potager…», tonnait-il.

Pour rappel, le cadmium est naturellement présent dans l’environnement, mais il est surtout contenu dans les engrais phosphatés, des fertilisants fabriqués à partir de roches contenant du phosphore, que les agriculteur·ices (surtout en conventionnel) utilisent pour augmenter les rendements. Certaines zones, en France, sont davantage contaminées que d’autres – la Charente, le Jura et le bassin parisien, par exemple – pour des raisons géologiques et à cause de pratiques agricoles qui reposent sur l’utilisation de ces engrais.
Une limite majeure subsiste : l’absence de cartographie récente. La seule carte nationale disponible remonte à 2011. Elle a été établie à partir de prélèvements réalisés entre 2000 et 2009 par le Groupement d’intérêt scientifique Sol (Gis Sol) – rattaché à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Ces données sont vieilles, pour certaines, de plus de vingt-cinq ans.
Or la situation a très probablement évolué. Selon l’étude Esteban de Santé publique France de 2021, l’imprégnation des Français·es au cadmium a doublé en une décennie. «Nous envisagions de relancer une analyse des sols pour détecter une éventuelle hausse dans les zones de grandes cultures», expliquait il y a quelques semaines à Vert Claudy Jolivet, chef de projet du réseau de mesures de la qualité des sols au Gis Sol. Mais le projet est resté lettre morte : «Nous avons évalué le coût pour Santé publique France et indiqué que nous étions prêts à mener ces analyses. Il n’y a jamais eu de suite.»
Qui aura droit au remboursement du dépistage ?
Interrogé en avril sur la restriction du dépistage à certains territoires, le cabinet de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, avait assuré qu’il ne s’agirait pas «d’un zonage national prédéfini (type liste de régions ou de départements) ouvrant automatiquement droit au dépistage», mais d’un dispositif fondé sur «l’identification de situations individuelles d’exposition», sans en préciser les critères.
La décision publiée mardi au Journal officiel est tout aussi floue : aucun critère permettant d’identifier ces «situations individuelles» à risque n’est précisé, ni aucun élément concret permettant aux médecins de savoir si le lieu de résidence de leurs patient·es les rend ou non éligibles au remboursement du test.
«C’est aussi un problème pour les laboratoires, réagit auprès de Vert Jean-Claude Azoulay, président du Syndicat national des médecins biologistes. Si un médecin prescrit un test et qu’un laboratoire accepte sa prise en charge en estimant que le patient remplit les critères, puis que la Cnam [Caisse nationale d’assurance maladie, NDLR] considère par la suite que ce n’était pas le cas, nous nous retrouverons dans une situation compliquée.»
Pour Pierre Souvet, la solution la plus simple serait un remboursement généralisé, «pour tout le monde». Selon le cardiologue, les réticences du gouvernement tiennent surtout à des considérations budgétaires : «Il craint un afflux trop important de demandes et un coût trop élevé.»
D’autres acteurs évoquent un risque politique. Auprès de Vert, Boris Loquet, directeur des laboratoires d’analyses médicales Inovie, mettait en garde début avril : «Le gouvernement pourrait se retrouver confronté à un scandale sanitaire. S’il freine le déploiement du dispositif, c’est peut-être aussi qu’il redoute les résultats de ces tests.»








