La Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) dénonce ce mardi des «erreurs et imprécisions factuelles» dans le rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) consacré à la contamination de la population au cadmium. Elle demande à l’agence de «rectifier ses erreurs». Publié le 25 mars, le document assure que l’agriculture biologique est «potentiellement tout aussi impactée que l’agriculture conventionnelle» par ce métal toxique.
D’après ses analyses, l’autorité confirme que l’alimentation est la principale source d’exposition des Français·es au cadmium. Elle met notamment en cause l’utilisation par les agriculteur·ices d’engrais minéraux phosphatés, des fertilisants riches en métaux lourds, pour augmenter les rendements. Pour l’Anses, ces intrants sont également employés dans l’agriculture biologique.
Des engrais phosphatés peu utilisés
C’est ce que conteste la FNAB, qui rappelle que «le règlement bio impose des seuils limites d’engrais plus restrictifs qu’en conventionnel». Le cahier des charges de l’agriculture biologique est aligné sur la limite de cadmium établie par la réglementation européenne, soit 60 milligrammes par kilo (mg/kg). La France bénéficie d’une dérogation et le seuil actuellement en vigueur pour l’agriculture conventionnelle est de 90 mg/kg.

Dans la pratique, «si le problème existe un peu en bio, il est circonscrit à de faibles utilisations», souligne Loïc Madeline, co-président de la FNAB interrogé par Vert. Il précise que les agriculteur·ices bio privilégient les engrais organiques, qui permettent de piéger le cadmium et de limiter son absorption par les plantes.
Des rapports scientifiques abondent. Le Monde a notamment pu consulter les conclusions de Phosphobio, étude menée entre 2017 et 2021 sur 175 parcelles, sous l’égide des pouvoirs publics et des chambres d’agriculture. Elle révèle que, sur 866 situations observées, une seule était concernée par l’emploi d’un fertilisant phosphaté.
Auprès du Monde, l’Anses explique que «certaines informations sur la qualité du sol ne sont pas nécessairement connues par les agriculteurs : le fond géochimique naturel, certaines pollutions anciennes…» Selon l’agence, la teneur du sol en cadmium peut donc être plus importante que ce que pensent les agriculteur·ices bio. Elle explique aussi que le rapport «ne visait pas une comparaison entre agriculture biologique et conventionnelle, mais à identifier les leviers pour maîtriser durablement la pollution diffuse en cadmium».
Des données internationales
Des travaux étasuniens publiés en 2018 ont aussi démontré que la filière bio aux États-Unis était moins touchée par ce métal lourd. Les scientifiques ont mesuré les taux de cadmium de cinq légumes en fonction du mode de culture. Pour quatre d’entre eux (tomate, pomme de terre, oignon, carotte), les teneurs en cadmium étaient deux à quatre fois inférieures en agriculture bio, par rapport au conventionnel. Ces résultats n’ont pas été pris en compte par l’Anses, qui dit vouloir se fonder sur des données françaises. Pourtant, plusieurs travaux de synthèse cités dans son rapport n’incluent pas de statistiques nationales.
La FNAB regrette que «cette communication puisse laisser croire au consommateur que le mode de production biologique n’offre pas de garanties supérieures». Elle salue néanmoins les préconisations de l’agence pour diminuer la quantité de cadmium présente dans le sol. L’Anses appelle à privilégier les nouvelles pratiques agricoles qui ajustent «le type et les quantités de matières fertilisantes en fonction des sols et des cultures», à utiliser des engrais organiques et à appliquer des seuils de cadmium renforcés.
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