Analyse

Municipales 2026 : périph’ à 70 km/h, fin de la zone à trafic limité… les idées de Rachida Dati pour restaurer le règne de la voiture à Paris

Pneu mieux faire. Élue d’opposition à la mairie de Paris, Rachida Dati n’a cessé de ferrailler contre les politiques de réduction de la place de la voiture. Désormais en bonne position pour succéder à la socialiste Anne Hidalgo, elle promet de revenir sur plusieurs mesures phares de la majorité sortante.
  • Par

Forte de son alliance avec Pierre-Yves Bournazel (Horizons) et du désistement de Sarah Knafo (Reconquête) au second tour des élections municipales, Rachida Dati (Les Républicains) pourrait ravir la mairie de Paris à la gauche, restée divisée (notre article).

Rachida Dati est candidate aux élections municipales 2026 à Paris. © Thomas Samson/AFP

Sa campagne, axée sur des thèmes sécuritaires, a éclipsé son vieil amour pour les moteurs : en tant qu’élue d’opposition, elle s’est montrée hostile au plan vélo, à la suppression de places de stationnement ou à la piétonnisation des voies sur berges. Dans sa profession de foi, elle défend quatre mesures pro-voitures et scooters, contre une seule pour les piétons – dont elle dit pourtant avoir fait «[sa] priorité».

Chacune d’elles va à l’encontre de sa promesse d’un Paris «propre», «sûr», «apaisé», «où l’on respire» et financièrement «bien géré», du nom des chapitres de son programme. À rebours aussi d’une tendance de fond : deux tiers des Parisien·nes n’ont pas de voiture, un chiffre qui continue de baisser. La métropole comptait 220 000 propriétaires de voitures en moins en 2023 par rapport à 2018, selon l’Atelier parisien d’urbanisme.

Réhausser la vitesse sur le périphérique : accidents et pollutions à la clé

«Nous rétablirons les 70 kilomètres-heure sur le boulevard périphérique après la pose d’enrobés phoniques, méthode la plus efficace pour lutter contre la pollution sonore», défend Rachida Dati dans son programme. La limitation de la vitesse à 50 km/h sur cet anneau qui ceinture Paris, entrée en vigueur début octobre 2024, est une décision phare du deuxième mandat d’Anne Hidalgo, la maire socialiste sortante.

Selon le bulletin du périphérique, édité par la mairie, elle a permis de réduire la pollution sonore (-1,2 décibel la nuit), mais pas seulement. La pollution de l’air a aussi baissé, de même que le nombre d’embouteillages (-24%) et d’accidents (-15%). Tout ça pour un investissement quasi nul.

Selon Bruit Parif, le niveau sonore baisse de façon beaucoup plus importante sur les 6,5 kilomètres de périphérique déjà équipés d’enrobés phoniques (-7 décibels à la pose). Toutefois, couvrir la totalité du boulevard coûterait environ un million d’euros par kilomètre (sur 35), à renouveler tous les huit ans, car son efficacité se dégrade de 0,8 décibel par an.

Baisser ou supprimer le tarif de stationnement : les Parisiens encouragés à se déplacer «dans tout Paris» en voiture

Dans la Ville lumière, les 34% des ménages qui possèdent encore une voiture ont droit à des tarifs de stationnement préférentiels dans les rues proches de leur domicile. Celles et ceux qui conduisent un véhicule électrique (de moins de deux tonnes) bénéficient même de la gratuité dans toute la capitale. Même chose pour les détenteur·ices de scooters ou de motos.

«J’instaurerai un nouveau tarif résident unique», promet Rachida Dati, manifestement outrée par cette tarification incitative. Celui-ci «permettra aux résidents et commerçants parisiens de stationner dans tout Paris à un tarif abordable et plus uniquement dans leur quartier».

Rien de tel pour encourager les déplacements intramuros en voiture, alors que la ville dispose d’un réseau de transport en commun parmi les plus performants au monde. Pour les deux-roues motorisés, Rachida Dati promet de restaurer la gratuité du stationnement dans toute la ville. Vroum ! Et tant pis pour les finances de la ville.

Comme maire du très cossu 7ème arrondissement – elle vient d’être réélue au premier tour –, Rachida Dati a lutté contre la suppression de places de stationnement. Selon le collectif pro-vélo Paris en selle, son arrondissement est celui qui en compte le plus par habitant·e, après le très chic 8ème. La voiture occupe 50% de l’espace public parisien pour seulement 8% des déplacements, selon l’observatoire parisien des mobilités (voir graphique ci-dessus).

Fin de la zone à trafic limité, retour des voitures rue de Rivoli : vers la hausse du trafic à Paris centre

Rachida Dati n’a pas digéré les aménagements de l’emblématique rue de Rivoli, au centre de la ville. Depuis la pandémie de Covid-19, la voie est réservée aux vélos (deux voies) et aux bus, taxis ou véhicules de riverain·es (une voie). Selon la candidate LR, «la fermeture de la rue de Rivoli a tué le commerce»ce que des études réfutent. C’est pourquoi elle promet de revenir sur l’aménagement actuel afin de prévoir une «voie de desserte locale», réservée aux automobilistes qui se rendent dans les commerces.

Du reste, l’ex-ministre de la culture prévoit aussi de supprimer la zone à trafic limité (ZTL) mise en place dans le centre de Paris fin 2024. À l’intérieur, seul le trafic qui a pour origine ou destination la ZTL est autorisé – contrairement au fait de traverser la zone. Pour Rachida Dati, cette mesure «n’a pas démontré son efficacité». Rappelons que la «phase pédagogique» est toujours en cours et que la verbalisation ne commencera que cette année, selon les plans de la mairie.

Parmi ses rares mesures à même de contrebalancer l’effet de ces propositions sur la hausse du trafic (et les pollutions associées) : la proposition de développer des parkings relais «sur les terrains délaissés aux portes de Paris» ; des terrains sur lesquels elle n’a donc pas la main… Enfin, pour stimuler l’acquisition de véhicules électriques par les Parisien·nes, elle promet des aides à l’achat, des places de stationnement réservées (mais devenues payantes) et un plan d’installation de bornes de recharge dans chaque quartier.

Depuis plusieurs mois, toute la rédaction de Vert est pleinement mobilisée pour vous informer au mieux sur les élections municipales. Nos journalistes ont publié plus de 50 articles en accès libre pour permettre à chacune et chacun de voter en connaissance de cause, sur les questions écologiques, mais pas seulement.

💚 Cet important dispositif est rendu possible par les 12 000 membres du Club de Vert. Grâce à leurs dons réguliers, nous pouvons proposer des contenus pédagogiques, des décryptages, des enquêtes et des reportages partout en France, pour toutes et tous.

Pour continuer notre travail en toute indépendance, nous avons besoin de plus de soutiens.

👉​ Rejoignez sans plus attendre le Club de Vert à partir de 5€/mois et donnez à l’écologie la place qu’elle mérite dans le débat démocratique.