On vous explique

«Le travail de fourmis» des communes pour protéger les plus vulnérables face aux évènements climatiques extrêmes

Oh mairie, si tu savais ! Du Lot-et-Garonne à Mayotte, des mairies utilisent leurs prérogatives pour aider les habitant·es les plus exposé·es lors d’épisodes climatiques majeurs. Tour d’horizon des solutions qu’elles mettent en œuvre.
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À Couthures-sur-Garonne, une association de sauveteurs contre les crues

«Certains villages ont des associations sportives, nous, on a celle des sauveteurs», lance Jean-Michel Moreau, le maire de Couthures-sur-Garonne, un village du Lot-et-Garonne habitué aux mouvements du fleuve «depuis la nuit des temps».

Lorsque le fleuve a débordé à la mi-février, la mairie a reçu l’alerte huit heures avant la montée de l’eau. Une urgence qui n’impressionne pas le directeur de l’association des sauveteur·ses, Didier Pouchette : «Une crue comme ça, ce n’est pas un problème, on est une sacrée équipe et la gestion de l’inondation marche très bien.» Dans la commune, 13% de la population est membre de la réserve communale de sécurité civile, un ensemble de bénévoles qui assiste la municipalité en temps de crise. Dès le début de la crue, 50 personnes vulnérables ont été évacuées grâce aux huit bateaux de la mairie, principalement des personnes âgées et en demande de soin.

Un membre de l’association des sauveteur·ses de Couthures-sur-Garonne et le maire ravitaillent les maisons entourées par l’eau, le 19 février 2026. © Lionel Bonaventure/AFP

Pendant la crue, tout le village a été envahi par l’eau, hormis un croisement dans le bourg, où les riverain·es ont cuisiné des crêpes pour remercier les sauveteur·ses. Les habitant·es ont pu se réfugier au deuxième étage des maisons adaptées aux inondations, et mettre leurs affaires en hauteur pour éviter les dégâts matériels.

«Ici, les anciens en ont vu d’autres, alors certains ont voulu rester dans leur maison», raconte le maire. Mais la crue s’est installée dans la durée, une coupure de courant a privé 200 personnes d’électricité pendant douze jours. «Quand on a 80 ans et qu’on vit dans une maison sans électricité, sans confort, on ne peut plus vivre, alors on a finalement dû les évacuer», explique-t-il.

La tournée de l’infirmière en bateau

«On a dû sortir une personne médicalisée de sa maison avec l’aide des pompiers, car elle ne pouvait pas être déplacée autrement qu’en fauteuil roulant ; on ne se substitue pas au secours à la personneon est là en renfort», précise Didier Pouchette. Parmi les habitant·es qui ont besoin d’un respirateur pour vivre, certain·es ont choisi de se faire évacuer par bateau, d’autres ont recouru à des groupes électrogènes pendant la coupure de courant. «On a ravitaillé 1 600 litres d’essence aux différentes habitations pour alimenter les générateurs», rapporte le maire.

«Tous les jours, deux sauveteurs emmenaient l’infirmière en bateau pour qu’elle fasse la tournée de ses patients, ils accompagnaient aussi l’aide à la personne pour qu’elle fasse des soins, un monsieur alité avait par exemple besoin de visites trois fois par jour», détaille Didier Pouchette. Et pour l’approvisionnement en médicaments, la pharmacie la plus proche les a apportés aux sauveteurs au bord de l’eau qui recouvrait les champs. Les bénévoles les redistribuaient ensuite aux habitant·es.

À Rion-des-Landes, la réserve de sécurité civile, précieuse alliée dans la tempête

À Rion-des-Landes (Landes), «la réserve de sécurité civile est un véritable couteau suisse pour les maires», remarque Thierry Larivière, adjoint au maire et responsable de la forêt. Cet outil qui repose sur l’engagement des habitant·es permet de diffuser plus facilement les informations en cas d’aléa climatique et d’entretenir une culture du risque dans la commune.

«Il est né dans le sud à la suite des feux de forêts et de la nécessité de protéger les populations de ces territoires, explique l’élu. Pendant la tempête Nils, notre réserve communale a été sollicitée pour visiter les personnes vulnérables et dégager les chemins reliant les habitants isolés grâce à des tronçonnages d’arbres.» La fine connaissance du territoire rural permet aussi à cette réserve d’aider les secours jusqu’à ces maisons.

Comme à Couthures-sur-Garonne, le cœur de leur métier est de mener un travail de veille toute l’année. «On fait des rondes pendant les intempéries pour vérifier qu’il n’y a pas de coupure d’eau ou d’électricité», détaille Thierry Larivière. Après un incendie et le départ des pompier·es, la réserve de sécurité civile surveille également les lieux pour repérer une potentielle reprise du foyer d’incendie.

À Grenoble, le renforcement du plan communal de santé face aux fortes chaleurs

Deuxième ville de France la plus touchée par les îlots de chaleur urbains, ces élévations de températures plus importantes qu’en milieu rural, Grenoble connaîtra cinq fois plus de pics de chaleur et canicules d’ici 2050, selon Météo-France«La municipalité exerce une vigilance particulière envers les plus vulnérables durant ces épisodes», affirme Angélique Giannini, cheffe du service promotion de la santé.

Quand un seuil de canicule est franchi, elle appelle systématiquement toutes les personnes inscrites sur le registre des personnes vulnérables (personnes âgées, avec une maladie chronique, un handicap, une pathologie cardiovasculaire…). Quand il n’y a pas de réponse de l’autre côté du combiné, «on organise une visite de la Croix-Rouge à son domicile car nous avons une convention de partenariat avec eux», explique la fonctionnaire.

Dans la ville, dix «maisons des habitants» sont dotées de pôles gérontologiques : un personnel qui organise des activités pour les personnes âgées. Principalement situées dans des quartiers populaires, ces maisons accueillent les ancien·nes pour des ateliers jeux de société dans des endroits frais. Pour les plus jeunes, la mairie propose des sorties en montagne à la journée.

À Mamoudzou, aménager les quartiers informels pour limiter les glissements de terrain

À Mayotte, 77% de la population vit sous le seuil de pauvreté, soit cinq fois plus qu’en France métropolitaine. Sur l’archipel, les bidonvilles aux maisons construites en matériaux légers sont régulièrement détruits par l’État pour être reconstruits ailleurs par les habitant·es. La très grande vulnérabilité de ces bâtis précaires face aux aléas climatiques était déjà connue, mais a été mise en lumière par le cyclone Chido en 2024. L’évènement a causé 22 mort·es et 1 400 blessé·es.

En 2023, à l’opposé des pratiques courantes de démantèlement des bidonvilles, la mairie de Mamoudzou (Mayotte) a contacté Cyrille Hanappe, architecte et cofondateur de l’agence Air Architectures, pour sécuriser le quartier informel de Mahabourini.

Prototype d’un des huit habitats en construction dans le quartier de Mahabourini, à Mayotte. © Air Architectures

Elle a sollicité son aide pour réduire les glissements de terrain très importants dans cette zone en pente. «Nous avons sécurisé les cheminements avec du béton pour protéger la circulation quand il pleut, raconte Cyrille Hanappe. La boue est partout et les allées se transformaient en glissières. Cela permet aussi de protéger la population des incendies en jouant le rôle de coupe-feux.» Dégager ces voies d’acheminement a également permis d’installer des réseaux d’eau et d’électricité.

Autre mesure explorée avec la mairie : la construction de huit logements plus adaptés aux risques climatiques pour remplacer les petites baraques en tôle, si fragiles face au vent et aux pluies. Ces maisons ont une fondation en béton ainsi qu’une pièce avec une arrivée d’eau dans le même matériau très solide, qui sert de refuge en cas de cyclone. La toiture, elle est en bois plutôt qu’en tôle. Ces bâtiments sont destinés à accueillir des personnes en attente de logements pérennes.

De premiers pas pour combler les inégalités

Sans être parfaites, «ces mesures sont de premiers pas qui montrent que tous les dispositifs ne reposent pas seulement sur des infrastructures mais renforcent la solidarité», note Robin Elh, co-auteur du rapport d’Oxfam pour des villes résilientes. Les populations les plus précaires demeurent les plus impactées par les aléas climatiques. «Les 20% de la population les plus pauvres vont davantage rester dans leur logement sinistré après une catastrophe, détaille l’expert. Ils ont moins de moyens pour investir dans des réparations ou déménager.»

Si la mairie dispose de plusieurs moyens pour aider les plus vulnérables avant et pendant une catastrophe, les habitant·es peuvent plutôt se tourner vers l’État, pour obtenir de l’aide ensuite. Ainsi, après les inondations de l’hiver 2023-2024 à Saint-Omer (Pas-de-Calais), l’État a racheté plusieurs maisons en zone inondable aux personnes sinistrées.

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