Dans un contexte de «crue généralisée», la directrice du service d’information Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, a évoqué auprès de l’Agence France-Presse (AFP) une «situation exceptionnelle» pour la France, dépassant «tous nos records» depuis que l’organisme a été créé en 2006, avec un taux d’humidité des sols jamais vu.
Ce lundi matin, Météo-France maintient la Gironde et le Lot-et-Garonne en vigilance rouge jusqu’à mardi pour le risque de crues. Quinze départements demeurent en vigilance orange pour la même raison, de la Bretagne à l’Occitanie en passant par les Charentes. Dans le Sud-Ouest, des précipitations sont attendues ce lundi et mardi.

«On n’est pas au bout de la crue, et loin de là je pense, a déploré dimanche Bruno Marty, maire de La Réole, une commune girondine de 4 500 habitant·es, parmi les plus touchées par les débordements. Vous regardez tout autour de vous, c’est un océan, ça fait flipper quand même. C’est un lac. Restons prudents, il pleut beaucoup et tous les sols sont détrempés.»
Sur le fleuve Garonne, le niveau maximum a été atteint samedi dans le Lot-et-Garonne, avant une légère décrue – mais une remontée est attendue mardi et mercredi. En Gironde, les niveaux «se stabilisent» et une «lente décrue» s’est amorcée en fin de journée dimanche, selon Vigicrues.
«On a vraisemblablement atteint le pic mais on est sur un plateau, c’est-à-dire que ça ne va pas redescendre tout de suite. Et vous voyez comme moi la pluie qui reprend», a décrit dimanche Étienne Guyot, préfet de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine. «Très clairement, on ne parle absolument pas de retour à la normale pour les prochains jours de notre côté», a insisté Lucie Chadourne-Facon.
«Ce sont des événements qui vont arriver de plus en plus souvent»
Le retour des pluies, couplé à un phénomène de grandes marées, risque d’alimenter une nouvelle crue. Dans le Lot-et-Garonne, les évacuations préventives ont concerné environ 1 500 personnes, dont environ 1 000 sur la seule commune d’Aiguillon. En Gironde, 80 personnes ont d’elles-mêmes quitté leur domicile pour être mises à l’abri par les secours.
«Je sens [les gens] un peu résignés, a souligné Bruno Marty. Ils ont bien conscience que ce sont des événements qui vont arriver de plus en plus souvent.»
En Charente-Maritime, la crue de la Charente prend de l’ampleur : ce lundi soir à Cognac, puis à Saintes jeudi, elle pourrait dépasser celle de 1994 et se rapprocher de la crue centennale de 1982, selon la préfecture du département. Certaines rues de Saintes sont déjà dans l’eau et les pompier·es ont commencé d’évacuer les personnes les plus fragiles.

Les cumuls de pluie depuis deux mois ont saturé le sol en eau, qui ne peut plus jouer son rôle d’éponge. Mais cela ne préviendra pas le risque de sécheresse dans les prochains mois, a prévenu Lucie Chadourne-Facon. Elle rappelle que les crues majeures de la Garonne en 2022 n’avaient pas empêché l’«une des sécheresses les plus importantes, voire la plus importante» dans la région, «qui a duré du printemps 2022 jusqu’à l’hiver 2023».
Renforcée par le réchauffement climatique, la tempête Nils, et ses très fortes précipitations accompagnées de vents violents, a causé la mort de deux personnes la semaine dernière. Elle a provoqué une troisième victime indirecte ce week-end : un homme est décédé samedi à Sarbazan (Landes), des suites d’une intoxication au monoxyde de carbone, après avoir activé un groupe électrogène dans l’attente du raccordement au réseau, selon la préfecture.
La dépression et les crues ont fragilisé les réseaux électrique et téléphonique et généré de nombreux dégâts matériels. Plus de 95% des client·es privé·es d’électricité depuis le passage de Nils ont malgré tout été réalimenté·es dimanche soir, selon Enedis, qui précise que 45 000 foyers restent sans courant.
Les cinq départements pyrénéens sont aussi en orange pour le risque d’avalanches, outre la principauté d’Andorre, ainsi que trois départements des Alpes.
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