Entre mercredi soir et jeudi, la tempête Nils a frappé la France d’ouest en est, faisant deux mort·es, cinq blessé·es graves et 21 léger·es, entraînant quelque 4 500 interventions des secours. Elle s’est déplacée vers l’est de l’Europe ce vendredi matin mais encore 450 000 foyers sont privés d’électricité dans le sud-ouest de la France.
Si Météo-France a levé les vigilances pour vents violents, orages et pluies-inondations, la Gironde et le Lot-et-Garonne sont toujours concernés par la vigilance rouge aux crues. Les précipitations régulières depuis le début de l’hiver ont gorgé les sols en eau, «un facteur aggravant en matière de dégâts», selon l’institution.

«Ces vents plus forts et les fortes pluies de la tempête Nils sont attribués au changement climatique induit par l’Homme», selon l’étude de l’équipe de scientifiques du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’université Paris-Saclay, ClimaMeter. Elle a publié de premières conclusions jeudi 12 février.
Au-delà du risque d’inondations, la dépression s’est déplacée vers l’est du pays et a provoqué de fortes chutes de neige dans les Alpes, jusqu’à 1,50 mètre ce matin. Quatre départements alpins étaient en vigilance orange hier pour prévenir les avalanches et restent en vigilance jaune ce matin.
L’Espagne et le Portugal encore touchés par la tempête
«Nils est la troisième forte tempête hivernale de la saison sur la France après le passage de Benjamin (octobre 2025) et Goretti (janvier 2026)», indique Météo-France. Les bourrasques n’avaient pas été aussi puissantes depuis la tempête Klaus, en 2009, pendant laquelle le vent avait atteint 184 km/h dans le Sud-Ouest.
La tempête a également frappé le Portugal et l’Espagne, hier. À Barcelone, elle a provoqué la mort d’une femme de 46 ans après l’effondrement du toit d’un entrepôt industriel. Des vents dépassant 100 km/h ont déraciné des arbres, endommagé des bâtiments et perturbé le trafic aérien.
«Du fait du changement climatique, les tempêtes similaires à Nils sont jusqu’à 10% plus humides et localement jusqu’à 5% plus venteuses sur la France, l’Espagne et le Portugal aujourd’hui qu’elles ne l’étaient dans le passé», détaillent les chercheur·ses. L’Espagne et le Portugal figurent parmi les pays les plus exposés au dérèglement climatique, subissant des vagues de chaleur de plus en plus longues et des épisodes de fortes pluies plus fréquents et plus intenses.
La semaine passée, les dépressions Leonardo puis Marta avaient déjà provoqué des inondations spectaculaires et l’évacuation de plusieurs milliers de personnes en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. C’est maintenant la tempête Oriana qui est attendue dans le pays, avec des vents violents, de fortes précipitations et de la neige dans certaines régions.
L’atmosphère plus chaude accroît l’intensité des tempêtes
Ces fortes pluies liées au changement climatique seront-elles plus fréquentes et plus intenses à l’avenir ? Très probablement, selon Davide Faranda, directeur de recherche en sciences du climat au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui a participé à l’étude. Il explique qu’«une atmosphère plus chaude peut contenir plus d’humidité, ce qui augmente le risque de fortes précipitations en cas de tempête».
Pour ce qui est des vents plus forts, le lien est moins explicite. «Le changement climatique n’augmente pas nécessairement le nombre de tempêtes, mais il peut intensifier leurs effets lorsque les conditions atmosphériques sont favorables», note le chercheur.
En février, les tempêtes ne sont pas inhabituelles. Toutefois, David Faranda souligne que «la combinaison de très fortes précipitations et de vents violents observée lors de la tempête Nils se démarque par rapport à ce qui était habituel il y a quelques décennies».
À lire aussi
-
Les «jumeaux numériques» de la Terre, des planètes virtuelles boostées à l’IA pour prévoir les catastrophes climatiques
Net ou planète ? Face à la multiplication des événements climatiques extrêmes et aux critiques récurrentes sur les prévisions météorologiques, l’Union européenne et plusieurs acteurs scientifiques et industriels misent sur des «jumeaux numériques» de la Terre pour s’adapter au changement climatique. Autrement dit : des répliques virtuelles de notre planète. -
Le réchauffement climatique pourrait entraîner 532 000 décès supplémentaires liés au paludisme en Afrique d’ici 2050
La hausse mondiale des températures pourrait aggraver la propagation du paludisme en Afrique, avec des conséquences dramatiques pour la santé publique. Une nouvelle étude prévoit 123 millions de cas supplémentaires et plus d’un demi-million de morts si les systèmes de santé et les mesures de prévention ne sont pas renforcés.