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Ecosia, Lilo, Ocean Hero… Ces moteurs de recherche sont-ils vraiment écolos ?

Surfe qui peut. Face à des géants comme Google ou Bing, les outils de recherche «verts» promettent de planter des arbres ou de financer des projets écologiques. Des alternatives qui, par la multiplication des infrastructures nécessaires pour les faire fonctionner, participent au fort impact environnemental du numérique.
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Quatorze milliards par jour, soit cinq mille milliards par an. C’est le nombre vertigineux de recherches effectuées dans le monde sur Google en 2025, selon les données internes de l’entreprise. Derrière chacune d’elles se déploient des infrastructures colossales qui nécessitent d’importantes quantités d’énergie pour fonctionner. C’est notamment le cas des centres de données (ou data centers) où sont situés les serveurs qui stockent et calculent les informations générées par les utilisateur·ices.

D’après la dernière étude sur l’impact du numérique de l’association indépendante Green IT, on compte près de 79,5 millions de serveurs dans le monde, toutes activités confondues. À eux seuls, les centres informatiques consomment 506 térawattheures (TWh) d’électricité par an, soit l’équivalent de la consommation d’un pays comme l’Allemagne.

Un centre de données de Google dans l’Iowa (États-Unis). © Chad Davis/Wikimedia

Face à ces chiffres inquiétants, nombre d’internautes souhaitent réduire l’impact environnemental de leurs usages numériques, en particulier lors de la navigation sur internet. Pour certain·es, cela passe par le choix de leur moteur de recherche. À ne pas confondre avec le navigateur (Chrome, Safari, Edge…) – le logiciel qui permet d’accéder aux pages web –, le moteur de recherche sert à trouver des informations spécifiques en ligne. Le leader du secteur est sans conteste Google, qui détient près de 90% des parts de marché dans le monde, selon le site d’analyse Statcounter. Il est suivi par Bing, propriété de Microsoft (5%), Yahoo (1,4%), le russe Yandex (1,34%), Duckduckgo (0,76%) et le chinois Baidu (0,55%).

Google et Bing, des engagements verts, mais des émissions en hausse

Est-ce néfaste pour l’environnement d’utiliser les principaux moteurs de recherche ? Les entreprises mères multiplient en tout cas les annonces d’engagements climatiques. Google assure ainsi que 100% de sa consommation électrique est compensée par des énergies renouvelables depuis 2017, et affiche sa volonté d’être neutre en carbone en 2030 en faisant fonctionner tous ses data centers avec de l’énergie décarbonnée. Idem pour Microsoft, qui aspire à une empreinte carbone négative dès 2030, et même à effacer toutes ses émissions depuis 1975 d’ici 2050.

Pour compenser ses émissions de gaz à effet de serre (GES), Google finance des projets de captation de CO2 et achète des garanties d’origine correspondant à sa consommation d’énergie. Ces certificats de production attestent que pour chaque kilowattheure d’énergie consommé par Google, une même quantité d’énergie renouvelable est produite quelque part dans le monde. Microsoft, de son côté, multiplie les contrats d’achat d’énergie renouvelable auprès de fournisseurs à travers le monde pour alimenter ses serveurs.

Ces dispositifs posent toutefois plusieurs problèmes. Ils permettent aux entreprises d’afficher des résultats impressionnants sans les encourager à réduire leur activité – et donc les impacts environnementaux associés. Google et Microsoft augmentent ainsi toujours plus le nombre de leurs serveurs, notamment pour répondre aux besoins de l’intelligence artificielle (IA). Les émissions de GES de Google ont ainsi augmenté de 48% entre 2019 et 2024 ; celles de Bing de 29% en 2023.

Si ces entreprises tentent de réduire ces émissions, elles laissent de côté d’autres impacts environnementaux : matériaux nécessaires à la fabrication des serveurs et des autres équipements, transport, construction des infrastructures, consommation d’eau, déchets… Frédéric Bordage, fondateur de l’association Green IT, dénonce du greenwashing : «Les Gafam nous assurent que lorsqu’on utilise des énergies renouvelables, tout va bien pour la planète. Mais quand on produit un kilowattheure d’électricité, quelle que soit sa source, il y a des impacts environnementaux. L’important, c’est de réduire la consommation électrique.»

Les moteurs de recherche écolo, une fausse bonne idée ?

Au fil des ans, de nombreux moteurs de recherche ont vu le jour pour concurrencer Google, Bing et Yahoo. Certains insistent sur la protection des données, comme Duckduckgo, Qwant, Brave Search, Startpage ou Swisscows. D’autres mettent en avant leurs engagements environnementaux et sociaux.

Le plus connu dans cette dernière catégorie, Ecosia, utilise l’argent généré par les recherches pour planter des arbres. Depuis son lancement, l’entreprise allemande assure avoir permis la plantation de plus de 248 millions d’arbres dans plus de 30 pays, et dit avoir consacré plus de 99 millions d’euros à l’action climatique. Sur le même principe, Ocean Hero finance des actions de collecte de plastique dans les océans. Ecogine reverse ses bénéfices à des associations à but environnemental, choisies par les internautes. Lilo, racheté par Qwant en 2025, permet aux internautes de reverser l’argent généré par leurs recherches à des associations. Idem pour You Care, qui donne 50% de ses revenus à des associations caritatives.

Ecosia promet de planter des arbres grâce aux recherches des internautes. © Capture d’écran Ecosia

Attention : s’ils proposent tous une interface permettant de surfer sur le web, il ne s’agit pas de moteurs de recherche à proprement parler. Ces entreprises utilisent principalement les index de recherche de Google ou de Bing – et donc leurs serveurs – pour proposer des résultats aux utilisateur·ices. Ecosia utilise également l’index de recherche européen EUSP, que l’entreprise développe avec Qwant depuis 2024. «Ce sont des intermédiaires. C’est un point important, car dès lors qu’on ajoute un intermédiaire entre le moteur de recherche et l’utilisateur, on ajoute des impacts. Notamment de nouveaux serveurs, mais aussi des bureaux, des salariés, des déplacements…», appuie Frédéric Bordage.

Ecosia a construit deux centrales photovoltaïques en Allemagne qui permettent, selon le groupe, de compenser 100% des recherches lancées sur son interface grâce à de l’énergie renouvelable. De son côté, Ecogine dédie 5% de ses revenus à de la compensation carbone. Des dispositifs là encore centrés sur les émissions de GES, qui laissent de côté toutes les autres sources de pollution. «Celles-ci sont pourtant ultra-majoritaires dans l’empreinte environnementale du numérique», rappelle le fondateur de Green IT.

Des financements qui reposent sur la publicité

Par ailleurs, ces entreprises génèrent des revenus grâce à la publicité. Concrètement, elles nouent des partenariats avec Google ou Bing, qui leur versent une certaine somme lorsqu’une publicité s’affiche en haut des résultats de recherche, voire lorsque l’internaute clique dessus. Sachant que les utilisateur·ices ne cliquent pas toujours sur les pubs, Ecosia considère qu’il faut en moyenne 45 recherches pour générer l’argent nécessaire à la plantation d’un arbre.

Il semble contradictoire pour des entreprises qui disent agir pour la planète de fonctionner grâce à un modèle qui encourage la publicité – et donc la consommation. «C’est un modèle archaïque, estime Frédéric Bordage. Aujourd’hui, nous sommes nombreux à ne plus souhaiter avoir des publicités intempestives, d’ailleurs beaucoup de gens ont un bloqueur de pub. Dans ce cas-là, utiliser un moteur de recherche comme Ecosia ou Lilo est totalement contreproductif.»

Faut-il pour autant abandonner ces moteurs de recherche alternatifs ? On pourrait estimer que le financement de projets environnementaux et d’associations justifie les serveurs et les infrastructures supplémentaires. D’autant que ces interfaces permettent aux internautes d’agir sans changer leurs habitudes. Frédéric Bordage n’est pas de cet avis : «Si on souhaite vraiment œuvrer pour la planète, on n’a pas besoin de choisir un moteur de recherche qui rajoute des impacts environnementaux. Je conseille plutôt d’utiliser l’un des trois grands moteurs de recherche, Google, Bing ou Yahoo, et de soutenir en parallèle des associations, via des dons.»

D’autres leviers en tant qu’utilisateur

Le changement de moteur de recherche n’est pas l’unique action possible sur internet. L’Agence de la transition écologique (Ademe) suggère de diminuer le nombre de pages consultées grâce à des mots-clés précis lors de nos recherches, et de saisir directement l’adresse du site dans la barre de navigation. Cela permet une économie de cinq kilos équivalent CO2 par an, l’équivalent d’environ 40 kilomètres parcourus en voiture thermique. Attention aussi à limiter l’usage de l’intelligence artificielle générative : une requête sur l’IA consomme dix fois plus d’énergie que sur Google, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Enfin, comme le rappelle Green IT, la moitié des impacts du numérique est liée à la fabrication de nos équipements. Les actions individuelles les plus efficaces se situent donc à ce niveau : s’équiper en fonction de ses besoins réels, faire durer ses appareils le plus longtemps possible et favoriser la seconde main ou les appareils reconditionnés.

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