La Commission européenne a annoncé appliquer provisoirement l’accord commercial UE-Mercosur, vendredi. Une décision qui fait l’unanimité contre elle. Pour rappel, ce texte vise à supprimer l’essentiel des barrières douanières entre l’Union européenne et quatre pays d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay). Au risque que l’arrivée de denrées agricoles peu chères déstabilise le marché européen et menace – notamment – les éleveur·ses de bovins.
«C’est un coup de force», dénonce une coalition européenne de plus de 200 collectifs de la société civile opposée à ce traité de libre-échange. «L’application provisoire de l’accord UE-Mercosur est un scandale démocratique inacceptable», appuie Maxime Combes, co-animateur du collectif national Stop Mercosur. L’économiste rappelle que le texte «le plus nocif jamais négocié par l’UE, mais aussi le plus contesté, n’a pas de majorité acquise au sein du Parlement européen».

Le traité, signé le 17 janvier, avait effectivement été suspendu le 21 janvier par le Parlement européen. Les eurodéputé·es avaient demandé à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) d’évaluer sa conformité avec les traités de l’Union, un processus qui doit prendre plusieurs mois. La Commission européenne avait toutefois la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire après sa ratification par des pays du Mercosur, ce que l’Argentine et l’Uruguay ont fait jeudi.
Le mois dernier, le média Contexte a révélé que le Conseil de l’UE s’était discrètement prononcé pour une application provisoire du volet commercial de l’accord, tant que le Parlement européen ne s’était pas exprimé. Cette partie du texte – qui est pourtant la plus contestée – va aujourd’hui être mise en application. «Habituellement, ces clauses sont adoptées pour fluidifier les choses sur des sujets consensuels ou sans enjeu ; faire ça sur un sujet aussi sensible, c’est inédit», expliquait à Vert l’eurodéputé Renew (le camp macroniste) Pascal Canfin, opposé à l’accord.
La porte-parole de la Confédération paysanne, Fanny Métrat, s’indigne auprès de la presse de la décision de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. «On assiste de plus en plus à une prise de pouvoir de la Commission européenne, regrette-t-elle. On sent le Parlement très isolé et on met à mal tous les outils démocratiques de l’Europe. Trump nous mène droit dans le mur et on sent bien que l’Europe prend le même chemin.»
Colère et stupeur des syndicats agricoles
Le syndicat agricole marqué à gauche s’oppose depuis plus de vingt ans à cet accord de libre-échange, dans lequel il voit «un non-sens dans un contexte de dérèglement climatique». Il dénonce les conséquences de ce traité : des prix tirés vers le bas pour les paysan·es et un abaissement des normes sanitaires et environnementales. Les produits importés d’Amérique du Sud risquent d’amener dans nos assiettes des pesticides et OGM interdits en Europe.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, le premier syndicat agricole en France, s’en est aussi pris à la présidente de la Commission européenne, promettant de rester «mobilisé» contre «ce qui se passe en Europe». «C’est un déni de démocratie. La présidente de la Commission, Mme von der Leyen, s’assoit sur le Parlement de manière très claire, et d’ailleurs aussi sur la Cour de justice de l’Union européenne», a-t-il asséné pendant le salon de l’agriculture à Paris. Pierrick Horel, le président des Jeunes agriculteurs (JA), allié historique de la FNSEA, a également exprimé sa «colère» et sa «stupeur». Il prédit «une réaction vigoureuse du monde agricole européen».
Les syndicats agricoles avaient déjà manifesté en fin d’année dernière et en début d’année 2026 pour rappeler leur opposition à ce traité. La France, aux côtés de la Pologne, avait exprimé de fortes réserves au niveau européen. De son côté, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a affirmé : «C’est une décision que je regrette.»
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