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Le Parlement européen suspend la ratification de l’accord UE-Mercosur : «une très belle victoire» pour les opposants

Désaccord majeur. Lors d'un vote extrêmement serré, les eurodéputé·es ont décidé de saisir la Cour de justice de l'Union européenne afin qu'elle vérifie la compatibilité de l'accord avec les traités européens. Le processus de ratification est suspendu le temps que les juges se prononcent, ce qui peut durer jusqu'à 18 mois.
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Après avoir franchi plusieurs étapes décisives ces dernières semaines, le projet de partenariat entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) vient de connaître un important coup d’arrêt. À 334 voix pour, 324 voix contre (et 11 abstentions), les parlementaires européen·nes ont adopté une résolution demandant à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de vérifier la conformité de l’accord avec les traités européens. Le processus de ratification est automatiquement suspendu le temps que les juges se prononcent, ce qui peut durer jusqu’à 18 mois.

«Hourras» dans l’hémicycle

Ce projet d’accord, qui consiste notamment à supprimer les barrières douanières entre les deux zones, a largement fracturé les eurodéputé·s (le détail du vote). La gauche et le centre ont majoritairement voté pour, contrairement à la droite et à l’extrême droite. L’Allemagne et une partie des Italien·nes ont voté contre la résolution, tandis que les élu·es tricolores ont quasi unanimement voté en sa faveur. «C’est une très belle victoire», a exulté l’eurodéputé Renew (Renaissance) Pascal Canfin à l’issue du vote.

«Ce vote envoie un message clair : l’Europe ne peut pas continuer à sacrifier son agriculture, sa santé et son climat sur l’autel du libre-échange», s’est félicitée de son côté l’eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont. Elle rappelle que l’accroissement des échanges agricoles entre l’Union européenne et le Mercosur présente un risque non négligeable d’aggraver la déforestation en Amérique du Sud, tandis que des molécules interdites en Europe mais autorisées au sein du Mercosur (hormones de croissance, pesticides, OGM…) menacent d’arriver dans nos assiettes (notre article).

Strasbourg, mardi. À l’appel du syndicat agricole FNSEA, des centaines d’agriculteur·ices ont manifesté contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. © Abdesslam Mirdass/Hans Lucas/AFP

Tandis que des «hourras» retentissaient dans l’hémicycle, plusieurs centaines d’agriculteur·ices venu·es manifester à Strasbourg (Bas-Rhin) ont aussi laissé éclater leur joie. «Nous venons de gagner le temps nécessaire pour finir de convaincre les eurodéputés de rejeter l’accord lui-même. Depuis des mois, la Confédération paysanne se mobilise pour faire entendre la nocivité d’un accord perdant pour toute la paysannerie en Europe et dans les pays du Mercosur», a appuyé Stéphane Galais, porte-parole du syndicat français marqué à gauche.

Et maintenant ?

Désormais saisie de cet épineux dossier, la CJUE est libre de vérifier chaque aspect du projet de partenariat, qui totalise plus de mille pages. Si elle constate qu’il n’est pas compatible avec un ou plusieurs traités européens, celui-ci ne pourra pas entrer en vigueur sans avoir été modifié. Au début du mois, le média Contexte avait révélé que le Conseil de l’UE s’était discrètement prononcé pour une application provisoire du volet commercial, tant que le Parlement européen ne s’était pas exprimé. «Toute application provisoire de l’accord serait un scandale démocratique inacceptable, bafouant le parlementarisme et les institutions européennes», a prévenu le collectif citoyen Stop CETA-Mercosur, mercredi.

Dans leur saisine, les eurodéputé·es se concentrent sur plusieurs points en particulier. Elles et ils questionnent par exemple le «découpage» de l’accord en deux textes distincts (politique et commercial), dont la principale conséquence est de permettre l’adoption du volet commercial – le plus contesté – sans consultation des parlements nationaux. L’Union européenne est autorisée à négocier seule les sujets commerciaux. Tandis que l’autre volet, qui porte sur une meilleure coopération globale entre les deux zones (en matière de terrorisme, d’éducation ou de droits), nécessite d’être validé à l’unanimité par les États membres (au Conseil européen), avant d’être voté par le Parlement européen, puis ratifié par les parlements nationaux.

Les parlementaires s’interrogent également sur une clause du volet commercial appelée «mécanisme de rééquilibrage», qui prévoit que si une loi prise après son entrée en vigueur affecte les échanges, la partie lésée peut demander compensation. Les eurodéputé·es craignent que ce mécanisme touche en particulier des lois à visées environnementales telles que la (future) loi européenne contre la déforestation importée. Ce faisant, elles et ils estiment que le mécanisme de rééquilibrage pourrait fragiliser la souveraineté de l’UE en la dissuadant de prendre de nouvelles lois.

Enfin, les élu·es se demandent si la mise en œuvre de l’accord ne va pas à l’encontre du principe de précaution. Cette doctrine inscrite dans le traité de fonctionnement de l’UE donne aux institutions européennes le droit – et le devoir – d’agir pour prévenir des risques graves, même si les connaissances scientifiques ne sont pas encore établies.

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