Label Vert

Enercoop, Ekwateur, Octopus Energy… Que valent vraiment les offres d’électricité «verte» ?

Dans l’essence du courant. Les fournisseurs d’électricité proposent presque tous des offres dites «vertes». On vous explique de quoi il s’agit vraiment et on vous aide à repérer le greenwashing.
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Malgré le développement des énergies renouvelables, la production d’électricité reste fortement émettrice de gaz à effet de serre (GES). En France, où le nucléaire est majoritaire dans le mix énergétique, le secteur représente seulement 9% des émissions nationales, selon les statistiques gouvernementales. Mais, à l’échelle de l’Union européenne (UE) – plus pertinente pour analyser ce secteur puisque le réseau électrique est interconnecté –, la situation est bien différente. La production d’électricité constitue le premier poste d’émissions de GES : elle représente 36% des émissions de CO2, soit 926 millions de tonnes rejetées dans l’atmosphère chaque année, devant les transports et l’industrie.

Si la priorité reste de réduire la consommation globale d’électricité, le choix des sources de production demeure un levier important pour limiter les émissions. Dans l’UE, les énergies renouvelables – solaire, éolien, hydraulique, biomasse ou géothermie – progressent et représentaient 48% de l’électricité produite en 2024. Elles devancent désormais les combustibles fossiles (29%) et l’énergie nucléaire (23%). Pour poursuivre leur développement – indispensable afin de respecter les objectifs de l’Accord de Paris –, les fournisseurs proposent aux particulier·es des offres d’électricité dites «vertes». Mais que recouvre réellement cette appellation ?

Réseau électrique européen et garanties d’origine

Pour comprendre, il faut d’abord saisir le fonctionnement du réseau électrique. Lorsqu’un producteur génère de l’électricité, il en informe le gestionnaire du réseau de transport (RTE, en France). De leur côté, les fournisseurs (EDF, Enercoop, Octopus, Ekwateur…), qui proposent des offres mais qui produisent rarement de l’électricité, estiment la consommation de leurs client·es et signalent leurs besoins à RTE. Ce dernier veille alors en permanence à l’équilibre entre production et demande.

Près de 70% des offres d’électricité commercialisées en France se présentent aujourd’hui comme «vertes». © Esteban Grépinet/Vert

Vient enfin le gestionnaire du réseau de distribution (Enedis, en France), qui achemine le courant jusqu’aux consommateur·ices et entretient le réseau. «Le fournisseur joue donc un rôle d’intermédiaire financier entre le producteur et le consommateur», résume Ivan Debay, président de l’association Qui est vert ?, qui promeut l’électricité renouvelable.

Autre élément clé : une fois injectée dans le réseau, toute l’électricité se mélange, quelle que soit son origine – renouvelable, fossile ou nucléaire. De plus, le réseau étant interconnecté à l’échelle européenne, l’électricité consommée chez soi peut provenir de multiples sources : une centrale à charbon allemande, des éoliennes belges ou une centrale nucléaire française. Dès lors, comment certains fournisseurs peuvent-ils affirmer fournir une électricité 100% renouvelable et d’origine française ? La réponse tient dans un système de certificats appelé garanties d’origine (GO).

Les garanties d’origine sont émises pour chaque mégawattheure (MWh) d’électricité renouvelable produit et injecté dans le réseau. Comme une carte d’identité, ces documents électroniques précisent la technologie utilisée (solaire, éolien, hydraulique…), l’installation de production, sa localisation ou encore sa date de mise en service.

Les fournisseurs achètent ces certificats pour leurs offres vertes. Mais cela ne signifie pas que l’électricité consommée chez soi provient directement d’une source renouvelable. «Il s’agit d’un système d’équivalence : pour 1 MWh consommé, les garanties d’origine attestent qu’1 MWh d’électricité renouvelable a bien été produit et injecté», explique Ivan Debay.

Quelle offre verte choisir ?

Selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), près de 70% des offres d’électricité commercialisées en France se présentent aujourd’hui comme «vertes». Autrement dit, elles reposent sur l’achat de garanties d’origine. Pour Ivan Debay, cette demande joue un rôle positif : «Si les consommateurs se tournent massivement vers les énergies renouvelables, cela renforce la compétitivité du secteur et stimule les investissements.»

Mais le mécanisme présente aussi certaines limites, souligne Johann Thomas, coordinateur scientifique et technique à l’Ademe : «Lorsqu’ils achètent des garanties d’origine, les fournisseurs ne se procurent pas toujours l’électricité associée. La garantie d’origine assure simplement qu’une certaine quantité d’électricité renouvelable a été injectée dans le réseau. Ils peuvent donc acheter des GO et se dire verts, tout en continuant par ailleurs à acquérir de l’électricité produite à partir d’énergies carbonées.»

Pour renforcer la transparence et restaurer la confiance des consommateur·ices, l’Ademe s’est associée à l’Association française de normalisation (Afnor) et à plusieurs acteurs français de l’énergie pour créer, en 2021, le label Vertvolt. «Nous analysons à la fois les garanties d’origine et les achats d’électricité des fournisseurs afin de vérifier leur cohérence», indique Johann Thomas, qui pilote le dispositif. Le label distingue deux niveaux d’engagement.

Une offre est dite «engagée» si le fournisseur achète des garanties d’origine françaises, qui assurent donc que l’électricité renouvelable a été produite sur le territoire. Elle devient «très engagée» si au moins 30% de cette électricité provient d’installations n’ayant pas bénéficié de subventions publiques ou ayant une gouvernance partagée avec des citoyen·nes ou des collectivités. «L’objectif est de valoriser les fournisseurs qui s’approvisionnent auprès de producteurs ayant des modèles coopératifs, par exemple. Ces projets impliquent citoyens, élus et territoires et s’inscrivent souvent dans la durée», précise Johann Thomas.

En 2026, douze offres ont obtenu ou conservé le label Vertvolt. Certains fournisseurs proposent uniquement des offres labellisées : Enercoop, Octopus Energy, Volterre et Elmy Fourniture. Chez d’autres acteurs, seules certaines offres sont certifiées : Électricité 100% locale, d’Alterna Électricité ; Yéli Circuit Court, de GEG SE ; Producteurs EnR partenaires, de La Bellénergie ; Smart and Green Premium, de Mint ; ou encore Vert Électrique régional, d’EDF. Les offres ConsoVert+, de TotalEnergies, et EnRFixe+, d’Ilek, sont en cours d’analyse pour obtenir le label.

Pour autant, l’absence de certification ne signifie pas nécessairement qu’une offre verte est trompeuse. «La labellisation est volontaire : ce sont les fournisseurs qui soumettent leurs offres à l’analyse. Certains pourraient donc répondre aux critères sans avoir demandé la certification», souligne Johann Thomas.

À ce jour, Vertvolt est le seul label français permettant d’évaluer l’engagement réel des fournisseurs. Pour se faire leur propre idée, les consommateur·ices peuvent consulter les garanties d’origine associées à leur offre afin de vérifier la provenance de leur électricité – locale, nationale ou européenne. Certaines de ces GO sont accessibles directement sur les sites internet des fournisseurs. Sinon, il est possible de demander à les consulter.

«On peut aussi analyser l’ensemble des offres proposées sur le site du fournisseur pour vérifier s’il est bien cohérent vis-à-vis de l’ensemble de son portefeuille. C’est un peu facile de mettre en avant quelques offres vertes, qui sont en fait minoritaires dans l’offre globale. Le fournisseur peut alors beaucoup communiquer dessus, sans fournir un effort réel pour les énergies renouvelables», estime Ivan Debay.

Il conseille également de s’orienter vers des entreprises qui se procurent des GO provenant de centrales récentes, car cela permet de favoriser le développement des nouveaux moyens de production. Autre indicateur utile : déterminer si le fournisseur est lui-même producteur d’énergies renouvelables et s’il incite ses client·es à réduire leur consommation électrique.

Passer à une offre verte reste par ailleurs très simple : il suffit de contacter un nouveau fournisseur. Le changement s’effectue automatiquement, sans condition particulière.

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