Décryptage

«Elles ont déjà démontré leur inefficacité» : dans les Hauts-de-France, droite et extrême droite vent debout contre les éoliennes

Pales figures. Xavier Bertrand, le président de cette région à la pointe des énergies renouvelables, est en guerre contre les éoliennes. Récemment, il a soutenu plusieurs maires de l’Aisne qui s’opposent à un projet de nouveau parc. On vous explique.
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Bienvenue dans les Hauts-de-France, première région productrice d’énergies renouvelables du pays. En 2024, 11,4 térawattheures (TWh) d’électricité «propre» y ont été produits, selon des données d’Enedis. Un palmarès dû aux éoliennes, qui représentaient 26% de la production électrique régionale cette année-là, d’après l’Observatoire français de la transition écologique – contre 9% à l’échelle nationale. «Une source de fierté industrielle», se félicitent les élu·es écologistes à la Région. Cette dernière est «championne de France des énergies renouvelables malgré ses choix politiques», soulignent-elles et ils.

Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France. © European Union/2025

Pour cause : depuis 2016 et son élection comme président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand (Les Républicains) est opposé au développement de projets éoliens. En 2022, sa majorité a même voté une subvention régionale de 170 000 euros sur trois ans au profit du collectif anti-éolien Stop éoliennes Hauts-de-France, comme le rapporte Le Monde.

Dernier exemple en date : en décembre dernier, Xavier Bertrand a publié une lettre sur ses réseaux sociaux pour soutenir des maires opposé·es à un projet de parc de neuf mâts près du château de Coucy-le-Château-Auffrique (Aisne). L’ancien ministre y dénonçait une «saturation [des éoliennes] dans les Hauts-de-France» et «un développement […] non maîtrisé et totalement anarchique, trop souvent imposé aux territoires». Contacté, il n’a pas répondu à nos questions.

Sophie Boutroy, maire (sans étiquette) de Coucy-le-Château-Auffrique, ne décolère pas : «Nous sommes totalement contre ce projet. On ne veut pas être défigurés.» Cette opposante de la première heure explique que, «depuis le château, on voit déjà beaucoup d’éoliennes. Je pense qu’on est déjà largement servis dans la région.»

Le château de Coucy, à Coucy-le-Château-Auffrique, dans l’Aisne. © Clément Gousseau/Vert

Une opposition qui donne du grain à moudre au Rassemblement national (RN). José Beaurain, député du parti d’extrême droite sur la quatrième circonscription de l’Aisne, affirme : «Les énergies renouvelables coûtent une fortune et défigurent les paysages de sites classés. Les éoliennes ont déjà démontré leur inefficacité. Je suis contre toutes ces installations.»

Une production en deçà des ambitions françaises

Les chiffres le contredisent : en France, la production éolienne est passée de 9,7 TWh en 2010 à 46,8 TWh en 2024, selon le gestionnaire du réseau, RTE. Et, selon une récente évaluation du syndicat des énergies renouvelables, les retombées fiscales locales issues de l’éolien terrestre étaient estimées à 239,7 millions d’euros en 2024.

La région Hauts-de-France revêt un caractère essentiel pour la production d’énergie renouvelable française. La Somme, le Pas-de-Calais et l’Aisne sont les trois départements qui produisent le plus d’énergie éolienne, selon des données de 2022. Un rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) soulignait que la région présentait «un territoire attractif et compétitif pour développer la filière éolienne, avec un potentiel de vent de qualité». Et de préciser que les éoliennes constituaient la deuxième source de production électrique locale, après le nucléaire. Au niveau national, l’éolien est la troisième source de production électrique, derrière l’hydraulique et le nucléaire.

Des éoliennes dans le Pas-de-Calais. © Adobe stock

Toutefois, cette production est insuffisante pour atteindre les ambitions françaises en matière de renouvelable. Le parc éolien doit passer de 24 gigawatts installés en 2025 à 35-40 gigawatts en 2035, selon les objectifs de la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Un chiffre en baisse de 10% par rapport aux précédentes versions de la PPE (notre article). De même source, la France ne dispose que du quatrième parc éolien européen. Elle est censée atteindre, d’ici 2030, l’objectif de 33% d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie, selon la loi relative à l’énergie et au climat de 2019.

Des data centers très énergivores

Dans les Hauts-de-France, la situation est paradoxale. En 2018, la Région annonçait vouloir réduire de 20% sa consommation régionale d’énergie d’ici 2030, selon une lettre de Xavier Bertrand au ministre de la transition écologique de l’époque, François de Rugy, publiée par Reporterre. Tout en affirmant vouloir arrêter le développement de l’éolien, il ambitionnait de «doubler la part d’énergies renouvelables à horizon 2030», en soutenant notamment les projets de méthanisation. Une énergie reconnue comme renouvelable en France, dont l’intérêt écologique est toutefois sujet à controverses.

Cette position semble contraire aux objectifs industriels de la Région, qui se rêve en nouvelle place forte des data centers. Des centres de données nécessaires au déploiement de l’intelligence artificielle et particulèrement énergivores. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les data centers consomment actuellement environ 2 à 3% de l’électricité mondiale, un chiffre en constante augmentation.

Face aux critiques, Xavier Bertrand déplore une mauvaise répartition des installations éoliennes sur le territoire national. Il souligne que sa région ne «représente que 6% du territoire national» et qu’elle concentre «plus de 28% des éoliennes installées en France». Des chiffres confirmés par la Dreal. Rapplons que la région Grand Est occupe également une part important du parc éolien français, avec 464 éoliennes installées en 2023 – contre 575 dans les Hauts-de-France.

En décembre, les élu·es écologistes appellaient la Région à prendre «à bras-le-corps [le sujet de l’éolien], à la pointe de la transition énergétique pour le territoire». Elles et ils plaidaient pour un «soutien massif à ce secteur, en concertation avec les collectivités et les populations locales et dans le respect de la biodiversité».

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