
Les investissements les plus polluants sont aussi les plus rentables, comme l’avait expliqué à Vert l’économiste Quentin Parrinello, de l’Observatoire international de la fiscalité. Les ultrariches ne s’y trompent pas. Les plus grandes banques non plus, relève – une fois encore – le bilan de 2025 du rapport Banking on climate chaos («miser sur le chaos climatique», en français), publié ce mardi par huit ONG, dont Oil change international et Reclaim finance.
«Nombre de ces banques continuent d’investir leur argent – et le nôtre – dans le système énergétique fondé sur les combustibles fossiles, qui est devenu une source d’immense richesse pour une minorité, tout en constituant une source de vulnérabilité de plus en plus profonde pour l’ensemble de la population», écrivent ses auteur·ices.
9 000 milliards de dollars investis depuis l’Accord de Paris
Dix ans après la signature de l’Accord de Paris fin 2015, par lequel 200 pays se sont engagés à lutter contre le réchauffement climatique, le rapport des huit ONG chiffre à près de 9 000 milliards de dollars (7 800 milliards d’euros) les sommes investies en dix ans dans les énergies fossiles par les 65 plus grandes banques du monde.
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Même si 26 d’entre elles ont (légèrement) réduit leurs investissements dans ce secteur en 2025, les autres ont misé encore plus, de sorte que les montants totaux investis ont grimpé de 8% par rapport à 2024, atteignant 906 milliards de dollars (785 milliards d’euros).

Une douzaine de banques sont responsables à elles seules de 40% des investissements recensés. En particulier les banques étasuniennes qui trustent le classement avec de grands noms tels que JPMorgan Chase (n°1), Bank of America (n°2), Citigroup (n°5), Wells Fargo (n°6), Morgan Stanley (n°10) ou encore Goldman Sachs (n°11).
Parmi ces 906 milliards de dollars, plus de la moitié ont été dédiés spécifiquement à l’expansion du secteur – c’est-à-dire au financement de nouveaux projets –, soit une hausse de 27% par rapport à 2024. «Le financement de l’expansion est particulièrement déterminant, car il verrouille pour des décennies des émissions de carbone futures, relève le rapport. Chaque dollar investi aujourd’hui dans de nouvelles capacités pétrolières, gazières ou charbonnières prolonge le système.»
Surtout, «cette hausse est directement incompatible avec l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et la limitation du réchauffement climatique à 1,5°C» d’ici 2100, soit l’objectif de l’Accord de Paris, rappelle le rapport. L’Agence internationale de l’énergie a conclu dès 2021 que l’atteinte de ces objectifs nécessitait de mettre fin «dès maintenant» à tout nouveau projet d’énergie fossile.
La France, paradis des financements fossiles
Même si la France a décidé (pour l’instant) de cesser d’exploiter les hydrocarbures de son sous-sol et a planifié la fin de leur utilisation d’ici à 2050, le pays n’est pas en reste sur le financement du secteur. Loin derrière les États-Unis, la Chine et le Canada, la France figure en très bonne place parmi les pays qui accueillent le plus de transactions financières liées aux énergies fossiles (devant les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite).
Une situation liée notamment à quatre généreuses banques françaises – Société générale (n°29), Crédit agricole (n°30), BNP Paribas (n°33) et BPCE (n°36) – qui ont accordé la bagatelle de 39,5 milliards de dollars (34,2 milliards d’euros) de financements au secteur des énergies fossiles en 2025.

La plupart ont baissé leurs financements, à l’exception de la Société générale, qui a non seulement augmenté ses soutiens à la production pétrolière et gazière (+29%) mais aussi doublé ceux aux centrales à gaz et aux infrastructures de transport (pipelines). Société générale est également le premier soutien de l’entreprise pétrogazière TotalEnergies en 2025.
TotalEnergies, cinquième plus gros emprunteur
Si la France figure en bonne place parmi les pays qui accueillent les plus grosses transactions financières, c’est aussi grâce à son champion tricolore, TotalEnergies. En 2025, l’entreprise s’est hissée au rang de cinquième plus emprunteuse du secteur, avec près de 17 milliards de dollars récoltés (14,7 milliards d’euros), soit près du double de 2024. Un bond lié au lancement de grands projets controversés, dont le méga-pipeline EACOP, en cours de construction à travers l’Ouganda et la Tanzanie.










