
Alors que la France a enduré lundi la troisième journée la plus chaude de son histoire, selon Météo-France (derrière le 25 juillet 2019 et le 5 août 2003), plusieurs sites nucléaires devront fonctionner à bas régime cette semaine pour ne pas aggraver la situation… des fleuves. Le Rhône, la Garonne ou la Gironde sont déjà en surchauffe et le prélèvement puis le rejet – à quelques degrés de plus – d’énormes quantités d’eau destinées à refroidir les réacteurs nucléaires risquerait de nuire à l’écosystème aquatique ou d’empêcher certains usages (l’eau potable ne peut pas être captée au-delà de 25°C, par exemple).
«Chaque centrale doit se conformer à des limites de température fixées fleuve par fleuve, c’est une réglementation environnementale qui n’est pas liée à la sécurité des centrales», précise EDF à Vert. Dès ce mardi, la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) est mise à l’arrêt pour épargner la Garonne, tandis que l’un des réacteurs du Bugey (Ain), au bord du Rhône, voit sa production divisée par cinq, a annoncé l’entreprise. La menace plane désormais sur les sites de Saint-Alban (Isère) et du Blayais (Gironde).
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Avec l’aggravation du réchauffement planétaire, ces «indisponibilités climatiques» sont désormais récurrentes l’été. «Depuis 2015, c’est tous les ans», remarque même Thibault Laconde, fondateur de l’entreprise Callendar, spécialisée dans les risques climatiques. Pour l’instant, les aléas de 2026 ne sont ni précoces, ni records : «En 2022, le site du Blayais avait été impacté dès le début du mois de mai ; et c’est l’année 2020 qui détient le record d’arrêts climatiques, avec une perte de production de plus de trois terrawattheures», soit environ deux jours de consommation électrique française, analyse Thibault Laconde.
Boom de la climatisation
Cette baisse de la production nucléaire intervient alors que les climatiseurs tournent à plein régime, faisant décoller la consommation française. Selon le gestionnaire de réseau RTE, ces appareils ont conduit à une surconsommation de 12 gigawatts (GW) «par rapport à une période équivalente avec des températures de saison» – soit environ la puissance de onze réacteurs nucléaires français. Lundi à 19 heures, la consommation a atteint un pic à 57 GW. C’est loin des pics de consommation hivernaux, qui approchent les 100 GW, mais proche du record de consommation estival de 60 GW, atteint le 1er juillet 2025.
La situation n’appelle toutefois «aucune vigilance particulière» car «les moyens de production permettront de couvrir les besoins des Français», assure RTE à Vert. De fait, «on bat des records de production solaire», constate Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie Omnegy. Au cours de la journée de lundi, les panneaux photovoltaïques se sont imposés comme la deuxième source de production du pays (derrière le nucléaire), couvrant jusqu’à 30% des besoins de consommation. «On ne peut pas en dire autant de l’éolien, qui pâtit de l’absence de vent et produit deux fois moins que les semaines passées», remarque l’expert en énergie.
Dans ce contexte, ce sont les centrales à gaz qui prennent le relais, le soir venu. «Quand il n’y a pas de production solaire, l’équilibre offre/demande est un peu plus compliqué à tenir», estime Nicolas Leclerc. Depuis le début de la vague de chaleur mi-juin, les centrales à gaz ont ainsi couvert jusqu’à 7% de la consommation électrique le soir, contre 0% début juin. Le bilan carbone de l’électricité française s’en trouve mécaniquement alourdi : lundi, il est passé de 12 grammes de dioxyde de carbone par kilowattheure (gCO2/KWh) produit le midi à près de 45 grammes le soir, selon RTE. En comparaison, ce seuil n’a jamais dépassé 16 gCO2/KWh le 1er juin. De quoi tordre le cou à celles et ceux qui nient l’impact environnemental des climatiseurs, à commencer par le Rassemblement national, qui défend un grand plan de climatisation du pays.










