La France officialise sa nouvelle stratégie bas carbone : toujours plus ambitieuse… et toujours moins crédible

Flan sur la comète.
En gestation depuis plusieurs années, la nouvelle stratégie française pour atteindre la neutralité carbone a (enfin) été officialisée ce week-end. Les objectifs y sont toujours plus exigeants, alors que les émissions du pays baissent de moins en moins vite. Et, à l'issue d'un second quinquennat Macron fait de reculs environnementaux, plus rien ne permet d'assurer qu'elle pourra être mise en œuvre.
Monique Barbut, ministre de la transition écologique, le 3 juillet dernier, à Paris. © Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP

On ne l’attendait plus, ou presque. Ce samedi, la nouvelle stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France est enfin entrée en vigueur. Cette feuille de route, troisième du genre, est censée mettre le pays sur la voie de la neutralité carbone à 2050 – soit l’équilibre entre le carbone émis et celui absorbé par l’atmosphère – grâce à l’établissement d’objectifs chiffrés et datés, secteur par secteur, jusqu’en 2038 (la SNBC 2 s’arrêtait en 2033).

Cruciale, cette SNBC 3 était attendue depuis 2024 au moins, car elle intègre les «nouveaux» objectifs climatiques européens – déjà rehaussés depuis 2021 pour certains : 55% de baisse d’émissions dès 2030 et 90% en 2040 par rapport à 1990. Mais, comme la plupart des textes relatifs au climat et à l’environnement ces dernières années, elle a eu toutes les peines du monde à se frayer un chemin jusqu’au Journal officiel, faute de soutien politique.

Empreinte carbone en chute libre

Pourtant, le texte publié samedi n’a pas varié ou presque depuis le projet présenté en décembre 2025, à grands renforts d’éléments de langage technosolutionnistes et résolument anti-bobo (notre article). Pour tenir la cible finale, la SNBC vise, comme prévu, un recul global des émissions de 5% par an sur la période 2024-2038. Ce, alors que les émissions françaises n’ont baissé que de 3% en 2024 et de 2,1% en 2025, d’après les chiffres officiels.

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Nouveauté par rapport à la SNBC 2, la nouvelle stratégie fixe aussi un objectif de baisse de l’empreinte carbone de la France – qui inclut également les émissions générées par ses importations –, compris entre -71% et -79% d’ici 2050 par rapport à 2010. L’objectif est de ramener l’empreinte moyenne d’un·e Français·e entre 2,3 et 3,1 tonnes de CO2 équivalent (CO2e) par habitant·e, contre 8,2 tonnes en 2024.

Pour y parvenir, le plan vise à se passer de charbon à horizon 2030, de pétrole d’ici à 2045 et de gaz fossile en 2050, comme officialisé il y a plusieurs mois déjà. Le plan d’électrification de l’économie lancé en avril doit permettre en grande partie de se passer des fossiles.

Transports, industrie, agriculture… au rapport

Déclinée par secteur, la SNBC 3 vise par exemple la «quasi-neutralité» carbone dans les transports en 2050, grâce à la montée en puissance des biocarburants, de l’électrification et de la sobriété. Elle table sur 66% de voitures et 90% d’autobus électriques dans les ventes de véhicules neufs d’ici 2030. Pour l’industrie, le texte mise sur un recul de 70% des émissions d’ici 2030 et de 96% d’ici 2050, à travers l’électrification, la sobriété et la captation du carbone, notamment.

Pour l’agriculture, elle ambitionne une baisse des émissions de 26% d’ici 2030 et de 53% d’ici 2050 par rapport à 1990. Cela devra passer par un recul des émissions des troupeaux et des déjections animales, et par une baisse de celles des engins et des infrastructures agricoles. Sont évoquées une vague «limitation de la consommation de viande et de charcuterie et une réduction de la consommation de viande importée», mais sans objectif chiffré – trop sensible –, même si l’élevage constitue à lui seul près de 12% des émissions françaises.

Avec quel argent ?

Si le texte demeure formidablement ambitieux sur le papier, rien ne permet d’assurer qu’il sera mis en œuvre. La question des moyens financiers, par exemple, reste entière, dans un contexte budgétaire fortement contraint. Dès mars 2026, le Haut Conseil pour le Climat avait estimé en conséquence que la question de «la crédibilité [du plan] se pose». Pour tenir les promesses du gouvernement, il avait préconisé que la feuille de route soit «étroitement coordonnée avec la planification budgétaire». En clair, que soient précisés «année après année les mesures mises en œuvre et les moyens associés». Une idée que le gouvernement n’a pas retenue à ce stade.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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