Devoir de vigilance : TotalEnergies condamnée à prévenir les risques climatiques liés à l’utilisation de ses carburants

Des libérés.
Dans un jugement qui fera date, la justice a estimé que la multinationale pétrogazière manque à son devoir de vigilance tant qu’elle n’intègre pas mieux les conséquences climatiques de ses activités. Les juges lui donnent six mois pour décrire et prévenir les risques liés à la combustion des énergies fossiles qu'elle extrait, ce qu’elle a toujours refusé de faire.
Paris, le 10 février 2025. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. © Ludovic Marin/AFP

En pleine canicule, TotalEnergies se prend une douche froide ! Ce jeudi, le géant français des énergies fossiles a été condamné par le tribunal judiciaire de Paris pour manquement à son devoir de vigilance climatique, dans un contentieux qui l’opposait depuis 2020 à plusieurs ONG (Notre Affaire à tous, Sherpa, France nature environnement) et à la Ville de Paris.

Après y avoir consacré deux jours d’audience en février – un délai hors normes pour ce genre d’affaire –, le tribunal vient de donner raison aux quatre requérantes dans leur interprétation du devoir de vigilance, tel qu’instauré en mars 2017 par la loi du même nom.

Cet article est en accès libre.

Je fais un don

Pour la première fois, le juge reconnaît notamment que la prévention des «atteintes graves» aux humains et à l’environnement qui incombe à la multinationale doit également prendre en compte les risques climatiques liés à ses activités.

Plus important encore, il ajoute que cette responsabilité climatique s’étend non seulement à ses émissions directes de gaz à effet de serre – liées au fonctionnement de ses propres installations – mais aussi indirectes (scope 3), c’est-à-dire à la combustion des produits pétroliers et gaziers qu’elle extrait et met sur le marché.

90% des émissions «oubliées» par TotalEnergies

Jusqu’ici, TotalEnergies a toujours vivement refusé d’intégrer les émissions de scope 3 à son plan de vigilance, arguant qu’elles étaient de la seule responsabilité de ses client·es. Elles ont pourtant représenté 90% de ses émissions en 2024.

Pour le tribunal, TotalEnergies est au contraire bien «en mesure d’exercer une influence» sur ces émissions qui font «partie des incidences négatives résultant de la propre activité du groupe». «Il n’est pas contesté que l’extraction du pétrole ou du gaz est destiné à être mis sur le marché et à être consommé [sic]», cingle-t-il dans sa décision, insistant sur le «lien de causalité très fort qui existe entre l’extraction du pétrole et sa combustion, et partant, des émissions de gaz à effet de serre».

En conséquence, le tribunal donne six mois à la société pour compléter son plan de vigilance «en ajoutant les émissions de gaz à effet de serre de scope 3 dans la cartographie des risques et les mesures les concernant». «C’est fondamental», insiste Sébastien Mabile, avocat des requérant·es. «Si TotalEnergies doit prendre en compte le scope 3, toutes les entreprises soumises au devoir de vigilance vont être tenues de le faire aussi», se félicite-t-il.

Le juge donne rendez-vous à l’entreprise le 21 janvier 2027 pour vérifier la teneur des mesures mises en œuvre. Si elles sont jugées insuffisantes, le tribunal pourra prononcer une nouvelle condamnation. 

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

Chez Vert, l’écologie est à la Une tous les jours et pas seulement quand il fait chaud.

Climat, biodiversité, santé et désinformation : vous pouvez compter sur nous pour rafraîchir la mémoire de tout le monde quand viendront les élections. On n’y arrivera qu’avec vous !

Objectif : + 5 000 membres du Club d’ici le 30 juin pour créer ensemble un journalisme qui nous protège.

C'est parti