C’est officiel, il est désormais plus simple de tirer sur les loups. Alors que 19% de la population globale française pouvait être tuée en 2025, le nombre maximum de «prélèvements» est passé à 21% de l’effectif pour 2026, soit 227 spécimens, selon un arrêté publié ce mardi au Journal officiel.
Le texte prévoit «l’assouplissement» d’autres règles qui encadrent l’abattage de canidés : il n’est par exemple plus nécessaire d’obtenir une autorisation pour un tir de défense d’un troupeau dans certaines zones très exposées, comme en Auvergne-Rhône-Alpes, une déclaration préalable au préfet suffit.

La procédure pour les «tirs de prélèvement», c’est-à-dire indépendamment de l’attaque d’un troupeau en cours, a également été allégée. L’abattage «de loups dans le milieu naturel, sauf aux fins de défense des troupeaux», est toujours interdit, mais l’arrêté supprime le carnivore de la liste française des mammifères terrestres protégés, fixée en 2007.
En mai, l’Union européenne avait déclassé le statut de protection du loup, devenu une espèce «protégée» et non plus «strictement protégée», ouvrant la porte à davantage de souplesse dans les plans de gestion du canidé par les États membres.
Pour les ONG, les autres mesures efficaces sont délaissées
L’arrêté autorise aussi, dans une certaine limite, les tirs de défense pour les éleveurs de troupeaux qui n’ont pas fait l’objet de mesures de «réduction de vulnérabilité» : enceintes protégées, systèmes d’alerte, chiens de protection… Selon un collectif d’ONG, cet ensemble de mesures «se double d’un abandon de l’incitation à la protection». En ce sens, «cela revient à renier le travail de tous les éleveurs qui ont fait les efforts d’adaptation de leurs pratiques et obtiennent des résultats probants en matière de réduction des dommages sur leur cheptel», déplorent ces associations.
Selon elles, les éleveur·ses qui tireront les loups n’y trouveront pas non plus leur compte. Cette mesure «revient aussi à laisser livrés à eux-mêmes tous ceux qui font face à l’arrivée du loup sur de nouveaux territoires, en leur faisant croire que les tirs font baisser durablement la prédation», écrivent encore les ONG.
Les organisations agricoles, dont la Fédération nationale ovine, ne sont pas non plus satisfaites de la mesure, et jugent le quota toujours trop bas, «sans impact sur le niveau de dégâts». «J’ai procédé à toutes les simplifications possibles, a commenté la ministre de l’agriculture Annie Genevard, ce mardi. S’il faut aller plus loin, il faudra modifier la loi.». Le projet de loi d’urgence agricole comporte d’ailleurs un volet «prédation», qui pourrait permettre de prendre de nouvelles mesures dans ce sens.
«Si ces mesures constituent une première réponse pour les éleveurs des territoires nouvellement prédatés, elles restent dérisoires face aux dégâts enregistrés chaque année», estimaient plusieurs organisations dont la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, lundi.
Des mesures jugées «complètement inacceptables»
D’après le ministère de l’agriculture, «selon de premières estimations, le nombre d’attaques de loup a augmenté d’environ 10%», atteignant 4 441 attaques en 2025. Les hausses d’attaques se concentrent principalement dans les nouveaux territoires d’expansion du loup, là où les élevages ne sont pas toujours préparés. D’après le dernier comptage officiel, le nombre de ces canidés en France est resté relativement stable en 2025, à 1 082 – contre 1 013 en 2024. Selon les ONG, il faudrait une population de 2 500 loups pour que l’espèce soit viable.
Un chiffre très loin de ce qu’anticipe l’arrêté. Les mesures qu’il prévoit sont «complètement inacceptables», déplore Muriel Arnal, présidente de l’association de défense des animaux One voice. Elle annonce vouloir «déposer le plus rapidement possible un recours devant le Conseil d’État». Cela «ne va rien régler, bien au contraire : il est prouvé que, quand on tue des loups, ça disperse les meutes, ce qui augmente les attaques», a-t-elle souligné.
Le choix du déclin, selon France nature environnement
Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), les territoires fréquentés par les loups de manière régulière restent stables, mais la présence plus ponctuelle de l’animal est relevée sur une plus vaste zone. L’abattage «pourra être porté à 23% en cours d’année, selon la pression de prédation constatée et l’atteinte du plafond», soit 248 loups au total, a précisé le ministère de l’agriculture ce mardi.
Un chiffre qui n’est pas anodin, selon un rapport scientifique de l’Office français pour la biodiversité et du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). «Un taux de prélèvement supérieur à 23% fait tendre sa démographie dans une dynamique de décroissance», précise-t-il. «Si on passe à 23%, la probabilité de régression numérique de l’espèce monte à 66%», s’indigne Jean-David Abel, pilote du réseau biodiversité à FNE et expert du loup. «Dire que la carabine va régler les choses, c’est un mensonge technique, éthologique et biologique, fustige-t-il. On peut tirer des loups, mais 23% de la population, c’est faire le choix de la faire décliner.»
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