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Poudre de perlimpinpin ou solution miracle ? Une start-up veut refroidir la planète à coups de géo-ingénierie solaire

Projette un froid. Une entreprise israélo-étasunienne veut tester dès avril une innovation consistant à disperser des particules réfléchissantes à haute altitude pour refroidir la Terre. Elle avance sans cadre de gouvernance clair et garde ses données et méthodes confidentielles, suscitant l’inquiétude de scientifiques.
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Une startup israélo-étasunienne de géo-ingénierie solaire s’apprête à jouer l’apprentie sorcière avec le thermostat de la Terre. Elle envisage de refroidir artificiellement la planète d’ici 2035, en dispersant des particules capables de réfléchir les rayons du soleil, tel un écran total stratosphérique.

Grâce à une récente levée de fonds de 60 millions de dollars (environ 52 millions d’euros), Stardust assure pouvoir lancer dès le mois d’avril des tests en «milieu confiné extérieur» : en conditions réelles mais sans dispersion incontrôlée. L’objectif est d’évaluer le comportement des particules à bord d’un avion à 18 kilomètres d’altitude, sans pour autant éjecter la poussière de l’appareil.

Yanai Yedvab (à droite) et Amyad Spector (à gauche), cofondateurs de Stardust, dans les locaux de l’entreprise en Israël. © Roby Yahav/Stardust

Cependant, pour son activité, l’entreprise avance sans cadre national ou international, libre de tout contrôle. Et, pour couronner le tout, même les scientifiques n’ont pas accès aux données et méthodes de Stardust, tenues secrètes. Créée en 2023, domiciliée dans le Delaware (États-Unis), la société est dirigée par des physiciens nucléaires proches du gouvernement israélien et porte le nom de code «Étoile de la Mort», en référence à Star Wars et au nom de l’arme conçue pour détruire des planètes entières dans la saga.

Sans aller jusqu’à cette vision apocalyptique, une transformation délibérée de l’atmosphère comme celle envisagée par Stardust n’a jamais été réalisée, malgré une tentative de scientifiques de Harvard en Suède, abandonnée en 2024 face à l’opposition de militant·es écologistes et de populations autochtones.

La géo-ingénierie solaire (ou solar radiation modification (SRM), soit la modification du bilan radiatif terrestre par des techniques scientifiques) est pourtant loin d’être une nouveauté. «La possibilité de modifier l’albédo terrestre [sa capacité à réfléchir la lumière solaire, NDLR] pour atténuer le réchauffement induit par le CO2 est reconnue depuis les années 1960, sur la base du refroidissement observé suite aux éruptions volcaniques et au brûlage de combustibles soufrés […] Le déploiement d’aérosols réfléchissants dans la stratosphère a été proposé au début des années 1970», relate David Keith, professeur de sciences géophysiques à l’université de Chicago (États-Unis), dans la revue Annual review of environment and resources.

Infographie réalisée par l’ONG de vulgarisation de la géo-ingénierie solaire SRM360. Elle explique le fonctionnement de l’injection d’aérosols dans la stratosphère, l’une des multiples techniques de géo-ingénierie. © SRM360

Toutefois, ce sujet a longtemps vécu dans l’ombre, avant que l’Académie nationale des sciences des États-Unis publie un rapport, en 2021, appelant le gouvernement étasunien à lancer un programme de recherche sur la gestion du rayonnement solaire pour contrer le réchauffement climatique. Dès lors, la machine s’est emballée, poussant une dizaine d’universitaires à cosigner une lettre ouverte contre les dangers de la géo-ingénierie solaire l’année suivante, depuis ralliée par 600 chercheur·ses et scientifiques.

Des risques climatiques et géopolitiques

L’une de ses initiatrices, Aarti Gupta, professeure en gouvernance environnementale à l’université Wageningen, aux Pays-Bas, souligne que «toute utilisation prolongée des injections d’aérosols de sulfate a des impacts inconnus, extrêmement incertains et très inégalement répartis selon les régions sur les systèmes climatiques» et rappelle qu’il faut des structures de gouvernance pour encadrer ces expériences.

«S’il s’agit d’une technologie susceptible de transformer la planète, nous avons besoin d’une prise de décision à l’échelle planétaire. Nous ne voulons pas d’un monde où des pays puissants pratiquent unilatéralement la géo-ingénierie solaire. Que se passerait-il si les États-Unis agissaient et que la Russie s’y opposait ?», s’interroge la professeure.

Car Stardust ne parle pas aux services météorologiques : elle s’adresse aux États. Et même très directement. «Nous souhaitons fournir aux États-Unis et aux gouvernements du monde entier les outils et les informations nécessaires pour décider du déploiement de cette technologie, qui pourrait jouer un rôle crucial dans la stabilisation des températures et la protection des populations, des écosystèmes locaux et des économies», explique à Vert Yanaï Yedvab, président-directeur général de Stardust.

Pour rassurer, l’ex-directeur scientifique adjoint de la Commission israélienne de l’énergie atomique pose une ligne rouge : «La particule doit être totalement sans danger, tant pour l’Homme que pour la biosphère. Jusqu’à présent, la plupart des recherches se sont concentrées sur les acides sulfuriques. Or, les sulfates sont toxiques, provoquent des pluies acides et endommagent la couche d’ozone. Un médecin ne prescrirait pas un médicament aux effets secondaires graves simplement parce qu’il est le plus étudié», insiste le physicien, sans donner le nom de sa matière première.

Alerte lobbying

C’est sans compter le risque d’un arrêt brutal de cette technique. «Il est aujourd’hui établi qu’une interruption du déploiement, alors que les concentrations en gaz à effet de serre restent élevées, entraînerait inévitablement un rattrapage climatique, appelé “choc terminal”,  caractérisé par un réchauffement global extrêmement rapide, bien plus rapide qu’un réchauffement progressif sans SRM», alerte l’Académie des sciences française, qui a dressé un état des lieux fin 2025.

«Le SRM est un leurre climatique. Alors même que les efforts de décarbonation de nos économies et d’adaptation de nos sociétés devront s’intensifier dans les années à venir, le déploiement du SRM risque d’être perçu comme une possible justification d’un relâchement, voire d’un report des actions nécessaires, et un facteur de fragilisation des engagements», pointe encore l’institution, qui appelle donc à «promouvoir un accord international visant à interdire toute initiative, publique ou privée, de déploiement du SRM, quel qu’en soit le cadre ou l’échelle».

«Le développement de la géo-ingénierie solaire ne devrait pas être une entreprise commerciale menée en secret et faisant l’objet de lobbying dans certains pays, comme le fait précisément Stardust», estime Daniele Visioni, enseignant-chercheur à l’université étasunienne de Cornell, spécialiste du comportement des aérosols stratosphériques.

Après avoir passé une demi-journée dans les laboratoires de l’entreprise à l’été 2024, le modélisateur en a gardé un mauvais souvenir, évoquant de nombreuses questions restées sans réponse parce qu’il a refusé de signer un accord de confidentialité. En contact avec des sénateur·ices étasunien·nes, il dit avoir eu vent de «bureaux contactés par des promoteurs de la solution très insistants». Si l’entreprise a promis de publier ses recherches début 2026, les documents se font encore attendre. Finalement, la seule chose plus opaque que ses particules réfléchissantes, c’est l’avenir que Stardust prépare en secret.

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