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Incendies records, vagues de chaleur intenses : l’Europe continue de se réchauffer deux fois plus vite que la moyenne mondiale

À l’aise, braises. Ce mercredi, l'observatoire européen Copernicus dévoile son rapport sur l’état du climat sur le continent en 2025. Voici ce qu’il faut en retenir.
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«L’Europe se réchauffe beaucoup plus vite que le reste du monde», s’alarme Dušan Chrenek, conseiller principal pour la transition numérique et écologique à la Direction générale européenne du climat. «Chaque année, nous constatons les impacts négatifs des évènements climatiques et, malheureusement, cette tendance va se poursuivre», souligne-t-il à l’occasion de la présentation du rapport de Copernicus – l’observatoire européen du climat –, publié ce mercredi.

Selon le document, presque toute l’Europe (au moins 95%) a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne en 2025. Cette année-là, le continent a subi sa deuxième vague de chaleur la plus intense jamais enregistrée. Ces analyses confirment une tendance visible depuis les années 1980 : l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Chaque décennie, la température du continent augmente de 0,56 degré, alors qu’en moyenne la planète se réchauffe de 0,27 degré.

Trancoso (Portugal), le 15 août 2025. La superficie brûlée en Europe a atteint un niveau record en 2025. © Patricia de Melo Moreira/AFP

Le réchauffement climatique est plus rapide en Europe pour quatre raisons :

❄️ Il y a de moins en moins de neige dans nos montagnes. En 2025, la couverture neigeuse était 31% moins importante que la moyenne (1991-2020). Or sa diminution réduit l’albédo, cette capacité des surfaces blanches à réfléchir les rayons du soleil et à renvoyer la chaleur plutôt que de l’absorber. Sans compter que les glaciers européens disparaissent à vue d’œil. Depuis le début du siècle, les Pyrénées et les Alpes ont fondu de 40%. En 2025, le deuxième plus gros glacier d’Islande a perdu 139 milliards de tonnes de sa masse, un record.

☁️ Les politiques publiques ont permis de réduire la pollution de l’air, une bonne nouvelle pour nos poumons. Mais cela signifie aussi une baisse de la quantité d’aérosols, qui participent à la formation de nuages et réduisent le rayonnement solaire qui atteint la Terre. La couverture nuageuse réduite laisse donc davantage passer le soleil.

🧊 Le nord de l’Europe jouxte l’Arctique, qui se réchauffe trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. En 2025, une vague de chaleur record a frappé la Fennoscandie, soit l’ensemble du nord de la Finlande, de la Suède et de la Norvège. L’anomalie climatique a duré trois semaines, avec des températures dépassant les 30 degrés à proximité et à l’intérieur du cercle polaire arctique.

💨 En 2025, les schémas de circulation atmosphérique (la façon dont les masses d’air se déplacent à la surface de la Terre) ont provoqué des vagues de chaleur plus importantes et plus fréquentes que la moyenne. Une zone de haute pression atmosphérique (aussi appelée anticyclone) a par exemple apporté un temps plus sec et plus ensoleillé au nord-ouest, au centre et à l’est de l’Europe.

En raison de ces schémas de circulation atmosphérique, les évènements climatiques extrêmes se manifestent différemment sur le continent. Du nord-ouest à l’est de l’Europe, les pays ont subi en 2025 des conditions plus sèches et des précipitations annuelles inférieures de 10 à 40% à la moyenne de 1992-2020. L’année passée a été l’une des trois plus sèches depuis 1992 – environ 35% du continent a souffert d’une sécheresse agricole «extrême». Les rivières européennes ont eu un débit inférieur à la moyenne onze mois sur douze.

Au contraire, dans le sud-ouest de l’Europe, les précipitations et l’humidité du sol ont été supérieures à la moyenne. Une zone de basse pression s’est installée au-dessus de l’Atlantique Nord et a provoqué des tempêtes. Au total, 21 personnes sont mortes à cause des intempéries et des inondations l’année passée. Des évènements climatiques extrêmes qui ont affecté 14 500 habitant·es au total.

Des incendies records en 2025

«Ce réchauffement climatique rapide induit de nombreux risques à gérer», insiste Dušan Chrenek. Outre les dépressions, les feux de forêts ont fait des ravages l’an passé. La superficie brûlée a atteint un niveau record en 2025, et au moins 500 personnes ont été directement affectées par ces incendies sur le continent. Au total, plus d’un million d’hectares ont brûlé. Résultat : 2025 a dépassé le record d’émissions de gaz à effet de serre causées par la combustion.

«La saison des feux a commencé exceptionnellement tôt cette année», indique Samantha Burgess, responsable climat du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. «Le Royaume-Uni et l’Irlande ont connu des incendies dès janvier et février», abonde-t-elle. L’Espagne et le Portugal ont été particulièrement concernés. Les deux pays ont connu un début d’année humide, propice à la croissance rapide de la végétation. Une fois la sécheresse arrivée en août, les végétaux se sont transformés en redoutables combustibles et se sont embrasés en un clin d’œil.

Les océans n’ont pas été épargnés non plus par le réchauffement. En 2025, la température annuelle de la surface de la mer en Europe a atteint son niveau le plus élevé jamais enregistré. Sans compter qu’une proportion record de la zone océanique européenne (86%) a connu des conditions de canicule marine «intense» (des épisodes inhabituels d’augmentation de la température de la mer). «Les analyses de Copernicus montrent l’urgence qu’il y a à accélérer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, martèle Dušan Chrenek. Les renouvelables sont plus nombreuses en Europe : presque la moitié de notre électricité en provient, c’est très positif mais ce n’est pas suffisant, on a besoin d’aller plus vite.»

2025 est la troisième année la plus chaude qu’a connue le monde après 2024 et 2023. La moyenne mondiale des trois dernières années a dépassé +1,5 degré de réchauffement planétaire par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900) pour la première fois. Cette chaleur exceptionnelle s’explique par l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, due à la poursuite des émissions mondiales. Autre facteur : la survenue d’un «fort épisode El Niño», une anomalie océanique naturelle et cyclique, qui réchauffe le climat. «L’Europe doit se fier à la tendance climatique établie par les scientifiques, même si elle n’est pas évidente d’une année sur l’autre du fait de la variabilité climatique», relève Samantha Burgess. Un propos qui fait mouche, alors que la désinformation climatique infuse dans les médias.

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