La crise énergétique due à la guerre au Moyen-Orient déclenchée en mars ne touche pas tout le monde de la même manière. Tandis que la hausse des prix du pétrole – et, par ricochet, celle des carburants – fragilise le pouvoir d’achat des ménages, l’entreprise pétrogazière TotalEnergies en tire largement profit. D’après ses résultats du premier trimestre publiés ce mercredi, le groupe français a enregistré un bénéfice net en hausse de près de 51% par rapport au premier trimestre de 2025, et a ainsi engrangé 5,8 milliards de dollars de revenus (environ 4,9 milliards d’euros).

TotalEnergies avait déjà préparé le terrain dans une note adressée à ses investisseur·ses mi-avril, disant s’attendre à des résultats «en forte croissance» pour ses activités d’hydrocarbures, portés par la hausse des prix et par l’augmentation de sa production. Et ce malgré ses pertes de production de gaz et de pétrole dans la région du Golfe persique, équivalentes à 15% de son activité pétrogazière mondiale.
Un enrichissement «massif» des actionnaires
Dans le même temps, l’envolée du cours de l’action du groupe a «entraîné un enrichissement massif de ses actionnaires estimé à 55,4 milliards d’euros», estime l’ONG Greenpeace. Parmi eux, Patrick Pouyanné, le président-directeur général de l’entreprise, se serait même enrichi de près de 15 millions d’euros, selon elle. «Ce schéma est bien connu, réagit Sarah Roussel, chargée de campagne énergies fossiles à Greenpeace. Comme au début de la guerre en Ukraine en 2022, TotalEnergies profite de l’envolée des prix du pétrole liée à l’instabilité géopolitique pour maximiser ses bénéfices. Derrière ces résultats records se cachent des profits de guerre indécents, qui atterrissent en grande partie dans la poche de ses actionnaires, alors que des millions de personnes voient leur facture énergétique exploser.»
En réaction, l’ONG appelle le gouvernement français à mettre en place des taxes permanentes supplémentaires sur l’ensemble des profits réalisés par les entreprises pétrolières et gazières. Elle souhaite également l’instauration d’une taxation internationale des profits mondiaux des multinationales les plus polluantes là où elles créent de la valeur, via la convention fiscale des Nations unies, actuellement en négociation à New York (États-Unis).
94 milliards de dollars de bénéfices
TotalEnergies n’est pas le seul groupe à enregistrer une hausse de ses profits. D’après un rapport publié lundi par l’organisation Oxfam, les bénéfices nets estimés pour 2026 dans le secteur mondial des combustibles fossiles atteindront 94 milliards de dollars (80 millions d’euros), «une somme suffisante pour fournir de l’énergie solaire à près de 50 millions de personnes en Afrique». Cela correspond à environ 37 millions de dollars (31 milliards d’euros) de profits supplémentaires par jour par rapport à 2025 pour six des plus grandes entreprises du secteur : Chevron, Shell, BP, ConocoPhillips, Exxon et TotalEnergies.
Ces résultats tombent alors que se déroule à Santa Marta, en Colombie, le premier sommet international consacré à la sortie des énergies fossiles. Greenpeace et Oxfam soulignent l’urgence de mettre en œuvre des solutions concrètes, dans un contexte qui met en évidence une forte dépendance aux hydrocarbures.
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