Un mois après les premières attaques israélo-étasuniennes contre l’Iran, le 28 février, les prix à la pompe battent des records partout en Europe. En moyenne la semaine dernière, le prix du litre d’essence affichait 27 centimes de hausse, et celui du diesel 49 centimes par rapport au niveau d’avant-guerre. De quoi alourdir la facture entre 15 et 30 euros à chaque plein, a calculé l’association Transport & Environment (T&E). Or, si des millions de ménages se retrouvent à devoir se serrer la ceinture, ce n’est pas seulement la faute de Donald Trump.
Dès la mi-mars, l’Agence internationale de l’énergie faisait remarquer que l’écart de prix entre les cours du pétrole brut et le diesel vendu en Europe avait doublé, passant de 25 dollars (22 euros) par baril de pétrole en février à plus de 50 dollars (43 euros) début mars. En clair, l’augmentation des prix à la pompe est largement supérieure à celle des prix sous-jacents du pétrole brut.

Dans son tracker des profits pétroliers, mis en ligne mardi, l’association T&E a ainsi chiffré que sur les 49 centimes de hausse enregistrée sur le diesel en mars, seuls 25 centimes sont une répercussion de l’envolée des cours du brut, tandis que 18 centimes sont directement liés à l’accroissement des marges des revendeurs. Les marges sont moins spectaculaires pour l’essence.
Résultat, les compagnies pétrolières qui opèrent en Europe réalisent quotidiennement 81,4 millions d’euros de surprofits, comparé à leurs profits avant-guerre, a calculé le cabinet Energy Comment, dans un rapport commandé par Greenpeace. À ce rythme-là, elles auront engrangé quelque 24 milliards d’euros de profits exceptionnels d’ici à fin 2026, estime T&E.
De son côté, le Financial Times a révélé les opérations particulièrement profitables du pétrolier français TotalEnergies, qui a acheté massivement des cargaisons de pétrole avant que les cours ne s’envolent, lui permettant ensuite de générer plus d’un milliard de dollars (863 millions d’euros) de gains exceptionnels.
En réaction, l’association T&E réclame la réactivation du mécanisme européen qui, en 2022, avait permis de taxer à 33% les bénéfices des compagnies fossiles qui dépassaient de 20% la moyenne enregistrée en 2018-2021. T&E plaide : «Cette mesure avait permis de récolter environ 28 milliards d’euros entre 2022 et 2023 et devrait être réutilisée.»
À lire aussi
-
Crise de l’énergie : le retour en grâce du superéthanol E85, le «carburant malin» au bilan environnemental controversé
Carburant l’argent. Face à la flambée des prix à la pompe, le superéthanol E85 attire les automobilistes en quête d’économies. Un mauvais pari, tant pour leur portefeuille que pour l’environnement et notre souveraineté alimentaire. Explications. -
Crise de l’énergie : pourquoi il ne faut surtout pas baisser les prix à la pompe
En pompe l’œil. Avec l’enlisement de la guerre au Moyen-Orient, la perspective d’une flambée des tarifs de l’énergie se confirme pour les ménages français. Pourtant, geler les prix à la pompe ou baisser la fiscalité sur les carburants seraient les pires mesures à mettre en place, alertent nombre d’expert·es. Voici pourquoi.