C’est officiel : la France ne brûlera plus de charbon en 2030, plus de pétrole en 2045 et plus de gaz fossile en 2045. C’est en tout cas ce qu’elle promet dans sa feuille de route dévoilée lundi. Sa date de publication n’a rien d’anodin, elle coïncide avec la tenue, ces 28 et 29 avril, du premier sommet international consacré à la sortie des énergies fossiles à Santa Marta, ville côtière de Colombie. Vu de France, ces échéances viennent officialiser des engagements déjà pressentis dans le projet de troisième édition de Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), présentée en décembre. Mais, avec cette contribution, la délégation française espère surtout œuvrer à la réussite de ce sommet inédit.
L’idée de la conférence de Santa Marta est née en novembre 2025, lors de la trentième conférence mondiale sur le climat au Brésil (COP30), qui s’est soldée par un nouvel échec à aborder la sortie des énergies fossiles, face aux réticences de pays producteurs. La règle du consensus, qui prévaut lors des COP, a presque toujours bloqué des avancées sur le pétrole, le gaz et le charbon. La Colombie, en coopération avec les Pays-Bas, a alors décidé de réunir une cinquantaine de pays volontaires afin de remettre ce sujet crucial au centre des discussions.
«Nous n’aurions pas pu imaginer de meilleur contexte»
Cette fois-ci, autour de la table, seulement des nations convaincues. Les 53 pays participants viennent de toutes les régions du monde, et comptent des producteurs et consommateurs de fossiles : figurent ainsi le Canada, le Royaume-Uni, la Norvège, le Brésil ou encore le Sénégal. Les présents constituent environ un tiers de la consommation mondiale d’énergie et un cinquième de la production. En revanche, les trois principaux émetteurs de gaz à effet de serre (Chine, États-Unis et Inde) sont absents de ces discussions. «Les gens se sentent soulagés de pouvoir parler de ces problèmes sans devoir argumenter sur la question existentielle de leur importance», a confié l’émissaire britannique pour le climat, Rachel Kyte.

Par ailleurs, cette conférence se tient en pleine crise énergétique mondiale provoquée par la guerre au Moyen-Orient depuis mars, marquée par une hausse des cours du pétrole et, par ricochet, du prix de l’essence et du kérosène. La situation reflète la dépendance des pays aux énergies fossiles et la nécessité, au nom du climat et de la souveraineté, de se tourner vers les énergies renouvelables, moins polluantes et plus sûres. «Nous n’aurions pas pu imaginer de meilleur contexte géopolitique pour discuter de la transition énergétique : la guerre au Moyen-Orient montre que ce sujet est particulièrement urgent», a déclaré Irene Vélez Torres, la ministre de l’environnement colombienne.
Au programme, les participant·es discutent des solutions concrètes pour sortir des fossiles, et non plus de savoir s’il faut le faire ou non. La Colombie, premier exportateur de charbon et quatrième exportateur de pétrole du continent américain, a décidé de ne plus délivrer de nouveaux permis d’exploration pour le charbon, le pétrole ou le gaz. Le pays entend développer d’autres secteurs à la place, dont celui des énergies renouvelables. «La conférence ne se substitue pas à la COP, elle s’ajoute en parallèle», détaille Mark Tuddenham, responsable de l’information au Citepa, association qui guide les acteurs de la transition écologique en France.
«Un menu de solutions»
Aucune décision contraignante ne sortira de Santa Marta. Le sommet devrait avoir comme principal résultat concret la publication de deux rapports. Le premier, rédigé par des scientifiques sous forme de «menu de solutions», sera consacré à la manière dont les pays peuvent opérer leur transition. L’une des mesures consiste à «arrêter tout nouveau projet d’extraction ou d’infrastructures pour les énergies fossiles». Le second, écrit par des spécialistes de la finance du Sud, portera sur les moyens pour mettre des fonds à disposition des pays qui en ont besoin afin d’assurer cette bifurcation. Une plateforme de coordination, pour maintenir le dialogue avant une deuxième conférence internationale, prévue pour 2027 à Tuvalu, sera également lancée. Et un panel scientifique sur la transition énergétique sera mis en place.
Les États du Pacifique espèrent que les participant·es s’accorderont sur un calendrier ouvrant la voie à des négociations en vue d’un «traité de non-prolifération des énergies fossiles». Inspirée du modèle du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, cette initiative portée par le Vanuatu vise d’abord à mettre fin à l’expansion et à la construction de nouvelles infrastructures fossiles, puis à organiser une réduction progressive et équitable de la production existante. Elle bénéficie du soutien de 18 pays, dont la Colombie, ainsi que de plusieurs milliers d’entreprises et d’organisations de la société civile.
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